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Lundi 1 novembre
Journée fantastique
! Nous avons loué une moto et nous avons fait le
tour des Bermudes en long et en large et de gauche à
droite, arrêtant à Burlington pour acheter notre fil
USB nous donnant accès à internet et une montre de
plongée pour remplacer la mienne qui s'est arrêtée
en entrant dans le voilier... Puis nous avons
continué, en entrant dans toutes les petites rues,
longeant la mer, visitant tous les plus beaux coins,
essayant toutes les plus belles plages, sous un
soleil éclatant... Une image vaut mille mots alors
j'envoie des photos...
Finalement, nous avons cherché un meilleur
endroit où jeter l'ancre mais aucun coin n'est aussi
bien protégé que dans la Baie du port de St-Georges,
avec toutes ses facilités. Nous resterons donc ici
jusqu'à notre départ. Plusieurs belles plages sont
accessibles en vélo, alors nous pédalerons dans les
prochains jours...
Nous avions la moto
jusqu'à 11h et dès que le réseau du
capitaine (www.leresauducapitaine.qc.ca
) a quitté les ondes de la radio
amateur, nous avons sauté dans le dinghy
pour nous rendre à quai et enfourcher la
moto afin de continuer notre visite de l'est
de l'Ile, soit St-George où nous sommes
ancrés. Roulant à vive allure dans les
petites rues étroites, nous avons encore
découverts deux autres plages désertes où il
nous sera facile d'accéder en vélo, une
petite fermette avec de grosses vaches
noires, des petites chèvres et des poules,
probablement la seule ferme des Bermudes et
encore, partout, des gens qui nous
saluent... Je n'en reviens pas de
l'hospitalité des gens ! Tous sont si
souriants, si gentils, même les vidangeurs
qui aujourd'hui ramassaient les ordures,
nous saluent au passage... Nous sommes
montés jusqu'au fort de St-George, à flanc
de montagne, regardant la mer avec ses gros
canons noirs... Le batiment en pierre de
volcan est superbe mais nous reportons notre
visite de l'intérieur à une autre fois...
Il faisait frais ce
matin mais nous étions quand
même confortables, en chandail
sans manche et en jeans... Puis,
le soleil s'est montré comme
nous rapportions la moto et la
chaleur est devenue torride. Le
temps change rapidement aux
Bermudes, comme nous l'avait si
bien mentionné Uptown, notre
local haut en couleur : 3
saisons dans la même journée.
Souvent nuageux le matin, puis
gros soleil durant le jour et la
nuit venue, le vent se lève...
Un petit saut à l'épicerie pour
trouver du chutney de mangue, du
jus de fruits et des cigarettes
et hop, retour au voilier où je
m'exerçais au dessin pendant que
Daniel réinstallait son nouveau
fil USB à l'intérieur des
cloisons du voilier...
Pour passer le temps, puisque
du temps j'en ai à revendre,
j'ai cuisiné un gâteau au banane
en y incorporant des noix,
pacanes, amandes, morceaux de
chocolat et rhum brun. Puis,
j'ai essayé une recette de
Chipatas fait uniquement avec de
la farine, du sel et de l'eau
que j'ai laissé reposer pendant
trois heures pour ensuite former
des petites boules que j'ai
applaties de mes mains ( j'ai
oublié d'apporter un rouleau à
pâte) et fait cuire au
poêlon. Le plus merveilleux
avec ces pains indiens, c'est
qu'une fois qu'ils sont
cuits, on les met directement
sur la flamme du poêle et ils se
séparent en deux comme des pitas
et se gonflent comme des
ballons. Avec un peu de
beurre, c'est délicieux. Milos,
notre voisin slovaque, est passé
nous dire bonjour et j'en ai
profité pour lui refiler une
portion de salade de goberge que
j'ai préparé pour une armée...
Daniel vient de m'annoncer
qu'une autre dépression arrivera
sur les Bermudes vendredi. Elle
durera trois jours. Des vents
de 25 à 35 noeuds avec rafales à
45 noeuds. Ah non, pas
encore... Une fois de plus, il
faudra préparer le voilier,
rentrer les coussins, sécuriser
le bimini, sortir la deuxième
ancre, etc... Il faut payer
cher son bonheur ! Mais en
attendant, la nuit est douce et
le vin est bon..
Si c'est le 3 qui fait le
mois, il fera froid aux
Bermudes en novembre...
J'ai passé la journée en
polar, à frotter les
boiseries qui
maintenant scintillent...
Le pont est d'une blancheur
à faire mal aux yeux, tout
brille de propreté... J'ai
fait ventilé les oreillers,
les douillettes... Balayé...
Lavé les trois salles de
bain au Vim... Tout est
propre... J'ai cuisiné une
autre stew avec des patates,
carottes, navets et steck
haché... Toutes mes épices y
ont passées : laurier,
sariette, sauge, thim,
etc.... et toutes mes
sauces : aux huitres,
tamari, sauce des Bermudes,
Waschesterchire (pardon pour
les fautes)...Mais ce soir,
j'en ai marre de frotter le
pont, les planchers, les
boiseries... Marre de
cuisiner... Daniel l'a bien
senti. Il est parti en
dinghy acheter une pizza...
Il y a Tomas, l'ouragan
qui s'est transformé en
tempête tropicale et qui
fonce sur nous... Encore une
fois, on doit sécuriser le
voilier... Il est attendu
pour demain soir, avec des
vents sud-sud-est de 45
noeuds... Demain matin, on
va faire le plein d'eau au
quai car les réservoirs sont
vides... J'ai trop cuisiné,
trop fait de vaisselle, trop
lavé, trop frotté... J'en
fait une overdose... On
fera le plein d'essence, de
gaz et hop...¸Après Tomas,
dès lundi, on file, cap vers
le sud, cap vers les
Iles Vierges où il me tarde
de me baigner dans les eaux
turquoises et
chaudes... Advienne que
pourra, on part... Je me
fous de la saison des
ouragans, je suis à la
veille d'éclater moi-même...
J'ai des fourmis dans les
voiles... Il est temps de
partir... Vivement
l'aventure !
Ce matin, le
soleil brille de
tous ses feux et le
temps s'est
légèrement
réchauffé, à notre
grand plaisir... Il
fait 77 degrés
farenheith. Tout est
calme dans la baie,
comme toujours avant
une tempête... Après
avoir écouté la
météo sur le réseau
du capitaine, pris
une bonne douche,
nous avons décidé
d'aller faire de
l'eau au quai,
question de ne pas
manquer de cette
précieuse substance
durant la tempête
qui risque de durer
3 jours et qui est
attendue pour ce
soir avec des vents
de 45 noeuds...
Ainsi, pendant
que Daniel est au
moteur, je remonte
la chaine du
guindeau, laissant
le temps au voilier
de se placer dans le
bon axe et hop, un
autre coup sur la
manette du guindeau
qui fonctionne à
merveille avec son
nouveau moteur tout
neuf... Manège que
je répèterai une
vingtaine de fois...
Le voilier remonte
lentement en suivant
les deux cents pieds
de chaine qui
serpentent sur le
fond... Et voilà
enfin l'ancre qui
apparaît, toute
propre, indiquant un
fond de sable. Pas
besoin de la laver,
comme lorsque le
fond est de glaise,
elle est propre
comme un sous neuf.
Les amarres sont
sorties et attachées
sur les taquets.
