Journal de bord novembre 2010

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Lundi 1 novembre

Journée fantastique !  Nous avons loué une moto et nous avons fait le tour des Bermudes en long et en large et de gauche à droite, arrêtant à Burlington pour acheter notre fil USB nous donnant accès à internet et une montre de plongée pour remplacer la mienne qui s'est arrêtée en entrant dans le voilier... Puis nous avons continué, en entrant dans toutes les petites rues, longeant la mer, visitant tous les plus beaux coins, essayant toutes les plus belles plages, sous un soleil éclatant...  Une image vaut mille mots alors j'envoie des photos...

Finalement, nous avons cherché un meilleur endroit où jeter l'ancre mais aucun coin n'est aussi bien protégé que dans la Baie du port de St-Georges, avec toutes ses facilités.  Nous resterons donc ici jusqu'à notre départ.  Plusieurs belles plages sont accessibles en vélo, alors nous pédalerons dans les prochains jours...

Nous avions la moto jusqu'à 11h et dès que le réseau du capitaine (www.leresauducapitaine.qc.ca ) a quitté les ondes de la radio amateur, nous avons sauté dans le dinghy pour nous rendre à quai et enfourcher la moto afin de continuer notre visite de l'est de l'Ile, soit St-George où nous sommes ancrés.  Roulant à vive allure dans les petites rues étroites, nous avons encore découverts deux autres plages désertes où il nous sera facile d'accéder en vélo, une petite fermette avec de grosses vaches noires, des petites chèvres et des poules, probablement la seule ferme des Bermudes et encore, partout, des gens qui nous saluent... Je n'en reviens pas de l'hospitalité des gens !  Tous sont si souriants, si gentils, même les vidangeurs qui aujourd'hui ramassaient les ordures, nous saluent au passage...  Nous sommes montés jusqu'au fort de St-George, à flanc de montagne, regardant la mer avec ses gros canons noirs... Le batiment en pierre de volcan est superbe mais nous reportons notre visite de l'intérieur à une autre fois...

Il faisait frais ce matin mais nous étions quand même confortables, en chandail sans manche et en jeans... Puis, le soleil s'est montré comme nous rapportions la moto et la chaleur est devenue torride.  Le temps change rapidement aux Bermudes, comme nous l'avait si bien mentionné Uptown, notre local haut en couleur : 3 saisons dans la même journée.  Souvent nuageux le matin, puis gros soleil durant le jour et la nuit venue, le vent se lève...  Un petit saut à l'épicerie pour trouver du chutney de mangue, du jus de fruits et des cigarettes et hop, retour au voilier où je m'exerçais au dessin pendant que Daniel réinstallait son nouveau fil USB à l'intérieur des cloisons du voilier...

Pour passer le temps, puisque du temps j'en ai à revendre, j'ai cuisiné un gâteau au banane en y incorporant des noix, pacanes, amandes, morceaux de chocolat et rhum brun.  Puis, j'ai essayé une recette de Chipatas fait uniquement avec de la farine, du sel et de l'eau que j'ai laissé reposer pendant trois heures pour ensuite former des petites boules que j'ai applaties de mes mains ( j'ai oublié d'apporter un rouleau à pâte) et fait cuire au poêlon.  Le plus merveilleux avec ces pains indiens, c'est qu'une fois qu'ils sont cuits, on les met directement sur la flamme du poêle et ils se séparent en deux comme des pitas et se gonflent comme des ballons.  Avec un peu de beurre, c'est délicieux.  Milos, notre voisin slovaque, est passé nous dire bonjour et j'en ai profité pour lui refiler une portion de salade de goberge que j'ai préparé pour une armée...

Daniel vient de m'annoncer qu'une autre dépression arrivera sur les Bermudes vendredi.  Elle durera trois jours.  Des vents de 25 à 35 noeuds avec rafales à 45 noeuds.  Ah non, pas encore... Une fois de plus, il faudra préparer le voilier, rentrer les coussins, sécuriser le bimini, sortir la deuxième ancre, etc...  Il faut payer cher son bonheur !  Mais en attendant, la nuit est douce et le vin est bon..

Si c'est le 3 qui fait le mois, il fera froid aux Bermudes en novembre...  J'ai passé la journée en polar, à frotter les boiseries qui maintenant scintillent...  Le pont est d'une blancheur à faire mal aux yeux, tout brille de propreté... J'ai fait ventilé les oreillers, les douillettes... Balayé... Lavé les trois salles de bain au Vim... Tout est propre... J'ai cuisiné une autre stew avec des patates, carottes, navets et steck haché... Toutes mes épices y ont passées : laurier, sariette, sauge, thim, etc....  et toutes mes sauces : aux huitres, tamari, sauce des Bermudes, Waschesterchire (pardon pour les fautes)...Mais ce soir, j'en ai marre de frotter le pont, les planchers, les boiseries... Marre de cuisiner... Daniel l'a bien senti.  Il est parti en dinghy acheter une pizza...

Que je l'aime !

Il y a Tomas, l'ouragan qui s'est transformé en tempête tropicale et qui fonce sur nous... Encore une fois, on doit sécuriser le voilier... Il est attendu pour demain soir, avec des vents sud-sud-est de 45 noeuds... Demain matin, on va faire le plein d'eau au quai car les réservoirs sont vides... J'ai trop cuisiné, trop fait de vaisselle, trop lavé, trop frotté... J'en fait une overdose...  On fera le plein d'essence, de gaz et hop...¸Après Tomas, dès lundi, on file, cap vers le sud, cap vers les Iles Vierges où il me tarde de me baigner dans les eaux turquoises et chaudes... Advienne que pourra, on part... Je me fous de la saison des ouragans, je suis à la veille d'éclater moi-même... J'ai des fourmis dans les voiles... Il est temps de partir... Vivement l'aventure !

 Ce matin, le soleil brille de tous ses feux et le temps s'est légèrement réchauffé, à notre grand plaisir... Il fait 77 degrés farenheith. Tout est calme dans la baie, comme toujours avant une tempête... Après avoir écouté la météo sur le réseau du capitaine, pris une bonne douche, nous avons décidé d'aller faire de l'eau au quai, question de ne pas manquer de cette précieuse substance durant la tempête qui risque de durer 3 jours et qui est attendue pour ce soir avec des vents de 45 noeuds...

Ainsi, pendant que Daniel est au moteur, je remonte la chaine du guindeau, laissant le temps au voilier de se placer dans le bon axe et hop, un autre coup sur la manette du guindeau qui fonctionne à merveille avec son nouveau moteur tout neuf... Manège que je répèterai une vingtaine de fois... Le voilier remonte lentement en suivant les deux cents pieds de chaine qui serpentent sur le fond... Et voilà enfin l'ancre qui apparaît, toute propre, indiquant un fond de sable.  Pas besoin de la laver, comme lorsque le fond est de glaise, elle est propre comme un sous neuf.  Les amarres sont sorties et attachées sur les taquets. 

Enfin Voilo est libre, je reste à la proue, cheveux au vent, pendant que nous roulons vers le quai à gaz qui fournit aussi de l'eau à 30 sous le gallons.  Une petite balade d'à peine dix minutes mais qui, du coup, me donne envie de prendre le large... Nos 4 réservoirs contiennent 1000 litres d'eau.  Cela semble beaucoup et pourtant, c'est bien peu !  Il faut continuellement faire attention de ne pas gaspiller inutilement cette eau précieuse qui, même si elle est potable, ne servira que pour les besoins domestiques.  L'eau à boire est achetée à la caisse, en petites et grosses bouteilles.  Ainsi, toujours faire attention et ménager l'eau... Prendre une douche et fermer le robinet pendant qu'on se savonne les cheveux, ne la réouvrir que pour se rincer, prévoir un plat d'eau pour rincer la vaisselle plutôt que de la faire couler sur chaque morceau... Toujours s'en tenir à l'essentiel...  Dire que chez nous, on ouvre le robinet sans y penser et que l'eau coule à flot sans qu'on y prenne garde...

On approche du quai et 3 employés s'avancent pour recueillir les amarres que je leur lance.  Remplir les réservoirs prendra plus de 30 minutes et coûtera, cette fois, 30 $ us.  Puis, les employés, si gentils, si prévenants, décrochent et me lancent les amarres et nous repartons jeter l'ancre dans la baie, à peu près au même endroit où nous étions.  

Une fois le bon endroit déterminé, je jette l'ancre et déroule encore 200 pieds de chaîne.  Puis, Daniel met le moteur à reculons pour tester notre ancre et s'assurer qu'elle ne chasse pas... La chaine devient raide comme une barre mais Voilo ne bronche pas.  Je fixe un point de coté et toujours je suis au même endroit.  L'ancre est bien plantée.  Mais Daniel décide de vérifier une autre fois, en changeant l'angle du bateau... Une fois de plus, l'ancre ne bouge pas.  Daniel, satisfait, ferme le moteur et se prépare pour aller jeter sa deuxième ancre qu'il ira porter en dinghy, à 100 mètres à babord car les vents de la tempête arriveront du sud-est.  Nous aurons donc une ancre au sud et une autre à l'est.  Il nous restera à sécuriser le bimini en passant des cordes par-dessus et en les attachant bien serrées sur les bases du toit. 

Je roule les amarres et les range dans le coffre avant.  J'adore rouler les amarres, ces longues et solides cordes torsadées à trois brins, en en faisant de grands rouleaux bien attachés en retournant, vers la fin, le bout contenant l'épissure autour du rouleau et en le repassant dans le centre, de manière à ce qu'il tienne bien solidement et se défasse facilement par la suite...  Daniel installe la pantoise qui amortira le bruit de la chaine contre le davit, une sorte de bout dehors qui empêche l'ancre de frotter contre la coque...  Reste à fermer le moteur du guindeau et l'opération eau et ancrage est terminé.

Il est presque midi et nous descendons à terre pour s'approvisionner en bouffe.  Cette fois, finie la popotte jusqu'à notre départ, du moins, tant qu'on peut sortir en dinghy...  À l'épicerie du coin, des cuisiniers préparent toutes sortes de bons plats qui sont vendus à la livre.  Un grand comptoir rempli de salades diverses et colorés, de cuisses de poulet BBQ, de côtelettes de porc, de poissons frais...  Pourquoi cuisiner alors que d'autres le font si bien... Hum !  J'ai faim... Mais Daniel est à l'autre bout du bateau en train de copier sur son disque dur les cartes marines du monde entier que Milos lui a prêtées, en échange d'une petite antenne internet qui ne nous sert plus... Nous aurons donc les cartes de l'Europe, de l'Asie, de l'Australie...