Enfin Voilo est
libre, je reste à la
proue, cheveux au
vent, pendant que
nous roulons vers le
quai à gaz qui
fournit aussi de
l'eau à 30 sous le
gallons. Une petite
balade d'à peine dix
minutes mais qui, du
coup, me donne envie
de prendre le
large... Nos 4
réservoirs
contiennent 1000
litres d'eau. Cela
semble beaucoup et
pourtant, c'est
bien peu ! Il faut
continuellement
faire attention de
ne pas gaspiller
inutilement cette
eau précieuse qui,
même si elle est
potable, ne servira
que pour les besoins
domestiques. L'eau
à boire est achetée
à la caisse, en
petites et grosses
bouteilles. Ainsi,
toujours faire
attention et ménager
l'eau... Prendre une
douche et fermer le
robinet pendant
qu'on se savonne les
cheveux, ne la
réouvrir que pour se
rincer, prévoir un
plat d'eau pour
rincer la vaisselle
plutôt que de la
faire couler sur
chaque morceau...
Toujours s'en tenir
à l'essentiel...
Dire que chez nous,
on ouvre le robinet
sans y penser et que
l'eau coule à flot
sans qu'on y prenne
garde...
On approche du
quai et 3 employés
s'avancent pour
recueillir les
amarres que je leur
lance. Remplir les
réservoirs prendra
plus de 30 minutes
et coûtera, cette
fois, 30 $ us.
Puis, les employés,
si gentils, si
prévenants,
décrochent et me
lancent les amarres
et nous repartons
jeter l'ancre dans
la baie, à peu près
au même endroit où
nous étions.
Une fois le bon
endroit déterminé,
je jette l'ancre et
déroule encore 200
pieds de chaîne.
Puis, Daniel met le
moteur à reculons
pour tester notre
ancre et s'assurer
qu'elle ne chasse
pas... La chaine
devient raide comme
une barre mais Voilo
ne bronche pas. Je
fixe un point de
coté et toujours je
suis au même
endroit. L'ancre
est bien plantée.
Mais Daniel décide
de vérifier une
autre fois, en
changeant l'angle du
bateau... Une fois
de plus, l'ancre ne
bouge pas. Daniel,
satisfait, ferme le
moteur et se prépare
pour aller jeter sa
deuxième ancre
qu'il ira porter en
dinghy, à 100 mètres
à babord car les
vents de la tempête
arriveront du
sud-est. Nous
aurons donc une
ancre au sud et une
autre à l'est. Il
nous restera à
sécuriser le bimini
en passant des
cordes par-dessus et
en les attachant
bien serrées sur les
bases du toit.
Je roule les
amarres et les range
dans le coffre
avant. J'adore
rouler les amarres,
ces longues et
solides cordes
torsadées à trois
brins, en en faisant
de grands rouleaux
bien attachés en
retournant, vers la
fin, le bout
contenant l'épissure
autour du rouleau et
en le repassant dans
le centre, de
manière à ce qu'il
tienne bien
solidement et se
défasse facilement
par la suite...
Daniel installe la
pantoise qui
amortira le bruit de
la chaine contre le
davit, une sorte de
bout dehors qui
empêche l'ancre de
frotter contre la
coque... Reste à
fermer le moteur du
guindeau et
l'opération eau et
ancrage est terminé.
Il est presque
midi et nous
descendons à terre
pour
s'approvisionner en
bouffe. Cette fois,
finie la popotte
jusqu'à notre
départ, du moins,
tant qu'on peut
sortir en dinghy...
À l'épicerie du
coin, des cuisiniers
préparent toutes
sortes de bons plats
qui sont vendus à la
livre. Un grand
comptoir rempli de
salades diverses et
colorés, de cuisses
de poulet BBQ, de
côtelettes de porc,
de poissons
frais... Pourquoi
cuisiner alors que
d'autres le font si
bien... Hum ! J'ai
faim... Mais Daniel
est à l'autre bout
du bateau en train
de copier sur son
disque dur les
cartes marines du
monde entier que
Milos lui a prêtées,
en échange d'une
petite antenne
internet qui ne nous
sert plus... Nous
aurons donc les
cartes de l'Europe,
de l'Asie, de
l'Australie...
Hier, Guy, (http://guysimard.net) le
magicien qui
s'occupe de mon site
web, a installé un
Chat sur mon site
afin que je puisse
recevoir un feedback
de mes fidèles
lecteurs, s'il y en
a... Mais à date,
je n'ai pas de
commentaires, sauf
ceux de Marcel et de
Guy qui sont
des amis de longues
dates qui se
plaisent à me suivre
dans mes
péripéties... Comme
j'aimerais recevoir
des commentaires,
juste pour m'assurer
que je ne parle pas
toute seule et que,
derrière moi, j'ai
laissé des ami(e)s
qui se préoccupent
de mon sort et se
plaisent à faire un
petit bout de voyage
avec nous... Mais
où sont donc
Jacinthe, Olivier,
Sophie, Francis,
Julie, Michel, Anne,
Ginette, Sylvie,
Joelle, Diane,
Manon, Paule,
Gaétane et Monica,
Germaine, Jocelyne,
... Si vous êtes
là, faites moi signe
!
Voilà presque un
mois et demi que
j'ai pris ma
retraite... Comme le
temps passe vite !
Et pourtant, encore
et toujours je pense
à mes collègues, à
toutes celles que je
n'ai pas eu le temps
de mieux connaître
et qui pourtant me
manque ! Il y a
tant de travail à
faire à l'UdeM,
comment puis-je
espérer que mes
collègues trouvent
le temps de me lire
alors que moi, même
après des années
entourée des mêmes
gens, à longueur de
journée, je ne
connais encore rien,
ou presque de leur
vie personnelle,
leur histoire, leur
particularité, le
nom de leur
enfant... Sont-elles
mariées,
célibataires, mères,
heureuses,
malheureuses, que
font-elles de leur
temps libre ?
Écrivent t'elle,
peingnent t'elle,
tricottent t'elle...
Quels sont leurs
projets, leurs
rêves... Je ne sais
pas ! On dirait que
j'ai passé ma vie à
cotôyer des gens
sans avoir le temps
de créer de lien et
cela m'attriste car
rien n'est plus
merveilleux que
l'amour et
l'amitié... Bien
sûr, j'ai développé,
au fil du temps,
quelques amitiés
solides et
précieuses, mais
bien trop rares...
Je pense que je
suis nostalgique
aujourd'hui... Je
vais aller dehors
prendre du soleil et
tenter de
perfectionner mon
coup de crayon pour
pouvoir enfin
reproduire un seul
petit rocher fait de
larve volcanique...
Reproduire les
stries, les ombres,
les formes, les
reflets... En y
regardant de plus
près, comme tout
cela est complexe !
J'y arriverai, même
si j'y passe des
mois car la retraite
me permet enfin de
prendre le temps !
Vendredi 5 novembre
J'ai passé une bonne
partie de la journée à
travailler une
aquarelle, retourchant
sans fin la ligne des
vagues qui déferlent sur
la longue plage rose et
je n'ai pas vu le temps
passer jusqu'à ce que
Daniel parte la
génératrice, comme il le
fait à toutes les 8
heures, afin de garder
le frigo et le congélo
froid, quand elle s'est
subitement arrêtée...
Gros problème !
J'ai donc du céder ma
place au Capitaine car
sous mon siège se trouve
le tuyau et le filtre
d'arrivée de l'eau qui
sert à refroidir la
génératrice... Daniel
commence par nettoyer le
filtre qui est rempli de
varesh, ces algues
marines qui s'évadent de
la mer des Sargasse*
lors des tempêtes. Puis,
il démonta la sortie du tuyau
qui était remplie
d'algues compactées sur
une longueur d'un pied.
Du rarement vu ! Soupsonnant
que l'entrée devait
aussi être bouchée, il
du se mettre en maillot
et plonger sous le
bateau pour nettoyer
l'entrée qui elle aussi
était totalement bouchée
par les algues... Avec
ce vent qui avait gonflé
les vagues, je le trouve
très courageux !
Heureusement, après ce
nettoyage, la
génératrice redémarra
sans problème.
Pendant ce temps, le
vent soufflait à 25
noeds et tous les
voiliers semblaient
s'être donné le mot pour
changer de coté de la
baie, de sorte que nous
nous sommes retrouvés
seuls dans la baie avec
le bateau de Milos.
En début de soirée,
Milos est venu nous
visiter, l'oeil glauque,
les cheveux en bataille.
Le pauvre était malade
comme un chien d'avoir
trop bu la veille du
rhum local et il
n'allait vraiment pas
bien. De plus, il a
bien tenté de changer de
coté de baie lui assi
mais son moteur ne
démarrait plus. Daniel
lui a offert d'aller
l'aider à réparer
son problème mais il a
refusé et il est reparti
se coucher...
Quant à nous, bien ancré
solide, nous avons passé
la soirée à jaser
tranquillement puis nous
nous sommes étendus,
sachant qu'il faudrait
vérifier notre position
à l'occasion. Comme
toujours, dès que tombe
la nuit, les vents
forcissent. On dirait
que le Dieu du vent
attend qu'il fasse nuit
noire pour prendre ses
grands airs... J'adore
écouter le son du vent
qui hurle dans les
haubans, sentir le
mouvement du bateau, le
son des vagues sous la
carène, surtout
lorsqu'il hurle comme ce
soir. Comme un
orchestre symphonique,
le son est
impressionnant et
grandiose et nous
réalisons à quel point
ce Dieu du vent est fort
et puissant... J'ai
fini par m'endormir,
comme bercée par la
tempête. Daniel s'est
levé plusieurs fois dans
la nuit pour s'assurer
que tout était correct
mais vers 4h du matin,
j'entends le moteur du
guindeau... J'ouvre
l'écoutille et demande à
Daniel ce qui ne va
pas... Quand j'aperçois,
devant nous, le bateau
noir qui était à coté de
nous la veille et
qui est venu se planter
juste devant nous, à
quelques 50 mètres. Pourtant, durant
l'après-midi, comme tous
les autres voiliers, il
s'était déplacé de
l'autre coté de la baie
! Daniel me dit qu'il a
du chasser... D'ailleurs,
tout léger, il se
promène de gauche à
droite au bout de sa
chaîne... Le danger,
lors d'une tempête, ne
vient pas seulement de
la crainte de voir notre
voilier chasser mais il
vient aussi de la
crainte de voir un autre
voilier chasser sur
nous. La proximité de
ce voilier mis fin à
notre nuit et nous nous
sommes levés pour plus
de vigilence...
À 8h, nous écoutons le
réseau du capitaine.
Daniel annonce sur la
radio amateur que tout
va bien pour nous et
nous apprenons qu'un
autre voilier canadien
vient d'arriver cette
nuit et s'est ancré dans
la baie... Peut-être
s'agit-il du voilier
devant nous car à bien y
regarder, nous ne sommes
plus sûrs si c'est le
même voilier qui était
notre voisin la veille...
Mais aucun drapeau
n'indique la provenance
du voilier... Nicole,
du réseau, nous apprend
que toute la côte Est
des USA est sous le coup
d'une tempête et que ce
mauvais temps se
poursuivra pendant 3
jours en continuant de
monter en force...
Ce matin, nous avons eu
des nouvelles de notre
équipier, Éric. De brèves
nouvelles interrompues...
Mais au moins, nous
savons qu'il est de
retour chez lui, en
compagnie de sa femme et
de son jeune fils
Alexandre...
Le vent continue de
forcir... Je retourne à
ma lecture de La longue
route de Bernard
Moitessier que je
savoure... Fedex nous a
envoyé un avis de
livraison. Notre pièce
de tangon arrivera vers
17h à la voilerie et
Daniel bravera sûrement
le vent et les vagues
pour aller chercher son
petit paquet...
*
La mer des Sargasses est
le nom donné à une zone
de l’océan Atlantique
nord. Elle est bordée
par le Gulf Stream à
l'ouest et au nord-ouest,
la Dérive nord
atlantique au nord, le
courant des Canaries à
l'est, et le courant
nord équatorial au sud,
elle est de fait la
seule mer sans
côtes[1][2], si l'on
excepte celle formée par
les îles des Bermudes,
proches de sa frontière
ouest. Elle a une
largeur de 1 100 km, et
une longueur de 3 200 km
environ. Elle s'étend à
peu près de 70 à 40
degrés ouest, et de 25 à
35 degrés nord. Elle
tient son nom des algues
dites sargassum[3][4]
qui ont la particularité
d'y flotter, et de s'y
accumuler en surface. Le
mot même de « sargasse »
vient du mot italien
sargazzo qui signifie
varech. En effet, la
zone fut découverte pour
la première fois par
Christophe Colomb, qui y
nota l'abondance de
végétaux en surface,
signe pour lui de la
proximité d'un
continent.
La mer des Sargasses a
aussi la particularité
d'être une zone calme,
sans vent ni vague. Les
navires de Colomb
naviguèrent ainsi, non
sans peine, parmi ces
herbes qui
ralentissaient leur
progression, au grand
effroi des équipages, et
ils mirent trois
semaines à traverser
cette étendue, ce qui se
résume à une vitesse
d'environ 3 km/h.
Samedi,
6
novembre
Il
est
8h
du
matin, l'heure
des
nouvelles
sur
le
réseau
du
capitane mais
le
grésillement
nous
empêche
d'entendre...
Dans 15
minutes,
les
ondes
seront
plus
claires
et
ce
sera
mieux,
le
temps
que
Daniel
nous
prépare
une
délicieux
expresso
mousseux.
Il
n'y
a
plus
de
bleu
dans
le
ciel,
seulement
un
gros
nuage
gris
qui
prend
toute
la
place,
l'eau
de
la
baie,
autrefois
d'un
vert
turquoise
est
grise
et
remplie
de
vagues
et
le
vent,
menançant, dans
une
forme
du
tonnerre,
continuent
de
nous
narguer...
Daniel
s'est
levé
au
moins
dix
fois la
nuit
dernière et
moi,
sûrement
7
fois,
réveillés
par
les
hurlements
du
vents
qui nous
a
fait
une colère
noire
avec
ses
rafales
à 40
noeuds... Je
sort
la
tête
de
l'embouchure
du
cockpit
et je
scrute
la
nuit, vérifie
que
mon
point
de
repère
est
encore
à la
même
place,
que
le
voilier
devant
nous
et
qui
se
tord
dans tous
les
sens
n'est
pas décroché,
que
Milos,
sur
notre
tribord
et
qui
pour
la
deuxième
fois
n'a
pas
allumé
son
feu
en
tête
de
mat,
soit
toujours
là...
Tout
est
beau,
dans
la
nuit
noire...
Daniel
fait
le
tour
du
pont,
vérifie
ses
ancres,
écoute
le
vent
et
vérifie
sa
direction
:
encore
sud-sud-est...
Puis,
ne
pouvant
rien
faire
de
plus
qu'attendre
que
cette
dépression
s'essoufle,
on
retourne
se
coucher, jusqu'au
prochain
beuglement
du
vent
qui
semble
prendre
de
la
force
en
cette
deuxième
nuit...
Hier,
Daniel
est
descendu
à
terre,
en
dinghy,
bravant
les
vagues
et
le
vent,
pour
aller
chercher
ses
pièces
de
tangons
qui
étaient
arrivées
à la
voilerie.