Hier, Guy, (http://guysimard.net) le magicien qui s'occupe de mon site web, a installé un Chat sur mon site afin que je puisse recevoir un feedback de mes fidèles lecteurs, s'il y en a...  Mais à date, je n'ai pas de commentaires, sauf ceux de Marcel et de Guy qui sont des amis de longues dates qui se plaisent à me suivre dans mes péripéties... Comme j'aimerais recevoir des commentaires, juste pour m'assurer que je ne parle pas toute seule et que, derrière moi, j'ai laissé des ami(e)s qui se préoccupent de mon sort et se plaisent à faire un petit bout de voyage avec nous...  Mais où sont donc Jacinthe, Olivier, Sophie, Francis, Julie, Michel, Anne, Ginette, Sylvie, Joelle, Diane, Manon, Paule, Gaétane et Monica, Germaine, Jocelyne, ...  Si vous êtes là, faites moi signe !

Voilà presque un mois et demi que j'ai pris ma retraite... Comme le temps passe vite !  Et pourtant, encore et toujours je pense à mes collègues, à toutes celles que je n'ai pas eu le temps de mieux connaître et qui pourtant me manque !  Il y a tant de travail à faire à l'UdeM, comment puis-je espérer que mes collègues trouvent le temps de me lire alors que moi, même après des années entourée des mêmes gens, à longueur de journée, je ne connais encore rien, ou presque de leur vie personnelle, leur histoire, leur particularité, le nom de leur enfant... Sont-elles mariées, célibataires, mères, heureuses, malheureuses, que font-elles de leur temps libre ?  Écrivent t'elle, peingnent t'elle, tricottent t'elle... Quels sont leurs projets, leurs rêves... Je ne sais pas !  On dirait que j'ai passé ma vie à cotôyer des gens sans avoir le temps de créer de lien et cela m'attriste car rien n'est plus merveilleux que l'amour et l'amitié...  Bien sûr, j'ai développé, au fil du temps, quelques amitiés solides et précieuses, mais bien trop rares... 

Je pense que je suis nostalgique aujourd'hui... Je vais aller dehors prendre du soleil et tenter de perfectionner mon coup de crayon pour pouvoir enfin reproduire un seul petit rocher fait de larve volcanique...  Reproduire les stries, les ombres, les formes, les reflets... En y regardant de plus près, comme tout cela est complexe !  J'y arriverai, même si j'y passe des mois car la retraite me permet enfin de prendre le temps !

Vendredi 5 novembre

J'ai passé une bonne partie de la journée à travailler une aquarelle, retourchant sans fin la ligne des vagues qui déferlent sur la longue plage rose et je n'ai pas vu le temps passer jusqu'à ce que Daniel parte la génératrice, comme il le fait à toutes les 8 heures, afin de garder le frigo et le congélo froid, quand elle s'est subitement arrêtée... Gros problème !
 
J'ai donc du céder ma place au Capitaine car sous mon siège se trouve le tuyau et le filtre d'arrivée de l'eau qui sert à refroidir la génératrice...  Daniel commence par nettoyer le filtre qui est rempli de varesh, ces algues marines qui s'évadent de la mer des Sargasse* lors des tempêtes.  Puis, il démonta la sortie du tuyau qui était remplie d'algues compactées sur une longueur d'un pied.  Du rarement vu !  Soupsonnant que l'entrée devait aussi être bouchée,  il du se mettre en maillot et plonger sous le bateau pour nettoyer l'entrée qui elle aussi était totalement bouchée par les algues...  Avec ce vent qui avait gonflé les vagues, je le trouve très courageux !  Heureusement, après ce nettoyage, la génératrice redémarra sans problème.
 
Pendant ce temps, le vent soufflait à 25 noeds et tous les voiliers semblaient s'être donné le mot pour changer de coté de la baie, de sorte que nous nous sommes retrouvés seuls dans la baie avec le bateau de Milos.
 
En début de soirée, Milos est venu nous visiter, l'oeil glauque, les cheveux en bataille.  Le pauvre était malade comme un chien d'avoir trop bu la veille du rhum local et il n'allait vraiment pas bien.  De plus, il a bien tenté de changer de coté de baie lui assi mais son moteur ne démarrait plus.  Daniel lui a offert d'aller l'aider à réparer son problème mais il a refusé et il est reparti se coucher...
 
Quant à nous, bien ancré solide, nous avons passé la soirée à jaser tranquillement puis nous nous sommes étendus, sachant qu'il faudrait vérifier notre position à l'occasion.  Comme toujours, dès que tombe la nuit, les vents forcissent.  On dirait que le Dieu du vent attend qu'il fasse nuit noire pour prendre ses grands airs... J'adore écouter le son du vent qui hurle dans les haubans, sentir le mouvement du bateau, le son des vagues sous la carène, surtout lorsqu'il hurle comme ce soir.  Comme un orchestre symphonique, le son est impressionnant et grandiose et nous réalisons à quel point ce Dieu du vent est fort et puissant...  J'ai fini par m'endormir, comme bercée par la tempête.  Daniel s'est levé plusieurs fois dans la nuit pour s'assurer que tout était correct  mais vers 4h du matin, j'entends le moteur du guindeau... J'ouvre l'écoutille et demande à Daniel ce qui ne va pas... Quand j'aperçois, devant nous, le bateau noir qui était à coté de nous la veille et qui est venu se planter juste devant nous, à quelques 50 mètres.  Pourtant, durant l'après-midi, comme tous les autres voiliers, il s'était déplacé de l'autre coté de la baie !  Daniel me dit qu'il a du chasser... D'ailleurs, tout léger, il se promène de gauche à droite au bout de sa chaîne... Le danger, lors d'une tempête, ne vient pas seulement de la crainte de voir notre voilier chasser mais il vient aussi de la crainte de voir un autre voilier chasser sur nous.  La proximité de ce voilier mis fin à notre nuit et nous nous sommes levés pour plus de vigilence...
 
À 8h, nous écoutons le réseau du capitaine.  Daniel annonce sur la radio amateur que tout va bien pour nous et nous apprenons qu'un autre voilier canadien vient d'arriver cette nuit et s'est ancré dans la baie... Peut-être s'agit-il du voilier devant nous car à bien y regarder, nous ne sommes plus sûrs si c'est le même voilier qui était notre voisin la veille... Mais aucun drapeau n'indique la provenance du voilier...  Nicole, du réseau, nous apprend que toute la côte Est des USA est sous le coup d'une tempête et que ce mauvais temps se poursuivra pendant 3 jours en continuant de monter en force...  
 
Ce matin, nous avons eu des nouvelles de notre équipier, Éric.  De brèves nouvelles interrompues... Mais au moins, nous savons qu'il est de retour chez lui, en compagnie de sa femme et de son jeune fils Alexandre...
 
Le vent continue de forcir...  Je retourne à ma lecture de La longue route de Bernard Moitessier que je savoure...  Fedex nous a envoyé un avis de livraison.  Notre pièce de tangon arrivera vers 17h à la voilerie et Daniel bravera sûrement le vent et les vagues pour aller chercher son petit paquet...  
 
* La mer des Sargasses est le nom donné à une zone de l’océan Atlantique nord. Elle est bordée par le Gulf Stream à l'ouest et au nord-ouest, la Dérive nord atlantique au nord, le courant des Canaries à l'est, et le courant nord équatorial au sud, elle est de fait la seule mer sans côtes[1][2], si l'on excepte celle formée par les îles des Bermudes, proches de sa frontière ouest. Elle a une largeur de 1 100 km, et une longueur de 3 200 km environ. Elle s'étend à peu près de 70 à 40 degrés ouest, et de 25 à 35 degrés nord. Elle tient son nom des algues dites sargassum[3][4] qui ont la particularité d'y flotter, et de s'y accumuler en surface. Le mot même de « sargasse » vient du mot italien sargazzo qui signifie varech. En effet, la zone fut découverte pour la première fois par Christophe Colomb, qui y nota l'abondance de végétaux en surface, signe pour lui de la proximité d'un continent.
La mer des Sargasses a aussi la particularité d'être une zone calme, sans vent ni vague. Les navires de Colomb naviguèrent ainsi, non sans peine, parmi ces herbes qui ralentissaient leur progression, au grand effroi des équipages, et ils mirent trois semaines à traverser cette étendue, ce qui se résume à une vitesse d'environ 3 km/h.

Samedi, 6 novembre

Il est 8h du matin, l'heure des nouvelles sur le réseau du capitane mais le grésillement nous empêche d'entendre... Dans 15 minutes, les ondes seront plus claires et ce sera mieux, le temps que Daniel nous prépare une délicieux expresso mousseux.  Il n'y a plus de bleu dans le ciel, seulement un gros nuage gris qui prend toute la place, l'eau de la baie, autrefois d'un vert turquoise est grise et remplie de vagues et le vent, menançant, dans une forme du tonnerre, continuent de nous narguer...

Daniel s'est levé au moins dix fois la nuit dernière et moi, sûrement 7 fois, réveillés par les hurlements du vents qui nous a fait une colère noire avec ses rafales à 40 noeuds... Je sort la tête de l'embouchure du cockpit et je scrute la nuit, vérifie que mon point de repère est encore à la même place, que le voilier devant nous et qui se tord dans tous les sens n'est pas décroché, que Milos, sur notre tribord et qui pour la deuxième fois n'a pas allumé son feu en tête de mat, soit toujours là... Tout est beau, dans la nuit noire... Daniel fait le tour du pont, vérifie ses ancres, écoute le vent et vérifie sa direction : encore sud-sud-est... Puis, ne pouvant rien faire de plus qu'attendre que cette dépression s'essoufle, on retourne se coucher, jusqu'au prochain beuglement du vent qui semble prendre de la force en cette deuxième nuit...

Hier, Daniel est descendu à terre, en dinghy, bravant les vagues et le vent, pour aller chercher ses pièces de tangons qui étaient arrivées à la voilerie.  En passant derrière le voilier de Milos, notre jeune slovaque, Daniel s'est arrêté pour s'assurer qu'il n'était pas mort car nous ne l'avions pas aperçu depuis deux jours.  Il était bien là, en meilleure forme qu'hier, et sans aucune connaissance en la matière, tentait de réparer son moteur diésel qui refusait de démarrer... Daniel lui dit qu'il reviendrait pour l'aider, après avoir récupéré son paquet.  Il revient donc, 20 minutes plus tard, presque entièrement trempé, dépose son enveloppe Feedex et saute dans le dinghy pour retourner prêter main forte à Milos.

Mon capitaine ayant passé une bonne partie de sa vie dans la machinerie lourde possède une connaissance approfondie des moteurs diésel et il voit immédiatement le problème du moteur de Milos qui n'a pas nettoyé son filtre à essence depuis un an. Le filtre est noir alors qu'il devrait être rose.  L'essence ne se rend plus au moteur.  Il lui montre donc comment faire l'entretien de son moteur, puis comment le saigner pour enlever l'air... Une fois ces opérations terminées, le moteur démarre comme un neuf, au grand bonheur de Milos qui n'oubliera jamais ce cours de mécanique 101 et Daniel, satisfait, revient au voilier à temps pour souper. 

J'ai fait du spagetti, pour faire changement et fait cuire deux pommes dans le sirop d'érable...  On s'ouvre une bouteille de vin et on sort dehors regarder la tempête.  Le vent est chaud et à la nuit tombante, sous un ciel blaffard, on espère des jours meilleurs... 

Les ondes du réseau du capitaine sont maintenant parfaitement claires.  Nicole, une fidèle bénévole du réseau, nous apprend que l'ouragan Tomas a fait de sérieux ravages en Haiti, arrachant des arbres, détruisant des maisons, provoquant des éboulements avec des vents de 75 noeuds... Décidément, Haîti n'a pas de chance !  L'ouragan se déplace vers le nord-est, soit directement vers nous... RIen de bien encourageant!
 

hier soir, Milos est venu faire un tour pendant que nous soupions d'un bon spagetti gratiné.  Heureusement, je cuisine toujours pour une armée, alors j'étais bien contente de lui faire partager notre repas et de lui faire goûter ma super tarte aux pommes...  Puis, dans la soirée, des feux d'artifices ont remplis le ciel.  C'était magique !  Il y avait sûrement une fête au village mais j'ignore laquelle.  Peu importe, c'était si beau...

Nous avons bien dormi, le vent semblait se calmer lentement.  Daniel ne s'est levé qu'une fois et moi, je ne l'ai même pas entendu sortir du lit... J'ai dormi comme une roche et je suis dans une forme splendide ce matin, sous un ciel totalement bleu...

La baie a retrouvé sa couleur verte émeraude et les vagues sont disparues.  La tempête est finie... Il fait beau et la vie est belle !

Le départ est proche maintenant. Nous préparerons la liste de nos repas pour la traversée et irons faire le plein d'essence et d'eau.  Ensuite, l'épicerie et demain, lundi, les vents seront du nord et il sera temps pour nous de quitter les Bermudes et de se diriger vers les Iles Vierges...

Je me vois déjà plonger dans l'eau chaude et turquoise, à l'ombre d'une ile déserte... Nager, encore et encore... Ne faire que cela !

Mais en attendant, pas mal de travail m'attend !  Tout ramasser, m'assurer que tout est bien rangé et que rien ne déboulera durant la traversée, préparer un peu de bouffe à l'avance, refaire encore le ménage car la tempête a laissé ses marques de sel sur mes belles boiseries, nettoyer les planchers blanchis au sel et sortir au grand soleil les douillettes et oreillers qui sont rendus moites par le vent salé qui entrait par les écoutilles...

Je suis toute exitée à l'idée de prendre le large.  850 milles en haute mer.  Pour sortir du triangle des Bermudes, il nous faut deux jours de belle météo...Mais des vents du nord sont annoncés pour une semaine, le vent parfait pour nous.  Un vent qui arrivera par l'arrière, nous faisant rouler au portant, la plus belle allure, la plus chaude...  Mais avant de partir, il faut surveiller la direction de Tomas, l'ouragan qui traine encore son oeil de monstre sur les Antilles... Nous ne voulons surtout pas le rencontrer en plein milieu de l'océan, avec ses vents dévastateurs... Nous devons attendre de savoir quelle sera sa direction mais si, comme prévu, il se dirige vers l'est, nord-est, nous le laisserons bien loin sur notre babord..

hier, le ciel était bleu et il faisait un temps superbe.  Court répit après 3 jours de grands vents.  Après avoir fait un petit tour à terre, bu une bonne draft froide sur la terrasse du White Horse, acheté une partie de l'épicerie, je me suis mise dans la préparation d'un pain sans pétrissage qu'il me tardait d'essayer.  Une recette qui m'avait été donné par mon amie Jacinthe qui en avait fait lors de mon dernier passage au Lac St-Jean.  4 beaux pains ronds et bien gonflés, dorés et croustillants...

Je mélange donc tous les ingrédients et alors qu'il ne me restait qu'à attendre que la pâte double de volume, bien au chaud sur la cuisinière, j'ai entendu des voix toute proche... Un dingy, avec 4 passagers accrochés sur notre tribord, attendaient là et nous avons soupçonné qu'il s'agissait des passagers du voilier canadien entré hier dans la baie... Nous nous sommes approchés pour les accueillir et voilà qu'un des gars, tout surpris et avec un grand sourire, lance : Daniel, est-ce que tu me reconnais !  Non, Daniel n'a pas reconnu tout de suite Paul Gastonguay, un équipier avec lequel il a traversé l'Atlantique 25 ans plus tôt... Quelle belle retrouvaille !  Les gars montent à bord et Daniel et Paul se remémorent de vieux souvenirs, leur traversée jusqu'aux Açores, puis jusqu'au Brésil...  Comme le monde de la voile est petit !  Bref, ce fut une belle rencontre.  Paul convoit un Swan de 53 pieds aux Iles VIerges et il passera l'hiver à travailler sur ce magnifique voilier.  Nous le reverrons sûrement...

Après 5 heures d'attente, mon pain ne semble pas avoir doublé de volume.  En fait, il a gonglé mais en largeur et non en hauteur... Impatiente, je décide quand même de le faire cuire et j'enfarine ma planche pour le découper en deux et le replier en quatre, tel que mentionné dans les instructions.  C'est mon premier pain et j'apréhende déjà que ce ne sera pas un succès...  Je l'enfourne mais je n'arrive pas à monter le four à 450 degrés... Peu importe, je me dis que je le laisserai plus longtemps et je le place au four qui n'arrive pas à monter plus haut que 375 degrés... Et bien, il fallait que la bonbonne de gaz soit presque vide pour mon premier pain qui cuira le double du temps requis et sera encore humide au centre... Malgré tout, Daniel en mange 3 tranches qu'il garnit de confiture... Moi, je mange la croute, la seule partie qui est cuite...

J'ai eu peine à dormir cette nuit et c'est avec étonnement que, vers minuit, j'ai entendu le vent se mettre à hurler de nouveau...  Et bien, que se passe t'il donc encore ?  Est-ce l'approche de Tomas qui cause cette autre perturbation ?  Le vent forcit, le bateau tourne et j'entend des bruits inhabituels sur le bordé... Je réveille Daniel qui est assomé par mon pain non cuit et il se lève pour scruter la nuit.  Le vent a changé de direction.  Il relève sa deuxîème ancre pour la mettre de l'autre coté du voilier.  Puis, la pluie se met à tomber, un pluie froide, faite de grosses gouttes molles...

Ce sera donc sous la pluie et sous un ciel gris que nous irons faire le plein d'essence, d'eau et de gaz pour la cuisinière...  Puis, il faudra aussi faire le reste de l'épicerie, viandes, fruits et légumes pour 8 jours de navigation.  Je vois déjà notre retour en dinghy, les sacs tout mouillés, les pieds dans l'eau, dans l'inconfort des cirés... Je déteste la pluie !

Demain, advienne que pourra, on part car ici, le mauvais temps semble bien installé...  Le soleil se trouve au sud, alors, cap vers le sud !

Mardi 9 novembre

La veille du départ...

Journée mouvementée et émotive !  Journée grise et triste ! Milos, notre jeune slovaque, est venu nous saluer avant son départ.  Il est arrivé alors que nous dinions d'un macaroni tout frais fait et nous lui en avons servi une belle grosse assiettée avant que, seul sur son voilier
Magic, quelques heures plus tard, lorsque le jour tombera, sous une pluie morne et froide, il prendra la mer pour 8 jours.  Nous lui avons aussi offert une petite antenne internet qui ne nous servait plus, en cadeau, afin qu'il puisse rester en contact avec les siens lorsqu'il sera à St-Martin, avec la promesse qu'il nous la rapportera, un jour...  Ému, Il m'a serré très fort et j'ai senti, que comme moi, il était rempli de joie à l'idée de partir mais aussi de crainte à l'idée de prendre la mer... 

Partir en mer est un acte de foi et l'on ne sait jamais si la mer, si puissante, si immense, décidera de nous laisser vivre ou mourrir... Nous sommes si petits dans cette immensité, une petite goutte d'eau dans le vaste océan, et malgré que nous tentions de naviguer aux meilleurs de nos connaissances et de nos forces, la mer aura toujours le dernier mot !

Paul, le jeune équipier de Daniel, devenu grand marin, est aussi venu nous rendre visite.  Il partira demain, à la même heure que nous, avec des 3 membres d'équipages, marins avertis, pour reconduire son Blue Angel aux Iles Vierges.  Il me semble être une belle personne, marginale, un rien révolté, mais si sympatique, ayant beaucoup navigué depuis sa première expérience avec Daniel, 25 ans plus tôt et nous espérons le revoir durant l'hiver !

La nuit est tombée et toujours cette pluie froide qui continue de nous envahir, jusqu'à la moelle... J'aurais tant aimé partir avec le soleil mais une grosse dépression stagne sur les Bermudes et demain, il pleuvra encore des cordes...  Il est 20h. J'ai du accompagner Daniel aux douanes.  À notre retour, la pluie avait cessé et nous nous sommes empressés d'enlever le moteur du dinghy puis, avec une drisse, nous l'avons hisser sur le pont pour le désouffler, et pendant que Daniel winchait, j'empêchai cette grosse masse lourde de se frotter sur le bordé... Puis, nous l'avons mis dans son étui et rangé dans le coffre avant où déjà Daniel a rangé les défenses et les amarres dont nous avons eu besoin pour faire le plein de diésel et d'eau au quai... Hélas, pas de propane mais il me reste un deuxième réservoir qui devrait durer jusqu'au Vierges... De toute façon, à moins que la mer nous offre une dorade ou un thon, la cuisine en traversée, surtout en équipage réduit, est souvent limitée aux soupes chaudes, aux grill cheese, aux hot dog ou à la bouffe déjà préparée, comme l'éternel stew et le macaroni !

Tout est fait. Il est 21h30.  Daniel prend une douche et moi, je termine un dernier verre de vin avant de plonger dans le lit.  Dès l'aube, nous serons prêts à lever l'ancre et à dire adieu aux Bermudes, à cette ile perdue dans l'Atlantique, à tous ces gens si accueillants, si merveilleux, si chaleureux qui resteront pour toujours gravés dans ma mémoire comme un souvenir si particulier, si doux et si beau...

Jeudi 11 novembre

Le soleil était haut dans le ciel lorsque mon capitaine est apparut dans le cockpit. Il avait le sourire radieux d'un homme qui a bien dormi, malgré une barbe de deux jours et les cheveux en bataille, il était superbe. Mon capitaine, c'est mon soleil à moi. Dès qu'il apparaît, tout devient plus simple, plus chaud...