En
passant
derrière
le
voilier
de
Milos, notre
jeune
slovaque,
Daniel
s'est
arrêté
pour
s'assurer
qu'il
n'était
pas
mort
car
nous
ne
l'avions
pas
aperçu
depuis
deux
jours.
Il
était
bien
là, en
meilleure
forme
qu'hier, et sans
aucune
connaissance
en
la
matière,
tentait
de
réparer
son
moteur
diésel
qui
refusait
de
démarrer...
Daniel
lui
dit
qu'il
reviendrait
pour
l'aider,
après
avoir
récupéré
son
paquet.
Il
revient
donc,
20
minutes
plus
tard, presque
entièrement
trempé,
dépose
son
enveloppe
Feedex
et
saute
dans
le
dinghy
pour
retourner prêter
main
forte
à
Milos.
Mon
capitaine
ayant
passé
une
bonne
partie
de
sa
vie dans
la
machinerie
lourde
possède
une
connaissance
approfondie
des
moteurs
diésel
et
il
voit
immédiatement
le
problème
du
moteur
de
Milos
qui
n'a
pas nettoyé son
filtre
à
essence depuis
un
an.
Le
filtre
est
noir
alors
qu'il
devrait être
rose.
L'essence
ne
se
rend
plus
au
moteur.
Il
lui
montre
donc
comment
faire
l'entretien
de
son
moteur,
puis
comment
le
saigner pour
enlever
l'air...
Une
fois
ces
opérations
terminées,
le
moteur
démarre
comme
un
neuf,
au grand
bonheur
de
Milos
qui
n'oubliera
jamais
ce
cours
de
mécanique
101 et
Daniel,
satisfait, revient
au
voilier
à
temps
pour
souper.
J'ai
fait
du
spagetti,
pour
faire
changement
et
fait
cuire
deux
pommes
dans
le
sirop
d'érable...
On
s'ouvre
une
bouteille
de
vin
et
on
sort
dehors
regarder
la
tempête.
Le
vent
est
chaud
et à
la
nuit
tombante,
sous
un
ciel
blaffard,
on
espère
des
jours
meilleurs...
Les ondes
du réseau
du
capitaine sont
maintenant
parfaitement
claires. Nicole,
une
fidèle
bénévole
du
réseau,
nous
apprend
que
l'ouragan
Tomas
a
fait
de
sérieux
ravages
en
Haiti,
arrachant
des
arbres,
détruisant
des
maisons,
provoquant
des
éboulements
avec
des
vents
de
75
noeuds...
Décidément,
Haîti
n'a
pas
de
chance
!
L'ouragan
se
déplace
vers
le
nord-est,
soit
directement
vers
nous...
RIen
de
bien
encourageant!
hier soir, Milos est venu faire un tour pendant que nous soupions d'un bon spagetti gratiné. Heureusement, je cuisine toujours pour une armée, alors j'étais bien contente de lui faire partager notre repas et de lui faire goûter ma super tarte aux pommes... Puis, dans la soirée, des feux d'artifices ont remplis le ciel. C'était magique ! Il y avait sûrement une fête au village mais j'ignore laquelle. Peu importe, c'était si beau...
Nous avons bien dormi, le vent semblait se calmer lentement. Daniel ne s'est levé qu'une fois et moi, je ne l'ai même pas entendu sortir du lit... J'ai dormi comme une roche et je suis dans une forme splendide ce matin, sous un ciel totalement bleu...
La baie a retrouvé sa couleur verte émeraude et les vagues sont disparues. La tempête est finie... Il fait beau et la vie est belle !
Le départ est proche maintenant. Nous préparerons la liste de nos repas pour la traversée et irons faire le plein d'essence et d'eau. Ensuite, l'épicerie et demain, lundi, les vents seront du nord et il sera temps pour nous de quitter les Bermudes et de se diriger vers les Iles Vierges...
Je me vois déjà plonger dans l'eau chaude et turquoise, à l'ombre d'une ile déserte... Nager, encore et encore... Ne faire que cela !
Mais en attendant, pas mal de travail m'attend ! Tout ramasser, m'assurer que tout est bien rangé et que rien ne déboulera durant la traversée, préparer un peu de bouffe à l'avance, refaire encore le ménage car la tempête a laissé ses marques de sel sur mes belles boiseries, nettoyer les planchers blanchis au sel et sortir au grand soleil les douillettes et oreillers qui sont rendus moites par le vent salé qui entrait par les écoutilles...
Je suis toute exitée à l'idée de prendre le large. 850 milles en haute mer. Pour sortir du triangle des Bermudes, il nous faut deux jours de belle météo...Mais des vents du nord sont annoncés pour une semaine, le vent parfait pour nous. Un vent qui arrivera par l'arrière, nous faisant rouler au portant, la plus belle allure, la plus chaude... Mais avant de partir, il faut surveiller la direction de Tomas, l'ouragan qui traine encore son oeil de monstre sur les Antilles... Nous ne voulons surtout pas le rencontrer en plein milieu de l'océan, avec ses vents dévastateurs... Nous devons attendre de savoir quelle sera sa direction mais si, comme prévu, il se dirige vers l'est, nord-est, nous le laisserons bien loin sur notre babord..
hier, le ciel était bleu et il faisait un temps superbe. Court répit après 3 jours de grands vents. Après avoir fait un petit tour à terre, bu une bonne draft froide sur la terrasse du White Horse, acheté une partie de l'épicerie, je me suis mise dans la préparation d'un pain sans pétrissage qu'il me tardait d'essayer. Une recette qui m'avait été donné par mon amie Jacinthe qui en avait fait lors de mon dernier passage au Lac St-Jean. 4 beaux pains ronds et bien gonflés, dorés et croustillants...
Je mélange donc tous les ingrédients et alors qu'il ne me restait qu'à attendre que la pâte double de volume, bien au chaud sur la cuisinière, j'ai entendu des voix toute proche... Un dingy, avec 4 passagers accrochés sur notre tribord, attendaient là et nous avons soupçonné qu'il s'agissait des passagers du voilier canadien entré hier dans la baie... Nous nous sommes approchés pour les accueillir et voilà qu'un des gars, tout surpris et avec un grand sourire, lance : Daniel, est-ce que tu me reconnais ! Non, Daniel n'a pas reconnu tout de suite Paul Gastonguay, un équipier avec lequel il a traversé l'Atlantique 25 ans plus tôt... Quelle belle retrouvaille ! Les gars montent à bord et Daniel et Paul se remémorent de vieux souvenirs, leur traversée jusqu'aux Açores, puis jusqu'au Brésil... Comme le monde de la voile est petit ! Bref, ce fut une belle rencontre. Paul convoit un Swan de 53 pieds aux Iles VIerges et il passera l'hiver à travailler sur ce magnifique voilier. Nous le reverrons sûrement...
Après 5 heures d'attente, mon pain ne semble pas avoir doublé de volume. En fait, il a gonglé mais en largeur et non en hauteur... Impatiente, je décide quand même de le faire cuire et j'enfarine ma planche pour le découper en deux et le replier en quatre, tel que mentionné dans les instructions. C'est mon premier pain et j'apréhende déjà que ce ne sera pas un succès... Je l'enfourne mais je n'arrive pas à monter le four à 450 degrés... Peu importe, je me dis que je le laisserai plus longtemps et je le place au four qui n'arrive pas à monter plus haut que 375 degrés... Et bien, il fallait que la bonbonne de gaz soit presque vide pour mon premier pain qui cuira le double du temps requis et sera encore humide au centre... Malgré tout, Daniel en mange 3 tranches qu'il garnit de confiture... Moi, je mange la croute, la seule partie qui est cuite...