Depuis l'aube, je veillais au grain. Nos quarts étaient divisés en deux : moi le jour et Daniel la nuit... Il faut dire que c'est arrivé comme ça, dès le premier jour. La nuit tombait, et alors que Daniel plantait la pointe de son rapalla dans le cerveau de sa 2e dorade, qui me fixait d'un air résigné, se débattant faiblement, mon estomac n'a fait qu'un tour et je n'ai eu que le temps d'accrocher un sceau pour vomir, encore et encore. J'avais mon premier mal de mer ! Il faut dire qu'avant de partir, j'avais quelques appréhensions, ce qui confirme ce que j'ai toujours pensé. C'est la peur qui donne le mal de mer... Et avant de partir pour cette traversée de 8 jours, j'avais peur... Peur du froid, de la pluie, crainte du mauvais temps comme lorsque nous sommes entrés aux Bermudes. Et c'est exactement ce qui s'est passé !

Ce n'était pas les vents de 25 noeuds, ni les rafales à 30 qui me dérangeait, c'était les vagues. Une série arrivait du sud-est et l'autre du nord-ouest. Elles s'affrontaient et éclataient en gigantesques embruns de chaque coté du voilier, pour ensuite déferler sur nous, sans relâche, nous laissant trempés et gelés jusqu'aux os. Le voilier se promenait dans tous les sens, de gauche à droite, de haut en bas, cherchant à garder son cap vers le sud, à 195 degrés. Bref, le premier soir, Daniel rester à la roue pendant que moi, j'ai dormi comme une roche.
 
Au matin suivant, tout brasse encore comme la veille et je m'efforce de boire un grand verre de jus de pamplemousse qui sortira aussitôt ! Wha ! Je ne pouvais donc rien garder... En sueur, je décide de monter dans le cockpit pour prendre un peu d'air et j'accroche au passage mon ciré, sur la rampe d'escalier, avec l'intention de le mettre dehors... Mais je suis à peine sortie qu'un embrun m'arrive par le travers et me revoilà trempée jusqu'aux pieds... Décidément, ce n'est pas ma journée ! Pourtant, plus le temps passe, plus le soleil se fait présent, illuminant les crètes des vagues qui semblent s'apaiser et faisant sécher mes vêtements... Les rôles sont inversés : Daniel me prépare un sandwich, que j'avale timidement... Plus la journée avance et mieux je me sens... Demain, je serai neuve, amarinée et heureuse...

Les Bermudes sont à 390 milles dans notre sillage. Nous avons roulé 50 heures, à 8,5 noeuds à l'heure.

Vendredi 12 novembre

En cette journée de la fête de ma douce et belle Sophie, qui a 32 ans aujourd'hui, mes pensées se tournent vers elle qui me manque tant... Puis, elles plongent dans la mer qui, sous le soleil brillant, est recouverte de mille éclats de lumière sur sa robe d'un bleu pâle...
J'observe les vagues, qui s'animent inlassablement... Elles ressemblent à des personnes, ayant chacune une caractéristique discinte. L'une est plus imposante que les autres et se démarque par son rayonnement, l'autre a un collet monté et est toute pincée, tandis que celle-ci est ronde et flasque, celle-là est petite et pétillante. Il y en a qui sont douces et gentilles, d'autres qui sont scélérates et traîtresses et qui, sans que tu t'en attendes, t'envoient une claque derrière la tête...
Mon capitaine est venu me réveiller cette nuit car il avait besoin de moi pour prendre un ris dans la grand-voile car le vent avait forcit. Ce matin, alors que le soleil se réveillait, je me levais pour prendre mon quart pendant que Daniel partait prendre une douche, puis se mettait en contact avec le réseau du capitaine. Après m'avoir préparé un délicieux expresso et un sandwich aux tomates, la meilleure de toute ma vie, et après avoir jasé avec son ami Paul, 30 milles plus en avant sur son Swan 53, il parti se coucher pour quelques heures.
Dors, mon capitaine, je veille dehors sur ton beau voilier. Cap 205, toutes voiles dehors, le bateau bien appuyé sur son babord, les voiles parfaitement équilibrées pour ce doux vent de 15 noeuds, nous roulons entre 6 et 7 noeuds, doucement, confortablement, sous une chaleur qui me donne envie d'enlever mes bas de laine et de mettre mon ciré au rancart...
Daniel vient de se réveiller, il est 13h. C'est sûrement l'allure du voilier qui l'a réveillé, le vent a baissé et nous roulons à moins de 5 noeuds. Il a donc modifié l'ajustement du chariot d'écoute de la grand-voile de manière à ce que la voile soit plus ronde et retienne mieux le vent. Nous venons de passer de 5 à 6 noeuds en un instant. La magie de l'ajustement fin des voiles ! Tout est dans les Glénans, me dit-il ! Bon bon, moi qui aie les deux versions, dès que je serai aux Vierges, j'en ferai mes livres de chevet mais pour l'instant, je n'ai de yeux que pour les milles chandelles scintillantes de la mer qui célèbrent avec moi la fête de Sophie!

Il nous reste 290 milles à parcourir et nous serons déjà rendus...

Silvie

Samedi 13 novembre

Bonjour,
Plus que 95 milles avant l'arrivée. dernière journée en mer. Au lever du jour demain matin, nous devrions être ancrés.
Tout continue de bien aller, vents légers au près bon plein. Le bateau roule à 6 noeuds et je n'essaie pas de faire mieux, car si nous allons trop vite nous arriverons avant le petit jour à Tortola.
Paul sur son Swan arrivera vers minuit et nous vers 05h00 AM ou avant si les conditions sont bonnes et que je tente une entrée de nuit.

Depuis le départ des Bermudes ce fut toute une descente, à fond la caisse avec une moyenne sur le fond qui doit être de 8 neuds. Les derniers milles baisseront cette moyenne, mais si je considère l'équipage réduit que nous avons, c'est très bon. Étonnamment je ne me sends pas fatigué, Silvie non plus. Le bateau est plein de sel; il y a eu beaucoup d'embruns,au moins une dizaine de poissons volants ont échoués sur le pont, Silvie en a même reçu un sur un genoux. Demain matin, Paul viendra me prendre en dinghy, et nous irons faire les douanes ensemble, puis on ira mouiller à Norman Island pour faire quelques plogées et récupérer.
Bonne fin de semaine,

Daniel

N 19 degrés 55
W 64 degrés 45
Toujours plein Sud à 6 noeuds

Dimanche 14 novembre

Depuis hier soir, minuit, nous aperçevons les lumières de John Van Dyke à tribord et de Tortola à babord. Au loin, les lueurs de Puerto Rico. Nous sommes encore à 50 milles de distance et le vent est tombé à 12 noeuds, nous faisant avancer à 6 noeuds dans la longue houle qui vient du nord. La nuit est chaude et remplie d'étoiles, ça sent le sud ! Nous sommes en maillot de bain...

Au petit matin, nous sommes derrière les premières iles de Tortola et nous avançons au moteur vers West end où nous ferons nos douanes. Nous sommes entourés d'Iles petites et très hautes, vertes au sommet et rocheuses à la base, avec des récifs très escarpés. Tout à coup, j'aperçois quelques maisons bâties à flanc de montagne sur une ile... Et sur une autre, encore quelques maisons... De loin, on aperçoit des routes en lacet qui sont en pente de 45 degrés et plus, de sorte que je me demande comment font ces gens pour se déplacer tant les routes sont abruptes...

L'eau est bleu pâle, transparente et devient turquoise près des plages dans les baies. Une vingtaine de cormorans tournent autour de notre voilier, comme pour nous souhaiter la bienvenue. L'endroit est presque lunaire, étrange...

Vers 8h30, nous arrivons à West End, une baie dans une Ile plus grosse que les autres... Il y a plein de voiliers, des restos, des quais et les douanes... Nous soufflons le dinghy et Daniel part pour revenir deux heures plus tard avec ses papiers qui nous permettront de rester aux BVI jusqu'au 14 décembre, date à laquelle nous partirons vers Puerto Rico.

En attendant, il fait une chaleur torride et malgré la beauté des lieux, nous décidons de repartir jeter l'ancre vers Norman's Island. Des vents du nord-est sont attendus cette nuit et Daniel connait une petite crique, bien à l'abri, à quelques 8 milles d'où nous sommes, Mooney's Bay, là où nous commenceront notre lune de miel... Encore des iles et des iles et des voiliers qui taquent dans tous les sens... On est au moteur car nous sommes très fatigués et nous avons très hâte de nous reposer.

Enfin, l'ancre est bien accrochée. Nous sortons nos palmes, masques et tubas et nous plongeons avec délice dans cette eau transparente et chaude. Nous nageons vers les récifs de corail en admirant les bancs de poissons de toutes les couleurs. Il y en a des petits, tout jaune, des plus gros tout bleu, d'autre encore sont rouge vif... Il y a des oursins partout et de grandes algues mauve et jaune en forme de fleur... C'est magique ! Je suis toute exitée et émue... COmme c'est beau !

Puis, nous ferons cuire de la dorade à la manière de Uptown, en papillotte, avec du vinaigre de vin, des tomates, des oignons, de l'ail, de la cassonade, du beurre et du piment fort... Nous dégusterons ce délicieux repas en admirant le paysage qui, autrefois, était le repère de Rakam le rouge, un célèbre pirate, qui aurait, dit on, laissé un trésor caché quelque part dans cette ile...

Mardi le 16 novembre

Nous avons dérouté de notre planning de la journée qui consistait à aller visiter les grottes aux Caves, à quelques milles à tribord... Dès le lever du jour, Daniel voulait faire une petite réparation sur son hélice et changer son anode qui était totalement grugée par l'électrolyse. Il sortit donc de son garage avant, le système de plongée sous-marine acquis avant notre départ et installa le tout pour pouvoir travailler sous la coque du voilier... Le travail ne fut pas très long mais Daniel était enchanté de sa patente qui fonctionnait très bien... De plus, il me racontait qu'une centaine de poissons étaient venus le regarder travailler et il me proposa de partir l'essayer à mon tour et de faire, avec lui, un peu de plongée...

Bien sûr, j'étais ravie de faire un petit tour vers la montagne devant nous et d'aller explorer les fonds marins, puisqu'hier, j'avais vu des gens y passer près de 3 heures dans ce secteur... J'enfile donc mes palmes, crache dans mon masque et le rince à l'eau de mer, me l'enfonce autour des yeux et respire un grand coup pour enlever l'air, puis je met l'embout du tube dans ma bouche et voilà que l'air y entre tout seul, sans effort... Je plonge à l'eau... Daniel me suit. Nous étirons en ligne droite les 50 pieds de tubes qui nous relient au moteur flottant et nous filons vers babord... Daniel a mis un plomb sur sa ceinture. Moi, je n'en ai pas...

Le décor est magestueux : des rochers recouverts de coraux en forme de cerveau, d'autres en forme de champignons, d'autres en grosses boules jaunes et ici et là, toujours ce corail noir en dentelle, rouge, jaune, mauve... Partout, des bancs de poissons qui dansent et tournoient autour des algues, se cachant dans les replis, sortant par un autre passage... Des ronds, des longs, des petits, des gros, de toutes les couleurs... Et puis, Daniel s'amuse à plonger plus creux et tout à coup, il ramasse une grosse conche, ce beau coquillage rose dans lequel nous écoutons le bruit de la mer et qui cache en son centre un molusque dont nous avons eu le plaisir de goûter aux Bahamas, 5 ans plus tôt, en Conch Salad, un met local et typique dont nous gardons un vif souvenir...