J'ai eu peine à dormir cette nuit et c'est avec étonnement que, vers minuit, j'ai entendu le vent se mettre à hurler de nouveau... Et bien, que se passe t'il donc encore ? Est-ce l'approche de Tomas qui cause cette autre perturbation ? Le vent forcit, le bateau tourne et j'entend des bruits inhabituels sur le bordé... Je réveille Daniel qui est assomé par mon pain non cuit et il se lève pour scruter la nuit. Le vent a changé de direction. Il relève sa deuxîème ancre pour la mettre de l'autre coté du voilier. Puis, la pluie se met à tomber, un pluie froide, faite de grosses gouttes molles...
Ce sera donc sous la pluie et sous un ciel gris que nous irons faire le plein d'essence, d'eau et de gaz pour la cuisinière... Puis, il faudra aussi faire le reste de l'épicerie, viandes, fruits et légumes pour 8 jours de navigation. Je vois déjà notre retour en dinghy, les sacs tout mouillés, les pieds dans l'eau, dans l'inconfort des cirés... Je déteste la pluie !
Demain, advienne que pourra, on part car ici, le mauvais temps semble bien installé... Le soleil se trouve au sud, alors, cap vers le sud !
Mardi 9 novembre
La veille du départ...
Journée mouvementée et émotive ! Journée grise et triste ! Milos, notre jeune slovaque, est venu nous saluer avant son départ. Il est arrivé alors que nous dinions d'un macaroni tout frais fait et nous lui en avons servi une belle grosse assiettée avant que, seul sur son voilier
Magic, quelques heures plus tard, lorsque le jour tombera, sous une pluie morne et froide, il prendra la mer pour 8 jours. Nous lui avons aussi offert une petite antenne internet qui ne nous servait plus, en cadeau, afin qu'il puisse rester en contact avec les siens lorsqu'il sera à St-Martin, avec la promesse qu'il nous la rapportera, un jour... Ému, Il m'a serré très fort et j'ai senti, que comme moi, il était rempli de joie à l'idée de partir mais aussi de crainte à l'idée de prendre la mer...
Partir en mer est un acte de foi et l'on ne sait jamais si la mer, si puissante, si immense, décidera de nous laisser vivre ou mourrir... Nous sommes si petits dans cette immensité, une petite goutte d'eau dans le vaste océan, et malgré que nous tentions de naviguer aux meilleurs de nos connaissances et de nos forces, la mer aura toujours le dernier mot !
Paul, le jeune équipier de Daniel, devenu grand marin, est aussi venu nous rendre visite. Il partira demain, à la même heure que nous, avec des 3 membres d'équipages, marins avertis, pour reconduire son Blue Angel aux Iles Vierges. Il me semble être une belle personne, marginale, un rien révolté, mais si sympatique, ayant beaucoup navigué depuis sa première expérience avec Daniel, 25 ans plus tôt et nous espérons le revoir durant l'hiver !
La nuit est tombée et toujours cette pluie froide qui continue de nous envahir, jusqu'à la moelle... J'aurais tant aimé partir avec le soleil mais une grosse dépression stagne sur les Bermudes et demain, il pleuvra encore des cordes... Il est 20h. J'ai du accompagner Daniel aux douanes. À notre retour, la pluie avait cessé et nous nous sommes empressés d'enlever le moteur du dinghy puis, avec une drisse, nous l'avons hisser sur le pont pour le désouffler, et pendant que Daniel winchait, j'empêchai cette grosse masse lourde de se frotter sur le bordé... Puis, nous l'avons mis dans son étui et rangé dans le coffre avant où déjà Daniel a rangé les défenses et les amarres dont nous avons eu besoin pour faire le plein de diésel et d'eau au quai... Hélas, pas de propane mais il me reste un deuxième réservoir qui devrait durer jusqu'au Vierges... De toute façon, à moins que la mer nous offre une dorade ou un thon, la cuisine en traversée, surtout en équipage réduit, est souvent limitée aux soupes chaudes, aux grill cheese, aux hot dog ou à la bouffe déjà préparée, comme l'éternel stew et le macaroni !
Tout est fait. Il est 21h30. Daniel prend une douche et moi, je termine un dernier verre de vin avant de plonger dans le lit. Dès l'aube, nous serons prêts à lever l'ancre et à dire adieu aux Bermudes, à cette ile perdue dans l'Atlantique, à tous ces gens si accueillants, si merveilleux, si chaleureux qui resteront pour toujours gravés dans ma mémoire comme un souvenir si particulier, si doux et si beau...
Jeudi 11 novembre
Le soleil était haut dans le ciel lorsque mon capitaine est apparut dans le cockpit. Il avait le sourire radieux d'un homme qui a bien dormi, malgré une barbe de deux jours et les cheveux en bataille, il était superbe. Mon capitaine, c'est mon soleil à moi. Dès qu'il apparaît, tout devient plus simple, plus chaud...
Depuis l'aube, je veillais au grain. Nos quarts étaient divisés en deux : moi le jour et Daniel la nuit... Il faut dire que c'est arrivé comme ça, dès le premier jour. La nuit tombait, et alors que Daniel plantait la pointe de son rapalla dans le cerveau de sa 2e dorade, qui me fixait d'un air résigné, se débattant faiblement, mon estomac n'a fait qu'un tour et je n'ai eu que le temps d'accrocher un sceau pour vomir, encore et encore. J'avais mon premier mal de mer ! Il faut dire qu'avant de partir, j'avais quelques appréhensions, ce qui confirme ce que j'ai toujours pensé. C'est la peur qui donne le mal de mer... Et avant de partir pour cette traversée de 8 jours, j'avais peur... Peur du froid, de la pluie, crainte du mauvais temps comme lorsque nous sommes entrés aux Bermudes. Et c'est exactement ce qui s'est passé !
Ce n'était pas les vents de 25 noeuds, ni les rafales à 30 qui me dérangeait, c'était les vagues. Une série arrivait du sud-est et l'autre du nord-ouest. Elles s'affrontaient et éclataient en gigantesques embruns de chaque coté du voilier, pour ensuite déferler sur nous, sans relâche, nous laissant trempés et gelés jusqu'aux os. Le voilier se promenait dans tous les sens, de gauche à droite, de haut en bas, cherchant à garder son cap vers le sud, à 195 degrés. Bref, le premier soir, Daniel rester à la roue pendant que moi, j'ai dormi comme une roche.
Au matin suivant, tout brasse encore comme la veille et je m'efforce de boire un grand verre de jus de pamplemousse qui sortira aussitôt ! Wha ! Je ne pouvais donc rien garder... En sueur, je décide de monter dans le cockpit pour prendre un peu d'air et j'accroche au passage mon ciré, sur la rampe d'escalier, avec l'intention de le mettre dehors... Mais je suis à peine sortie qu'un embrun m'arrive par le travers et me revoilà trempée jusqu'aux pieds... Décidément, ce n'est pas ma journée ! Pourtant, plus le temps passe, plus le soleil se fait présent, illuminant les crètes des vagues qui semblent s'apaiser et faisant sécher mes vêtements... Les rôles sont inversés : Daniel me prépare un sandwich, que j'avale timidement... Plus la journée avance et mieux je me sens... Demain, je serai neuve, amarinée et heureuse...
Les Bermudes sont à 390 milles dans notre sillage. Nous avons roulé 50 heures, à 8,5 noeuds à l'heure.
Vendredi 12 novembre
En cette journée de la fête de ma douce et belle Sophie, qui a 32 ans aujourd'hui, mes pensées se tournent vers elle qui me manque tant... Puis, elles plongent dans la mer qui, sous le soleil brillant, est recouverte de mille éclats de lumière sur sa robe d'un bleu pâle...
J'observe les vagues, qui s'animent inlassablement... Elles ressemblent à des personnes, ayant chacune une caractéristique discinte. L'une est plus imposante que les autres et se démarque par son rayonnement, l'autre a un collet monté et est toute pincée, tandis que celle-ci est ronde et flasque, celle-là est petite et pétillante. Il y en a qui sont douces et gentilles, d'autres qui sont scélérates et traîtresses et qui, sans que tu t'en attendes, t'envoient une claque derrière la tête...
Mon capitaine est venu me réveiller cette nuit car il avait besoin de moi pour prendre un ris dans la grand-voile car le vent avait forcit. Ce matin, alors que le soleil se réveillait, je me levais pour prendre mon quart pendant que Daniel partait prendre une douche, puis se mettait en contact avec le réseau du capitaine. Après m'avoir préparé un délicieux expresso et un sandwich aux tomates, la meilleure de toute ma vie, et après avoir jasé avec son ami Paul, 30 milles plus en avant sur son Swan 53, il parti se coucher pour quelques heures.
Dors, mon capitaine, je veille dehors sur ton beau voilier. Cap 205, toutes voiles dehors, le bateau bien appuyé sur son babord, les voiles parfaitement équilibrées pour ce doux vent de 15 noeuds, nous roulons entre 6 et 7 noeuds, doucement, confortablement, sous une chaleur qui me donne envie d'enlever mes bas de laine et de mettre mon ciré au rancart...
Daniel vient de se réveiller, il est 13h. C'est sûrement l'allure du voilier qui l'a réveillé, le vent a baissé et nous roulons à moins de 5 noeuds. Il a donc modifié l'ajustement du chariot d'écoute de la grand-voile de manière à ce que la voile soit plus ronde et retienne mieux le vent. Nous venons de passer de 5 à 6 noeuds en un instant. La magie de l'ajustement fin des voiles ! Tout est dans les Glénans, me dit-il ! Bon bon, moi qui aie les deux versions, dès que je serai aux Vierges, j'en ferai mes livres de chevet mais pour l'instant, je n'ai de yeux que pour les milles chandelles scintillantes de la mer qui célèbrent avec moi la fête de Sophie!
Il nous reste 290 milles à parcourir et nous serons déjà rendus...
Silvie
Samedi 13 novembre
Bonjour,
Plus que 95 milles avant l'arrivée. dernière journée en mer. Au lever du jour demain matin, nous devrions être ancrés.
Tout continue de bien aller, vents légers au près bon plein. Le bateau roule à 6 noeuds et je n'essaie pas de faire mieux, car si nous allons trop vite nous arriverons avant le petit jour à Tortola.
Paul sur son Swan arrivera vers minuit et nous vers 05h00 AM ou avant si les conditions sont bonnes et que je tente une entrée de nuit.
Depuis le départ des Bermudes ce fut toute une descente, à fond la caisse avec une moyenne sur le fond qui doit être de 8 neuds. Les derniers milles baisseront cette moyenne, mais si je considère l'équipage réduit que nous avons, c'est très bon. Étonnamment je ne me sends pas fatigué, Silvie non plus. Le bateau est plein de sel; il y a eu beaucoup d'embruns,au moins une dizaine de poissons volants ont échoués sur le pont, Silvie en a même reçu un sur un genoux. Demain matin, Paul viendra me prendre en dinghy, et nous irons faire les douanes ensemble, puis on ira mouiller à Norman Island pour faire quelques plogées et récupérer.
Bonne fin de semaine,
Daniel
N 19 degrés 55
W 64 degrés 45
Toujours plein Sud à 6 noeuds
Dimanche 14 novembre
Depuis hier soir, minuit, nous aperçevons les lumières de John Van Dyke à tribord et de Tortola à babord. Au loin, les lueurs de Puerto Rico. Nous sommes encore à 50 milles de distance et le vent est tombé à 12 noeuds, nous faisant avancer à 6 noeuds dans la longue houle qui vient du nord. La nuit est chaude et remplie d'étoiles, ça sent le sud ! Nous sommes en maillot de bain...
Au petit matin, nous sommes derrière les premières iles de Tortola et nous avançons au moteur vers West end où nous ferons nos douanes. Nous sommes entourés d'Iles petites et très hautes, vertes au sommet et rocheuses à la base, avec des récifs très escarpés. Tout à coup, j'aperçois quelques maisons bâties à flanc de montagne sur une ile... Et sur une autre, encore quelques maisons... De loin, on aperçoit des routes en lacet qui sont en pente de 45 degrés et plus, de sorte que je me demande comment font ces gens pour se déplacer tant les routes sont abruptes...
L'eau est bleu pâle, transparente et devient turquoise près des plages dans les baies. Une vingtaine de cormorans tournent autour de notre voilier, comme pour nous souhaiter la bienvenue. L'endroit est presque lunaire, étrange...
Vers 8h30, nous arrivons à West End, une baie dans une Ile plus grosse que les autres... Il y a plein de voiliers, des restos, des quais et les douanes... Nous soufflons le dinghy et Daniel part pour revenir deux heures plus tard avec ses papiers qui nous permettront de rester aux BVI jusqu'au 14 décembre, date à laquelle nous partirons vers Puerto Rico.
En attendant, il fait une chaleur torride et malgré la beauté des lieux, nous décidons de repartir jeter l'ancre vers Norman's Island. Des vents du nord-est sont attendus cette nuit et Daniel connait une petite crique, bien à l'abri, à quelques 8 milles d'où nous sommes, Mooney's Bay, là où nous commenceront notre lune de miel... Encore des iles et des iles et des voiliers qui taquent dans tous les sens... On est au moteur car nous sommes très fatigués et nous avons très hâte de nous reposer.
Enfin, l'ancre est bien accrochée. Nous sortons nos palmes, masques et tubas et nous plongeons avec délice dans cette eau transparente et chaude. Nous nageons vers les récifs de corail en admirant les bancs de poissons de toutes les couleurs. Il y en a des petits, tout jaune, des plus gros tout bleu, d'autre encore sont rouge vif... Il y a des oursins partout et de grandes algues mauve et jaune en forme de fleur... C'est magique ! Je suis toute exitée et émue... COmme c'est beau !
Puis, nous ferons cuire de la dorade à la manière de Uptown, en papillotte, avec du vinaigre de vin, des tomates, des oignons, de l'ail, de la cassonade, du beurre et du piment fort... Nous dégusterons ce délicieux repas en admirant le paysage qui, autrefois, était le repère de Rakam le rouge, un célèbre pirate, qui aurait, dit on, laissé un trésor caché quelque part dans cette ile...
Mardi le 16 novembre
Nous avons dérouté de notre planning de la journée qui consistait à aller visiter les grottes aux Caves, à quelques milles à tribord... Dès le lever du jour, Daniel voulait faire une petite réparation sur son hélice et changer son anode qui était totalement grugée par l'électrolyse. Il sortit donc de son garage avant, le système de plongée sous-marine acquis avant notre départ et installa le tout pour pouvoir travailler sous la coque du voilier... Le travail ne fut pas très long mais Daniel était enchanté de sa patente qui fonctionnait très bien... De plus, il me racontait qu'une centaine de poissons étaient venus le regarder travailler et il me proposa de partir l'essayer à mon tour et de faire, avec lui, un peu de plongée...
Bien sûr, j'étais ravie de faire un petit tour vers la montagne devant nous et d'aller explorer les fonds marins, puisqu'hier, j'avais vu des gens y passer près de 3 heures dans ce secteur... J'enfile donc mes palmes, crache dans mon masque et le rince à l'eau de mer, me l'enfonce autour des yeux et respire un grand coup pour enlever l'air, puis je met l'embout du tube dans ma bouche et voilà que l'air y entre tout seul, sans effort... Je plonge à l'eau... Daniel me suit. Nous étirons en ligne droite les 50 pieds de tubes qui nous relient au moteur flottant et nous filons vers babord... Daniel a mis un plomb sur sa ceinture. Moi, je n'en ai pas...