Une conche et puis une autre et encore une autre... Et en voila une petite... Elles ne sont pas facile à trouver car elles se cachent dans le sable mais mon capitaine a l'oeil gourmand... Nous sommes dans l'eau depuis deux heures et mes bras sont plein de conches... Il est temps de retourner au voilier, si nous voulons visiter les grottes en après-midi...

Au retour, nous plongeons nos magnifiques conches dans un sceau rempli d'eau de mer. Daniel range son kit de plongée et je descend en bas pour préparer un paté au poulet. Il me reste plein de poitrines dont je ne sais plus que faire... Alors, je les plonge dans l'eau et les fait bouillir en y ajoutant plein d'épices...

Je suis brûlée par le soleil. J'ai le dos en feu et Daniel met du Noxema tout frais sur mes brûlures, puis, j'en mets sur les siennes car lui aussi, il a le dos bien rouge vif... Mais cela n'arrête pas mon capitaine qui se met en tête d'ouvrir les conches. Nous nous souvenons, pour l'avoir vu faire aux Bahamas, qu'il suffit de faire un petit trou entre la 3e et la 4e spirale, puis, sectionner le muscle qui retient le molusque à la coquille. Ensuite, il est sensé sortir par l'ouverture nacrée et nous devons attraper son ongle et tirer. Puis, il faudra extraire tout ce qui ne se mange pas : les yeux, la cervelle, le sexe, les viscères et couper le tout en petits morceaux qui tremperont dans le citron vert... Une petite affaire de rien que les locaux font à la vitesse de l'éclair, à grands coups de machettes... Ce petit rien qui devait prendre quelques minutes a pris trois heures, a mis ma cuisine dans un état bordellique et qui a occasionné deux coupures sur les mains de Daniel qui a du faire preuve de patience et d'ingéniosité pour en venir à bout... Je le revois encore, à coup de marteau, de masse, de pinces, faire des trous, des petits trous, encore des petits trous, puis, en désespoir de cause, à cogner sur le coquillage, presque le défaire en morceau pour faire sortir la bête tenace qu'il finira par sortir par les trous et non par l'ouverture...

Pendant ce temps, je taillais en petits dés des piments, des tomates, des oignons, du céleri et le fameux piment Gombo, celui que lorsque tu y goûtes, tu t'en souviens pendant trois jours car il brûle encore sur tes lèvres, que je conservait pour cette grande et inespérée occasion...

Puis, j'ai mis le tout à macérer dans le frigo et j'ai refait le grand ménage de la cuisine, aidé de Daniel qui s'est vite trouvé un autre travail urgent à faire... Demain, nous nous délecterons mais en attendant, il est presque 16 heures et je n'ai plus envie d'aller visiter les grottes... Je retourne donc à mes fourneaux pour continuer mon paté au poulet et je me félicite d'avoir acheté, aux Bermudes, de la pate toute prête qu'il me suffit de dérouler... J'hache donc mon poulet en cube, y ajoute de la macédoine, des champignons et une délicieuse sauce au poulet, recouvre le tout et enfourne mon paté...

Je suis brûlée. Je décide d'aller m'étendre un peu mais voilà que mon lit est tout mouillé... Ah, non ! Daniel a sorti un sac de voile du garage avant et a étendu son génois 125 % sur le pont pour le faire sécher. Mon écoutille étant ouverte, l'eau salée qui emplissait la voile s'est répandue sur mes draps... Encore une autre affaire ! Daniel sort le tout dehors et vérifie les matelas qui sont intacts, heureusement. Je referai donc un autre beau lit tout neuf tout à l'heure... En attendant, le paté est cuit, bien doré et ça sent bon dans tout le bateau. On ouvre une de nos dernières bouteilles de vin et on se délecte à l'intérieur car dehors, le soleil est encore trop chaud pour nous...

Ainsi se passe notre 3e journée... Nous passerons la soirée dehors, à l'ombre, à regarder les voiliers entrer dans la baie, les étoiles dans le ciel et sentir la brise sur nos membres rougis... Tiens donc, Il y a un vieux Ketch avec un drapeau canadien qui vient d'ancrer dans la baie... Et bien ! Demain, nous irons les saluer mais ce soir, je n'ai qu'une envie, me reposer...

Mercredi 17 novembre

un matin gris et venteux... Parfait pour mon coup de soleil qui m'a rendu la nuit bien douloureuse !  Dès le lever du jour, je plonge tête première dans la fabrication de galettes à la mélasse... J'en ai deux platées et elles sont délicieuses !  Vers midi, le soleil réapparait et nous partons explorer les grottes en dinghy, sans toutefois avoir envie de faire de l'apnée... Nous avons décidé de lever l'ancre et d'aller explorer une autre ile... Mais avant, Daniel se sert une bonne portion de Conch Salad et, peu de temps après, il se met à moucher... Hum !  C'est fort ! dit-il... Oup !  J'ai du mettre trop de piment Gombo !  Mais c'est délicieux quand même et malgré que les gouttes d'eau perlent sur son front, il termine son assiette...

Bon, on décide de décoller... On ramasse tout ce qui traine dans le cockpit et Daniel met une bouée sur sa deuxième ancre qu'il laisse à l'eau et que vous viendrons reprendre après que la première ancre soit sortie... Et voilà, la première est rangée  sur son davier... Nous retournons à la deuxième que j'attrape aisément avec la gaffe.  J'attache un bout du cordage en faisant des tours morts sur le taquet et Daniel vient à l'avant pour relever l'ancre qui, malgré ses efforts, ne veut pas décrocher... Retour au moteur, avance, recule, rien à faire, elle semble prise entre deux roches... On essaie encore et voilà que la corde, un grosse corde torsadée à trois brins, éclate !  Ah, non, une si belle ancre Fortress qui tenait si bien !  Elle se trouve donc sous 30 pieds d'eau et il faudrait resortir tout le kit de plongée, réancrer et tenter de récupérer notre ancre... On y passerait la journée !

Il vente à écorner les boeufs et on dirait que les alizés, ces grands vents qui prennent naissance en Afrique et qui descendent jusqu'aux Antilles, sont arrivées... Bah !  On sait où est l'ancre, on y reviendra !  Pour l'instant, on file vers Salt Island qui n'offre aucun protection suffisante pour le vent du nord est qui ne cesse de forcir.  On se dirige donc vers Cooper's Island où les fonds marins sont exceptionnels et nous prenons un mooring car aucune place n'est disponible pour jeter l'ancre.

Un beau resto, des boutiques, une plage blanche remplie de palmier nous accueille, ainsi qu'une bande de pélicans qui plongent à toute vitesse dans l'eau transparente pour attraper quelques poissons... Il est 17h. Une petite pluie tombe mais elle ne durera pas assez pour nettoyer le sel qui brille sur le pont... Je descend préparer deux belles pizzas royales de ma conception.  L'une est à la dorade, l'autre est remplie d'une montagne de légumes et de fromage...  C'est l'heure d'un petit verre de vin ! 

Puis, le ventre plein, je viens prendre mes courriels et voilà que j'ai des nouvelles de Milos qui est enfin arrivé à St-Martin, à voile.  Il a eu des problèmes de moteur.  Daniel l'avait pourtant prévenu qu'il y avait de l'eau dans ses réversoirs...  Enfin, il est sain et sauf et semble en bonne forme...

La nuit tombe et le vent continu de forcir.  Il pointe à 30 noeuds.  Espérons que notre mooring tiendra le coup !

Demain, après un peu de plongée, nous partirons vers Road Town afin de refaire nos provisions d'eau et de victuailles.... Une belle journée en perspective !

Jeudi le 18 novembre

Le vent, qui a soufflé toute la nuit, siffle encore dans les haubans, malgré un soleil rayonnant... Au petit jour, assise dans le cockpit, j'observe la ronde des pélicans qui tournoient autour des voiliers ancrés dans la baie de Manchionneel à Cooper's Island... C'est si beau de les voir plonger en plein vol, tête première, dans l'eau bleutée, provoquant d'énormes éclaboussures d'eau, de ressortir aussitôt avec un poisson dans la gueule, repartir faire une autre ronde et recommencer le même manège sans fin... Ils sont une vingtaine à envahir le ciel et la plage, brun tacheté de noir, leurs ailes ouvertes mesurent sûrement 1 mètre de large, ils ont des pattes palmées et un long bec brun pale replié sur leur cou...
Il fait 29 degrés. De la pluie est annoncée pour toute la semaine... Hier aussi, on en annonçait mais c'est à peine si le pont en a reçu quelques gouttes... J'espère et j'attends cette pluie bienfaisante qui rendra le pont moins glissant et redonnera vie à mes coussins de cockpit qui sont blanchis de sel... Je viens de laver tous les planchers, eux aussi, blanchis par le sel sous nos pieds, tout comme mes boiseries que je ne cesse de frotter et qui portent les marques de nos mains qui, quelque soit les objets que l'on touche sur le pont, s'imprègnent d'huile de sel...
Aujourd'hui, je n'ai pas l'âme cuisinière... J'écoute le vent et je suis contente d'être sur un mooring, en face de ce restaurant qui grouille d'activités et de gens se promenant, main dans la main, à l'ombre des palmiers, ou assis sur la terrasse à discuter tranquillement... D'autres personnes s'affairent à compléter la construction d'une autre maison donnant sur la plage... Et moi, je tangue sur le voilier, remplissant mes yeux de toute cette beauté tranquille...
Demain matin, nous partirons vers Road Town, à Nanny Cay Marina, où se trouve Paul, l'ami de Daniel, qui travaillera tout l'hiver sur le Swan 53 qu'il vient de convoyer. Nous avons besoin de faire ajouter du gaz dans notre frigo et nous en profiterons pour débarquer à terre, visiter la ville, refaire nos provisons et sûrement souper au resto...
En attendant, il me vient un goût en bouche et je me lance dans la fabrication de Houmus que je dégusterai avec des fajitas aux herbes provençales... La texture n'est pas aussi crémeuse que je l'aurais voulu mais c'était quand même délicieux ! Et là, j'attends Daniel pour descendre à terre et aller discuter avec les locaux, question d'en savoir d'avantage sur leur manière de vivre...