Le décor est magestueux : des rochers recouverts de coraux en forme de cerveau, d'autres en forme de champignons, d'autres en grosses boules jaunes et ici et là, toujours ce corail noir en dentelle, rouge, jaune, mauve... Partout, des bancs de poissons qui dansent et tournoient autour des algues, se cachant dans les replis, sortant par un autre passage... Des ronds, des longs, des petits, des gros, de toutes les couleurs... Et puis, Daniel s'amuse à plonger plus creux et tout à coup, il ramasse une grosse conche, ce beau coquillage rose dans lequel nous écoutons le bruit de la mer et qui cache en son centre un molusque dont nous avons eu le plaisir de goûter aux Bahamas, 5 ans plus tôt, en Conch Salad, un met local et typique dont nous gardons un vif souvenir...
Une conche et puis une autre et encore une autre... Et en voila une petite... Elles ne sont pas facile à trouver car elles se cachent dans le sable mais mon capitaine a l'oeil gourmand... Nous sommes dans l'eau depuis deux heures et mes bras sont plein de conches... Il est temps de retourner au voilier, si nous voulons visiter les grottes en après-midi...
Au retour, nous plongeons nos magnifiques conches dans un sceau rempli d'eau de mer. Daniel range son kit de plongée et je descend en bas pour préparer un paté au poulet. Il me reste plein de poitrines dont je ne sais plus que faire... Alors, je les plonge dans l'eau et les fait bouillir en y ajoutant plein d'épices...
Je suis brûlée par le soleil. J'ai le dos en feu et Daniel met du Noxema tout frais sur mes brûlures, puis, j'en mets sur les siennes car lui aussi, il a le dos bien rouge vif... Mais cela n'arrête pas mon capitaine qui se met en tête d'ouvrir les conches. Nous nous souvenons, pour l'avoir vu faire aux Bahamas, qu'il suffit de faire un petit trou entre la 3e et la 4e spirale, puis, sectionner le muscle qui retient le molusque à la coquille. Ensuite, il est sensé sortir par l'ouverture nacrée et nous devons attraper son ongle et tirer. Puis, il faudra extraire tout ce qui ne se mange pas : les yeux, la cervelle, le sexe, les viscères et couper le tout en petits morceaux qui tremperont dans le citron vert... Une petite affaire de rien que les locaux font à la vitesse de l'éclair, à grands coups de machettes... Ce petit rien qui devait prendre quelques minutes a pris trois heures, a mis ma cuisine dans un état bordellique et qui a occasionné deux coupures sur les mains de Daniel qui a du faire preuve de patience et d'ingéniosité pour en venir à bout... Je le revois encore, à coup de marteau, de masse, de pinces, faire des trous, des petits trous, encore des petits trous, puis, en désespoir de cause, à cogner sur le coquillage, presque le défaire en morceau pour faire sortir la bête tenace qu'il finira par sortir par les trous et non par l'ouverture...
Pendant ce temps, je taillais en petits dés des piments, des tomates, des oignons, du céleri et le fameux piment Gombo, celui que lorsque tu y goûtes, tu t'en souviens pendant trois jours car il brûle encore sur tes lèvres, que je conservait pour cette grande et inespérée occasion...
Puis, j'ai mis le tout à macérer dans le frigo et j'ai refait le grand ménage de la cuisine, aidé de Daniel qui s'est vite trouvé un autre travail urgent à faire... Demain, nous nous délecterons mais en attendant, il est presque 16 heures et je n'ai plus envie d'aller visiter les grottes... Je retourne donc à mes fourneaux pour continuer mon paté au poulet et je me félicite d'avoir acheté, aux Bermudes, de la pate toute prête qu'il me suffit de dérouler... J'hache donc mon poulet en cube, y ajoute de la macédoine, des champignons et une délicieuse sauce au poulet, recouvre le tout et enfourne mon paté...
Je suis brûlée. Je décide d'aller m'étendre un peu mais voilà que mon lit est tout mouillé... Ah, non ! Daniel a sorti un sac de voile du garage avant et a étendu son génois 125 % sur le pont pour le faire sécher. Mon écoutille étant ouverte, l'eau salée qui emplissait la voile s'est répandue sur mes draps... Encore une autre affaire ! Daniel sort le tout dehors et vérifie les matelas qui sont intacts, heureusement. Je referai donc un autre beau lit tout neuf tout à l'heure... En attendant, le paté est cuit, bien doré et ça sent bon dans tout le bateau. On ouvre une de nos dernières bouteilles de vin et on se délecte à l'intérieur car dehors, le soleil est encore trop chaud pour nous...
Ainsi se passe notre 3e journée... Nous passerons la soirée dehors, à l'ombre, à regarder les voiliers entrer dans la baie, les étoiles dans le ciel et sentir la brise sur nos membres rougis... Tiens donc, Il y a un vieux Ketch avec un drapeau canadien qui vient d'ancrer dans la baie... Et bien ! Demain, nous irons les saluer mais ce soir, je n'ai qu'une envie, me reposer...
Mercredi 17 novembre
un matin gris et venteux... Parfait pour mon coup de soleil qui m'a rendu la nuit bien douloureuse ! Dès le lever du jour, je plonge tête première dans la fabrication de galettes à la mélasse... J'en ai deux platées et elles sont délicieuses ! Vers midi, le soleil réapparait et nous partons explorer les grottes en dinghy, sans toutefois avoir envie de faire de l'apnée... Nous avons décidé de lever l'ancre et d'aller explorer une autre ile... Mais avant, Daniel se sert une bonne portion de Conch Salad et, peu de temps après, il se met à moucher... Hum ! C'est fort ! dit-il... Oup ! J'ai du mettre trop de piment Gombo ! Mais c'est délicieux quand même et malgré que les gouttes d'eau perlent sur son front, il termine son assiette...
Bon, on décide de décoller... On ramasse tout ce qui traine dans le cockpit et Daniel met une bouée sur sa deuxième ancre qu'il laisse à l'eau et que vous viendrons reprendre après que la première ancre soit sortie... Et voilà, la première est rangée sur son davier... Nous retournons à la deuxième que j'attrape aisément avec la gaffe. J'attache un bout du cordage en faisant des tours morts sur le taquet et Daniel vient à l'avant pour relever l'ancre qui, malgré ses efforts, ne veut pas décrocher... Retour au moteur, avance, recule, rien à faire, elle semble prise entre deux roches... On essaie encore et voilà que la corde, un grosse corde torsadée à trois brins, éclate ! Ah, non, une si belle ancre Fortress qui tenait si bien ! Elle se trouve donc sous 30 pieds d'eau et il faudrait resortir tout le kit de plongée, réancrer et tenter de récupérer notre ancre... On y passerait la journée !
Il vente à écorner les boeufs et on dirait que les alizés, ces grands vents qui prennent naissance en Afrique et qui descendent jusqu'aux Antilles, sont arrivées... Bah ! On sait où est l'ancre, on y reviendra ! Pour l'instant, on file vers Salt Island qui n'offre aucun protection suffisante pour le vent du nord est qui ne cesse de forcir. On se dirige donc vers Cooper's Island où les fonds marins sont exceptionnels et nous prenons un mooring car aucune place n'est disponible pour jeter l'ancre.