À plus,
Silvie

Vendredi le 19 novembre

Hier midi, après être descendus à terre, avoir visité dans les moindres recoins la seule boutique de la plage, laquelle offrait des bijoux, des beaux vêtements de lin, des épices locales et de l'équipement de plongée, pris une bonne bière à la terrasse du resto, bien charmant d'ailleurs, admiré de proche la ronde des pélicans, nous avons décidés de faire le tour de l'Ile en dinghy, question de trouver d'autres endroits de plongée et peut-être un mouillage sans mooring... Et voilà que nos souhaits sont exaucés et qu'à peine après avoir tourné le coin de l'ile, nous dénichons une magnifique baie, bien protégée et totalement vide... Voilà notre chance ! On retourne donc au voilier, levons l'ancre et mettons le cap sur cette nouvelle découverte...
Aussitôt ancrés, nous sortons nos palmes, masques et tubas et plongeons dans cette eau émeraude, à la découverte des fonds marins...Encore d'autres variétés d'algues en forme de longs doigts, d'autres en forme de boule, et encore d'autres en forme de cerveau et toujours, des centaines de poissons aux couleurs hallucinantes qui font la danse autour de nous... On ne se lasse pas d'admirer ce spectable toujours renouvellé... Mais après deux heures, je suis crevée et on retourne se mettre au sec !
La soirée fut merveilleusement chaude et calme. De loin, on aperçoit les lumières tremblottantes de Tortola qui ressemblent à des lampions comme ceux de l'Oratoire St-Joseph, placées en rangées et en étage... On écoute de la musique, on regarde les étoiles, on savoure la douce brise, on est bien...

Au matin, on lève l'ancre et on se dirige vers Nanny Cay's Marina, sous grand génois. Il fait beau et chaud et on avance lentement, dans ce décors de rêve... Quai B-19... On aperçois Paul qui est au B-2. Il nous salue et nous rejoint à notre quai pour attraper nos amarres. Quel plaisir de découvrir cette magnifique marina, avec resto, piscine, boutiques, crème glacé, épicerie...

Nous avons le plaisir de rencontrer la femme de Paul, Arlène, toute mignonne, et comme c'était l'heure du diner, nous sommes partis tous les 4 pour manger au resto et faire connaissance. Arlène travaille dans un petit bureau attenant à la marina, pour une agence de Charter basée à Montréal et elle s'occupe d'approvisionner les voiliers, recevoir les visiteurs, s'assurer du bon fonctionnement de l'agence sur place. Quant à Paul, il est engagé pour l'hiver à s'occuper du Swan 53 et de conduire le voilier du propriétaire lors de ses brefs passages aux Vierges... Nous nous séparons pour retourner à nos occupations mais nous acceptons leur invitation à souper sur le Swan, ce soir, vers 18h.

En attendant, le réparateur de frigo arrive et remet du frion dans les tuyaux qui étaient plutôt vides. Le congélateur devrait maintenant fonctionner à plein régime et conserver nos aliments congelés, ce qui fera toute une différence.

Il est 15h, on repart faire du shopping et trouver de bonnes bouteilles de vin pour ce soir... Le lavage et l'épicerie attendront à demain...

Une autre belle soirée en perspective !

Silvie

Samedi le 20 novembre

Quelle belle soirée nous avons passé avec Paul et Arlène, dans leur superbe Swan 53 avec pont de teck, belle grande cuisine, grand salon et superbes boiseries... Nous avons mangé des côtes levés au porc BBQ et de la salade de choux aux pommes vertes, le tout bien arrosé !
Ce matin, nous avons pris un taxi pour parcourir les 15 kilomètres nous séparant de Road Town afin de refaire le plein de victuailles dans une grosse épicerie bien garnie... Quelle joie de retrouver une grande variété de produits connus, de légumes frais et un grand étalage de fruits appétissants... L'épicerie offre même le service de retour à la marina, gratuitement, ce qui m'a permis de discuter avec un local qui s'est plaint du coût élevé de la vie et de la rareté du travail...
Au retour, après avoir rangé l'épicerie, nous avons sorti la machine à pression et avons lavé tous les coussins de cockpit et les tapis, les débarrassant enfin de ce sel accumulé depuis la traversée. Puis, nous avons rempli les réservoirs d'eau. Il nous restera à faire le lavage vers 16h car les machines sont occupées par une femme chargée de la lessive des touristes qui n'ont pas la patience de le faire eux-mêmes...
Ce soir, c'est notre dernière soirée à la marina et nous recevons, à notre tour, Paul et Arlène, pour un souper aux brochettes de poulet tandori et couscous aux légumes. Puis, ce sera une soirée cinéma !
Dès demain, nous reprenons le large et j'avoue que j'en suis fort aise. Il fait très chaud à la marina et il fera bon d'être au grand vent demain et de poursuivre nos découvertes des Vierges...

Silvie

Dimanche le 21 novembre,

nous avons quitté la magnifique marina de Nanny Cay vers 11 heures, sous un ciel parfaitement bleu, pour nous diriger vers Peter's Island, sous génois, tribord amure, vent de travers avec un vent nord-est de 20 noeuds. Une mer avec des petites crètes blanches mais toujours cette belle chaleur adoucit par le vent qui rend divine cette petite balade d'une heure à peine pour arriver dans la baie de Great Harbour où nous a rejoint Paul et quelques amis venus faire de la voile sur le Swan...
En dinghy, nous nous sommes rendus à terre car Paul voulait nous faire visiter l'ile. Une belle et longue marche dans la forêt tiède, dans un petit sentier de terre, entouré de cocotiers, d'hybicus géants, de langues de belle-mère qui poussent ici comme du chiendent... Nous sommes passés devant une petite maison vide où flânait une meute de chats indifférents à notre présence... Il paraît qu'il s'agit d'un résident qui a refusé de vendre sa terre au gros Resort qui a acheté la moitié de l'Ile pour y bâtir un hôtel de luxe, un bar, boutique et spa sur une des plus belle plage des Vierges... S'il avait été là, le vieil homme nous aurait demandé un dollar comme droit de passage...
Puis, après ce passage privé, nous sommes arrivés dans un endroit totalement aménagé par une longue route serpentant le complexe hotellier qui fait face à la mer.. Une immense plage de sable blanc parsemée de parasols en paille, de chaises longues et de hamacs devant laquelle nous déambulons pour nous rendre à l'autre extrémité, là où se trouve la plage réservée aux gens de bateaux... La route est légèrement en pente, ondulante, d'un coté la mer, de l'autre d'immenses rochers et partout, des plantes odorantes, des bancs et le passage de petites voiturettes qui promènent les clients de l'hôtel...
Vivement, on trouve des chaises longues de libre et on enlève nos sandales pour courrir plonger dans cette eau couleur d'émeraude... Qu'elle est chaude et comme c'est bon de se laisser masser par les vagues, sous ce soleil cuisant... Puis, on se sèche en ramassant des coquillages sur la longue plage et en comparant nos trouvailles, petits bouts de coraux blancs arrachés à la mer... Vers la fin de la journée, un gros nuage noir nous indique que l'heure du retour est arrivée et nous repartons lentement, presque à regret...
On arrête quand même visiter la boutique de l'hôtel et je dois me retenir à deux mains pour ne pas m'acheter une belle blouse légère, en soie, au motif géométrique, à 120 $... Ou ce beau maillot réversible, chocolat et turquoise, à 210 $... Et pourquoi pas ce magnifique chandail noir en tricot à 230 $... On fouille, on touche, on tâte... Tout est beau ici, des vêtements de luxe, de beaux tissus, de belles coupes... La qualité n'a pas de prix... Mais les gars sont impatients et nous font signe... On repart les mains vides en se promettant d'y revenir et on retrouve nos dinghys, nos voiliers...
La nuit tombe pendant que se termine la cuisson d'un gâteau au chocolat qui embaume le voilier... Je prépare des pommes de terre rissolées et des côtes levés à la sauce BBQ... J'ai faim !
Demain, on s'en va aux Baths, à Virgin Gorda... Depuis le temps que Daniel me parle des Baths, ces bains formées dans la pierre aux formes arrondies ! J'ai bien hâte... En attendant, il pleut une petite pluie bienfaisante et nous passerons une soirée-cinéma...

Silvie

Lundi le 22 novembre

nous sommes partis tôt ce matin, après un léger déjeuner, pour nous rendre aux Baths, à Virgin Gorda, une des 4 plus grosses iles des VIerges. On dit des Baths que : venir aux Vierges sans visiter les Baths, c'est comme aller à Paris sans visiter la tour Effeil ou à NY sans visiter le Ground Zéro... Bref, un incontournable que Daniel avait bien hâte de me faire connaître !
Mais ce matin, il ventait 20 noeuds du nord-est. On est donc partis au près serré, avec un ris dans la grand-voile et le génois roulé en partie... On a fait des tacs toute la journée, babord amure, tribord amure, approchant des iles assez pour découvrir d'autres plages désertes, d'autres baies et hop, on fait un virement de bord... Je me suis amusée à barrer une partie de la journée jusqu'à ce qu'un grain nous tombe raide dessus... Daniel, en vrai gentleman, a pris la roue... Tout à coup, le ciel s'est bouché, tout est devenu gris et le vent a forcit à 30 noeuds... Daniel a juste eu le temps de diminuer encore le génois, comme pour le rendre à l'état de foc... Et vlan ! Une pluie drue et forte qui a durée 15 bonnes minutes, le temps que mon capitaine soit trempé et moi, le temps de fumer une cigarette sous la vitre de la descente, à rire de bon coeur...
Enfin, vers 14h, on est arrivé à Virgin Gorda, devant un tas de roches rondes qui ne me disait rien... Il y avait plein de voilier sur des moorings et plein de monde en dinghy qui s'approchaient de la plage pour y déposer des gens et qui revenaient à leur voilier puisqu'il est interdit d'approcher trop près des plages en dinghy... Mais les vagues étaient fortes et il faisait plutôt frais et ce long trajet houleux m'avait ouvert l'appétit... En essayant d'attraper un mooring pendant que le voilier avançait encore, je n'ai pas pu retenir ma gaffe qui est tombée à l'eau, en crochissant sous l'impact du voilier... Ah non... Pas de gaffe, impossible d'attraper un mooring... Alors on avance en voilier et finalement, on réussit à l'attraper alors qu'elle est prise sous le dinghy... Ouf ! Je tente de la redresser et on repart faire un 2e essaie qui réussit du premier coup... On attache une amarre sur le mooring et enfin, on peut se reposer... Je descend hacher du chou qui trempera dans le vinaigre, couper des oignons et préparer des hot-dog que l'on mange dehors, sous le soleil qui est maintenant bien installé...
Je n'ai aucune envie de descendre à terre... Juste à voir les crêtes sur les vagues, je sais déjà que je serai mouillée avant même d'arriver au bord et je suis très rétissante... Mais Daniel insiste : tu vas adorer cela... Allez, met ton maillot !
Bon, on a mis la caméra sans un sac étanche, pris une serviette, un peu de sous car il y a un bar sur la plage et voilà, on monte dans le dinghy... Les vagues, à l'approche de la plage, sont monstrueuses... Un dinghy devant nous part en flèche et aboutit sur la plage alors que les vagues se retirent... Le dinghy bascule presque, les gens semblent paniqués... Ils mettront bien du temps pour descendre et pour que le dinghy reparte... Nous approchons et nous surfons sur les vagues... Daniel me crie de descendre et il retourne aussitôt au large pendant que je monte sur la plage avec mon sac au-dessus de la tête... Daniel jettera l'ancre du dinghy plus loin et reviendra me rejoindre à la nage...
Les deux pieds dans le sable, je suis déjà aux anges... Il fait soleil, il fait chaud et c'est plutôt drôle de voir les gens descendre de leur dinghy qui monte sur la plage sous l'effet puissant des vagues... Ils sont tous surpris de la force des vagues, ne s'attendant pas à ce que le dinghy surfe ainsi et se ramasse dans le sable dès que la vague est repartie...
Bon, je vois mon capitaine qui approche et sort en titubant des vagues et je ris... On part en suivant les traces dans le sable, en marchant au travers des roches rondes, ovales, immenses et pleines de trous, concaves, convexes, cachant au fil des pas des petites plages secrètes... Le trajet est comme un parcours de roche en roche... Quelque fois, on doit se pencher, ramper presque entre deux grosses roches, d'autres fois, il faut marcher dans un petit espace ou seul un pied peut passer et d'autres fois, il faut grimper, contourner, monter sur des pierres, arriver dans une autre plage, un trou dans une caverne, et puis prendre une échelle, grimper, se plier, se contorsionner... Et monter des escaliers, marcher sur une rampe, se tenir à l'aide d'une corde, glisser... Bref, au bout d'une heure d'hébertisme, on aboutit sur une plage doré et on rit de bon coeur... C'est incroyable ! Si beau, si exceptionnel que je comprend pourquoi Daniel insistait tellement pour que je vive cela... C'est super et je pense déjà à nos invités, au plaisir qu'ils auront de découvrir eux-aussi cet endroit magique, de faire ce trajet si amusant et d'arriver sur cette belle plage ou des locaux vendent des bijoux, des serviettes de plage ou des rhums au goya assaisonnés de muscade rapé...
Le soir tombe, alors on revient au voilier en se faisant bien arroser... On se refait un rhum après avoir fait deux tentatives pour ancrer dans une petite baie... Et ça brasse en grand... Ça roule et roule encore mais la vie est belle et on est heureux ! Alors, on se refait un petit rhum avant le souper, en tentant de se convaincre qu'on dormira bien ce soir...
Nous passerons quelques jours à Virgin Gorda... Demain, nous descendrons à terre pour visiter la ville et découvrir ce qu'elle cache...

Silvie

Mardi le 23 novembre

Ne pouvant rester sur les mooring devant les Bath, cet endroit magique qui fait penser à l'Ile de Pâques avec ses immenses roches rondes venues de nulle part, nous nous sommes dirigés vers Virgin Gorda Yath Harbour, le seul endroit un peu abrité du vent du nord-est qui siffle à 25 noeuds depuis 3 jours, faisant gonfler les vagues et créant des crètes blanches sur une mer grise...
Déjà, vers 17h, il ne restait plus de mooring et nous avons jeté l'ancre dans 35 pieds d'eau, au bout de l'ile. Nous étions plus ou moins protégés du vent mais il était trop tard pour aller voir ailleurs.... Et dans la baie, tous les bateaux roulaient, même ceux qui étaient très proche du rivage. C'est ainsi qu'on a tenté de prendre notre mal en patience et de se dire qu'on dormirait bien, bercés par la mer, comme des petits enfants dans les bras de leurs mères...
Mais le bateau roulait fortement de gauche à droite, sans arrêt et je ne sais pas comment nous avons pu dormir, sûrement le rhum a du aider mais au matin, très tôt, exacerbés, nous avons levé l'ancre pour nous diriger vers Gorda Sand, dix milles plus loin, au moteur pour ne pas passer la journée à faire des tacs et arriver à la noirceur dans une baie entourée de trois petites iles et remplie de coraux où règnerai le calme plat...
En approche, on apercevait l'eau turquoise et calme de la baie... Quel bonheur ! L'eau est si claire, nous naviguons entre les coraux et nous nous arrêtons devant une petite plage déserte. Nous jetons l'ancre dans 10 pieds d'eau turquoise et malgré que le vent hurle encore, les vagues ne sont plus que des rides et le bateau est tout tranquille, à plat, sous un soleil cuisant...
Je cuisine un paté chinois ! Délicieux ! Daniel fait l'entretien de son moteur, de sa génératrice. Il est inlassable. Moi, je suis fatiguée aujourd'hui et un peu nostalgique... Sûrement le vent qui ne cesse de hurler... On remet à plus tard notre descente sur terre... Un peu de repos, de lecture me fera grand bien... Et puis, les plages de sable blanc et les bancs de coraux seront encore là demain...
Je pense prendre racine à VIrgin Gorda pour quelques jours, attendre que le vent se calme et que cesse les risées et les grains... Après tout, pourquoi vouloir aller voir ailleurs, n'est ce pas le paradis ici ?

Silvie

Mercredi 24 novembre

Encore une autre journée ensoleillée sur une mer turquoise dont on voit le fond de sable blanc... En se levant, ce matin, Daniel a aperçu une grosse tortue géante qui se promenait autour du voilier... On a essayé en vain de la photographier mais à chaque fois, elle replongeait sous l'eau, jouant avec nous pendant plus d'une heure sans que nous réussissions à capter son image...

Puis, après un petit déjeuner léger, nous sommes partis en dinghy pour aller explorer les environs de ce magnifique endroit et quelle ne fut pas notre surprise, en contournant le coin de l'Ile, d'aperçevoir une mangrove qui cachait entre ses racines d'arbres un couple de flamand rose, dont un était tout blanc et l'autre tout rose, faire des coeurs avec leurs longs cous, un troupeau de chèvres sauvages qui s'est sauvé à notre approche, un groupe de pélicans à la pêche, des petites plages secrètes et au loin, un resto flottant, le majestueux Saba Rock totalement entouré d'eau...

De l'autre coté, un Resort, le Inner End, dont on aperçoit les plages immenses coiffées de parasol en paille, de chaises longues, de bâtisses qu'il nous tarde de voir de plus près. On se rend donc au quai à dinghy et on se mêle à un groupe de touristes marchant vers l'extrémité ouest, sur des beaux sentiers de pierre entourés, d'un coté, d'hybicus géants, de palmiers, de rosiers jaune, d'immenses aloes véra et de l'autre, des plages, des chaises longues, des alcoves de pierre, des bancs... Tout est ordre, luxe, beauté. On arrive à un théatre, puis au bout de dix minutes, à une immense piscine surplombant la mer, une salle de conférence, un petit bar, des sentiers pédestres qui grimpent les montagnes... C'est magnifique ! On s'assoie à l'ombre pour admirer le paysage, ces dizaines de voilier sur mooring, ces baigneurs qui jouent dans les vagues, ces amoureux qui se bécottent... C'est vraiment un bel endroit ! On retourne, entrons dans les boutiques, visitons la boulangerie qui sent le bon pain frais, regardons le menu de chaque restaurant... Demain, c'est la Thankgiving et il y a de la dinde au menu ! Hum, je salive déjà !

Ce sera un endroit qu'il faudra faire connaître à nos invités ! Encore un endroit que Paul nous a recommandé ! Ce cher Paul qui connait le coin des VIerges comme sa poche ! Qui sait, après avoir fait de la voile, peut-être nos amis qui viendront nous visiter voudront-ils louer un kayack ou une planche à voile ou un tout petit dériveur pour s'amuser dans cette magnifique baie ?

En tout cas, c'est génial et nous repartons, tout ragaillardis, longer de nouveau la mangrove pour tenter d'aperçevoir ces incroyables flamand rose qui hélas ont disparus, comme les chèvres... Au bout de la baie, un autre resto donnant sur une immense plage blanche offre des drinks et des chaises longues, nous donnant le goût, au retour, de se faire un bon rhum avec un mélange de jus de pamplemousse, ananas, jus de noix de coco et grenadine...

Il est 14h. On part tantôt faire un peu de plongée...

La vie est trop belle ! Je ne veux plus partir d'ici !

Silvie

Jeudi le 25 novembre

Ce matin, je suis découragée... Encore une autre journée parfaite ! Je n'en peux plus... Les plages me semblent plus blanches et plus longues qu'hier; le ciel encore plus bleu et l'eau plus turquoise et plus chaude qu'hier... Mais est-ce que cela va finir un jour ? J'ai envie de m'inventer des problèmes pour avoir l'impression de mener une vie normale... On dirait que je n'ai plus de cerveau... Tout va trop bien, tout est trop parfait et je n'ai plus d'aventures à raconter... À l'aide ! Sortez moi de ce rêve...

bon, bon... Je me calme ! Aujourd'hui, je me lance dans le nettoyage des mains courantes en teck... Je veux les huiler, qu'elles soient rutilantes... Je m'ennuie de frotter, de travailler, de trimer dur... Ce sera une journée Vim & Teck... Ça va faire le bonheur ! Je n'en peux plus... Et puis, tous ces gens qui me lisent doivent me trouver bien ennuyeuse avec mon bonheur qui n'en finit plus et ma douce retraite dorée, alors qu'ils sont dans la neige, en train de pelleter, de grelotter, de rager dans la circulation dense... Non mais, que doivent-ils penser de moi ? Que je suis bénie des dieux, que ma vie est trop facile, que je fais partie des gens riches et célèbres... Cela n'a plus de sens...

En cette journée de la Thanks Giving, je remercie le ciel de tant de bonté, de tant de beauté... Je sens le besoin de me mettre au silence et réfléchir à tout cela... Je reçois trop de la vie... Cela devient gênant !

Bon, je vais aller frotter le voilier... Mon overdose de bonheur va sûrement passer !

Silvie

Samedi 27 nomembre

Depuis quelques jours, je me sens grippée... Le nez me coule et je toussotte... Heureusement, il me reste du miel en rayon qui devrait suffire à me guérir rapidement... Nous avons changé de mouillage hier, pour nous installer à 150 pieds devant la mangrove. Ce sont les bêlements des chèvres sauvages qui m'ont réveillé tôt ce matin mais je n'arrive pas à les aperçevoir... Elles sont sûrement cachées derrière les brouissailles... Je passerai la journée les attendre et à regarder les pélicans plonger à l'eau.. Je me sens à plat et j'ai l'intention de me reposer en me plongeant avec délice dans la contemplation...

Récemment, nous avons fait de petits travaux esthétiques sur le voilier... Les mains courantes ont été sablées deux fois, nettoyées et huilées à trois reprises. Il me reste à terminer la jupe arrière qui, chaque fois que je suis prête, est mouillée... Encore ce matin, je dois attendre que le bois sèche avant de lui faire subir son traitement de beauté... J'ai aussi nettoyé tous les chromes du cockpit qui avaient des marques de rouille. Ils sont maintenant tout brillants. Daniel a réparé une cicatrice sur le coté gauche du voilier, avec de la résine. Il reste à sabler avec du papier très fin que nous n'avons pas mais, de loin, en dinghy, on y voit plus de marques et tout est impeccable...

Daniel a intallé une nouvelle radio dans le voilier qui fonctionne avec mon nouveau Ipod Touch et le son est fantastique. Hier soir, en revenant du resto de Bitter End, où nous avons dégusté une délicieuse pizza cuite au four à bois, nous avons passé la soirée dans le cockpit à écouter de la musique et à regarder les étoiles qui brillent dans le ciel... Les soirées sont vraiment confortables, avec une petite brise douce et caressante et des jus de fruits au rhum épicé...

Silvie

Dimanche le 28 novembre

encore une autre journée ensoleillée et chaude qui se lève sur la mangrove de Virgin Gorda où nous sommes depuis une semaine... Nous sommes en pleine saison des pluies, jusqu'à la mi-décembre, avec 7 heures d'ensoleillement par jour au lieu de 8 en temps normal, de janvier à juin, mais il ne pleut vraiment pas souvent et lorsque survient un grain, c'est la nuit... À date, aucun grain ne fut suffisamment important pour enlever tout le sel du voilier et si je devais attendre la pluie pour boire, je serais morte de soif... L'extérieur des hublots est encore parsemé de gros grains de sel qui brillent au soleil et les filières, à la proue, sont encore huileuses et salées... Lorsque j'ai sorti la laveuse à pression, à Nanny Cay, je n'ai lavé que le cockpit car l'eau coulait à peine des robinets de la marina. Nous pensions que la pression était bien faible dans l'Ile, vu la rareté de l'eau douce et son coût exorbitant mais nous nous sommes aperçus, trop tard, que la valve d'ouverture n'était simplement pas ouverte à son maximum... Depuis ce temps, j'attends le grain qui enlèvera le sel mais je rêve en couleur car le sel est dans l'air et dans les embruns lorsque nous naviguons et toujours, tant que nous serons sur la mer, notre voilier sera salé et huileux et toujours je devrai constamment nettoyer les marques de sel sur les boiseries et les planchers... Je devrai donc m'y faire et 100 fois sur le métier remettre mon ouvrage !

Ce matin, j'aimerais finir de nettoyer et de huiler la jupe arrière du voilier car demain, nous partons vers Anegada... Anegada, cette ile différente des autres, basses et sablonneuses, avec ses centaines de flamands roses, ses homards et ses conches à profusion, ses infinies plages de sable blanc, son eau plus turquoise qu'ailleurs et ses magnifiques bancs de corail... Et puis, non loin de là, Ile de Guana où est arrivé Christophe Colomb, en 1492... Comme nous venons de regarder le film 1492, avec Depardieu, il nous tarde de fouler cette terre et de marcher dans les traces de ce grand homme qui, bravant la mer et les préjugés, est parti à la découverte du nouveau monde...

En attendant, Daniel tente de réparer ses anémomètres qui ne marquent plus le vent apparent et moi, je débute le nettoyage à la brosse de la jupe arrière, sous le Ipod qui nous transporte d'une émotion à l'autre...

Silvie

Lundi le 29 novembre

Nous reportons de quelques jours notre départ vers Anegada car il nous reste quelques petits travaux à faire sur le dinghy, qu'hier nous avons remis à demain... Je dois repeindre tout le lettrage de l'immatriculation de notre annexe qui est à peine visible et Daniel doit recoller la bande de protection qui est en partie décollée. Pour ce faire, nous descendrons sur une des plages de la mangrove. J'en profiterai donc pour tenter d'approcher les petites chèvres sauvages afin de les prendre en photo et peut-être voir de près les flamands rose qui semblent se tenir dans un petit lac intérieur dont nous aperçevons quelques brides au travers de l'enchevêtrement des racines d'arbres qui poussent dans l'eau...

En attendant, je viens de préparer une grosse salade froide de fusillis remplie d'artichauds, de tomates fraîches, d'ail, d'oignon, d'olives vertes et noires, de piments, carottes, tranches de nectarine et un monticule de cubes de fromage, le tout bien assaisonné de vinaigrette italienne piquante... Pendant ce temps, Daniel a découvert une fuite d'eau sous sa génératrice et nous ne partirons que lorsque ce problème sera résolu...

Ce matin, c'est notre première journée grise depuis notre arrivée aux Vierges. IL vente 20 noeuds et le ciel est couvert. Hier, j'ai enfin terminé de nettoyer et de huiler la jupe arrière... Tout le bois de teck extérieur est maintenant embellit et revêt une belle couleur foncée qui tranche avec le blanc du pont. Puis, j'ai frotté tout le cockpit pour effacer les marques d'un verre de vin rouge que j'ai renversé par inadvertance... Des heures de plaisir ! Mais enfin, tout est redevenu blanc, étincelant !

Hier, alors que nous soupions de côtes levées et de gratin au fromage, nous avons passé la soirée à regarder des vidéos dont un était particulièment intéressant : Cinderella Man, l'histoire d'un boxeur américain dont l'action se situe à l'époque de grande pauvreté qui a suivie la récession de 1935. Un bon vieux film américain que j'ai trouvé parmi les 200 disques qui m'ont été prêtés par Marcel et Guy qui ont une collection impressionnante de films de répertoire. Par contre, je ne peux pas en dire autant du film suivant : Cap Tourmente, un film québécois avec Roy Dupuis, qui était d'une platitude monumentale, déprimant et sans histoire... Je me demande encore comment j'ai pu le regarder jusqu'à la fin... Peut-être m'attendais-je à un revirement ou une fin extraordinaire mais non, rien... Ennuyeux du début à la fin... Puis, on est tombé sur Uranus, un bon vieux film français avec Gérard Depardieu et Phillippe Noiret que j'adore et une brochette impressionnante de grosses vedettes françaises... Wha ! Un scénario du tonnerre... Avec un Depardieu dans le rôle tonitruant d'un aubergiste toujours un peu saoul qui se prenait pour un poête... Hélas, j'avais trop sommeil pour écouter la fin et je devrai donc le revoir sous peu...

Il faut dire que, depuis notre arrivée aux Vierges, nous avons pris le rythme du sommeil naturel : on se lève et on se couche avec le soleil, ou presque ! Par contre, il est rare que nous ne nous levions pas quelques fois par nuit, soit parce qu'il y a un grain et qu'il nous faut fermer toutes les écoutilles, soit pour s'assurer que nous ne chassions pas ou simplement pour vérifier si le bateau qui s'est collé devant nous et qui a jeté son ancre sans en vérifier la solidité n'est pas en train de chasser vers nous... Je profite alors de ces petites sorties nocturnes pour admirer le ciel qui est toujours illuminé d'étoiles, sentir le vent, tomber sous le charme de la lune qui est pleine actuellement et qui éclaire la magnifique baie de Virgin Gorda...

Voilà, le problème de la génératrice est résolu. Un boyau qui s'était desserré. Nous partons donc vers la mangrove...

Silvie

Mardi le 30 novembre

Un soleil éclatant avec un vent de 20 noeuds du Nord-est qui rend la température très confortable... Notre voilier ne roule pas, il tangue et j'adore cela. J'ai l'impression de faire du cheval au trot. Pourtant, nous sommes ancrés face à la mer et il y a un courant d'un noeud et demi sous le voilier mais l'eau passe de chaque coté du bordé et nous restons le nez au vent, sans rouler...

Hier, nous sommes passés faire une petite épicerie de l'autre coté de la baie... Un nouvel ancrage et nous accostons notre dinghy au quai à Ferry qui fait la navette entre Bitter End et Gun Creek. L'endroit n'est pas très beau, sauf l'accueil du ferry qui est bâti en rond avec de belles collones et des bancs de teck installés tout autour d'un arbre. Autrement, ce sont des bicoques dépeintes et plutôt délabrées qui me font penser à Luperon, en République Dominicaine, là où nous avons acheté notre voilier il y a 5 ans...

Pendant que Daniel attache le dinghy, je m'informe à un local de l'endroit où se trouve l'épicerie qui, selon le guide des BVI, est assez importante. Il me montre du doigt un vieux bâtiment jaune citron en haut de la côte et ajoute qu'il y a une benne à ordures. Daniel apporte donc notre gros sac vert et nous montons la rue en espérant que le sac ne défonce pas... Il y a des poules qui mangent autour de la benne, débordante de sacs percés et nauséabonde... Cela ne donne pas envie de manger du poulet !

On entre et comme nous nous en attendions, il s'agit d'une petite épicerie locale, avec 5 ou 6 rangées remplies de boites de conserves, d'épicerie de base, d'alcool, un étalage contenant quelques fruits et légumes plutôt avancés en âge et un frigo avec de la viande congelée... On achète le minimum... Nous avions besoin de lait mais la date de péremption des deux pintes restantes est du 29, soit la date du jour... On prendra plutôt du lait en conserve ! Par contre, la cartouche de cigarette Kool au menthol n'est qu'à 19.95 $. J'en prend deux... On repart avec du vin, du rhum, de la crème Bailey, des jus pour nos punchs, du pain frais, deux gros beignets de fabrication locale, du fromage et des côtelettes de porc congelées... On retourne au voilier et nous nous préparons un puch à la mangue !

Puis, on retourne mouiller l'ancre devant la mangrove... Je ne veux pas être ailleurs. C'est le plus bel endroit. D'ailleurs, 3 voiliers se sont encrés durant notre courte absence et nous devons aller bien en avant, près du Saba Rock, pour trouver une place... Peu importe, c'est beau partout ici...

Pendant que je prépare un gâteau aux bananes, j'entend Daniel qui me crie d'apporter la caméra et je monte en trombe... C'est le couple de flamands rose qui se promène à coté du voilier... Ce qu'ils sont beaux et gracieux ! Clik, clik et clik encore... Je les attrape alors qu'ils s'enfuient, dans un élan gracieux, à l'approche d'un dinghy... Quelle merveille que ces grands oiseaux rose ! À Anegada, ils sont une centaine... Cela va être de toute beauté ! Tout à coup, j'aperçois mes 3 petites chèvres qui se baladent en broutant le long des plages.. Elles sont trop loins pour que je puisse les photographier mais je les vois bien avec la lunette d'approche... Qu'elles sont mignonnes... Quant aux pélicans, il y en a un qui est venu se poser sur le balcon avant, au dessus de notre ancre et nous étions charmés jusqu'à ce que l'on constate la quantité incroyable d'excréments sur le davier...

Ce matin, on a finalement été sur la plage pour réparer le dinghy. Les lettres sont repeintes et la bande de contour est collée. Nous n'avons plus d'autres projets immédiats, à part souper ce soir au Saba Rock... On est prêts pour Anegada ! Demain, on déroulera le génois et on fera les 12 kilomètres à la voile, avec un vent de travers... J'ai hâte ! La voile me manque... J'ai aussi très hâte de manger du homard et à Anegada, tous les restos en offrent, ainsi que de la conche ! Hum ! Je salive déjà !

Silvie

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