Un beau resto, des boutiques, une plage blanche remplie de palmier nous accueille, ainsi qu'une bande de pélicans qui plongent à toute vitesse dans l'eau transparente pour attraper quelques poissons... Il est 17h. Une petite pluie tombe mais elle ne durera pas assez pour nettoyer le sel qui brille sur le pont... Je descend préparer deux belles pizzas royales de ma conception. L'une est à la dorade, l'autre est remplie d'une montagne de légumes et de fromage... C'est l'heure d'un petit verre de vin !
Puis, le ventre plein, je viens prendre mes courriels et voilà que j'ai des nouvelles de Milos qui est enfin arrivé à St-Martin, à voile. Il a eu des problèmes de moteur. Daniel l'avait pourtant prévenu qu'il y avait de l'eau dans ses réversoirs... Enfin, il est sain et sauf et semble en bonne forme...
La nuit tombe et le vent continu de forcir. Il pointe à 30 noeuds. Espérons que notre mooring tiendra le coup !
Demain, après un peu de plongée, nous partirons vers Road Town afin de refaire nos provisions d'eau et de victuailles.... Une belle journée en perspective !
Jeudi le 18 novembre
Le vent, qui a soufflé toute la nuit, siffle encore dans les haubans, malgré un soleil rayonnant... Au petit jour, assise dans le cockpit, j'observe la ronde des pélicans qui tournoient autour des voiliers ancrés dans la baie de Manchionneel à Cooper's Island... C'est si beau de les voir plonger en plein vol, tête première, dans l'eau bleutée, provoquant d'énormes éclaboussures d'eau, de ressortir aussitôt avec un poisson dans la gueule, repartir faire une autre ronde et recommencer le même manège sans fin... Ils sont une vingtaine à envahir le ciel et la plage, brun tacheté de noir, leurs ailes ouvertes mesurent sûrement 1 mètre de large, ils ont des pattes palmées et un long bec brun pale replié sur leur cou...
Il fait 29 degrés. De la pluie est annoncée pour toute la semaine... Hier aussi, on en annonçait mais c'est à peine si le pont en a reçu quelques gouttes... J'espère et j'attends cette pluie bienfaisante qui rendra le pont moins glissant et redonnera vie à mes coussins de cockpit qui sont blanchis de sel... Je viens de laver tous les planchers, eux aussi, blanchis par le sel sous nos pieds, tout comme mes boiseries que je ne cesse de frotter et qui portent les marques de nos mains qui, quelque soit les objets que l'on touche sur le pont, s'imprègnent d'huile de sel...
Aujourd'hui, je n'ai pas l'âme cuisinière... J'écoute le vent et je suis contente d'être sur un mooring, en face de ce restaurant qui grouille d'activités et de gens se promenant, main dans la main, à l'ombre des palmiers, ou assis sur la terrasse à discuter tranquillement... D'autres personnes s'affairent à compléter la construction d'une autre maison donnant sur la plage... Et moi, je tangue sur le voilier, remplissant mes yeux de toute cette beauté tranquille...
Demain matin, nous partirons vers Road Town, à Nanny Cay Marina, où se trouve Paul, l'ami de Daniel, qui travaillera tout l'hiver sur le Swan 53 qu'il vient de convoyer. Nous avons besoin de faire ajouter du gaz dans notre frigo et nous en profiterons pour débarquer à terre, visiter la ville, refaire nos provisons et sûrement souper au resto...
En attendant, il me vient un goût en bouche et je me lance dans la fabrication de Houmus que je dégusterai avec des fajitas aux herbes provençales... La texture n'est pas aussi crémeuse que je l'aurais voulu mais c'était quand même délicieux ! Et là, j'attends Daniel pour descendre à terre et aller discuter avec les locaux, question d'en savoir d'avantage sur leur manière de vivre...
À plus,
Silvie
Vendredi le 19 novembre
Hier midi, après être descendus à terre, avoir visité dans les moindres recoins la seule boutique de la plage, laquelle offrait des bijoux, des beaux vêtements de lin, des épices locales et de l'équipement de plongée, pris une bonne bière à la terrasse du resto, bien charmant d'ailleurs, admiré de proche la ronde des pélicans, nous avons décidés de faire le tour de l'Ile en dinghy, question de trouver d'autres endroits de plongée et peut-être un mouillage sans mooring... Et voilà que nos souhaits sont exaucés et qu'à peine après avoir tourné le coin de l'ile, nous dénichons une magnifique baie, bien protégée et totalement vide... Voilà notre chance ! On retourne donc au voilier, levons l'ancre et mettons le cap sur cette nouvelle découverte...
Aussitôt ancrés, nous sortons nos palmes, masques et tubas et plongeons dans cette eau émeraude, à la découverte des fonds marins...Encore d'autres variétés d'algues en forme de longs doigts, d'autres en forme de boule, et encore d'autres en forme de cerveau et toujours, des centaines de poissons aux couleurs hallucinantes qui font la danse autour de nous... On ne se lasse pas d'admirer ce spectable toujours renouvellé... Mais après deux heures, je suis crevée et on retourne se mettre au sec !
La soirée fut merveilleusement chaude et calme. De loin, on aperçoit les lumières tremblottantes de Tortola qui ressemblent à des lampions comme ceux de l'Oratoire St-Joseph, placées en rangées et en étage... On écoute de la musique, on regarde les étoiles, on savoure la douce brise, on est bien...
Au matin, on lève l'ancre et on se dirige vers Nanny Cay's Marina, sous grand génois. Il fait beau et chaud et on avance lentement, dans ce décors de rêve... Quai B-19... On aperçois Paul qui est au B-2. Il nous salue et nous rejoint à notre quai pour attraper nos amarres. Quel plaisir de découvrir cette magnifique marina, avec resto, piscine, boutiques, crème glacé, épicerie...
Nous avons le plaisir de rencontrer la femme de Paul, Arlène, toute mignonne, et comme c'était l'heure du diner, nous sommes partis tous les 4 pour manger au resto et faire connaissance. Arlène travaille dans un petit bureau attenant à la marina, pour une agence de Charter basée à Montréal et elle s'occupe d'approvisionner les voiliers, recevoir les visiteurs, s'assurer du bon fonctionnement de l'agence sur place. Quant à Paul, il est engagé pour l'hiver à s'occuper du Swan 53 et de conduire le voilier du propriétaire lors de ses brefs passages aux Vierges... Nous nous séparons pour retourner à nos occupations mais nous acceptons leur invitation à souper sur le Swan, ce soir, vers 18h.
En attendant, le réparateur de frigo arrive et remet du frion dans les tuyaux qui étaient plutôt vides. Le congélateur devrait maintenant fonctionner à plein régime et conserver nos aliments congelés, ce qui fera toute une différence.
Il est 15h, on repart faire du shopping et trouver de bonnes bouteilles de vin pour ce soir... Le lavage et l'épicerie attendront à demain...
Une autre belle soirée en perspective !
Silvie
Samedi le 20 novembre
Quelle belle soirée nous avons passé avec Paul et Arlène, dans leur superbe Swan 53 avec pont de teck, belle grande cuisine, grand salon et superbes boiseries... Nous avons mangé des côtes levés au porc BBQ et de la salade de choux aux pommes vertes, le tout bien arrosé !
Ce matin, nous avons pris un taxi pour parcourir les 15 kilomètres nous séparant de Road Town afin de refaire le plein de victuailles dans une grosse épicerie bien garnie... Quelle joie de retrouver une grande variété de produits connus, de légumes frais et un grand étalage de fruits appétissants... L'épicerie offre même le service de retour à la marina, gratuitement, ce qui m'a permis de discuter avec un local qui s'est plaint du coût élevé de la vie et de la rareté du travail...
Au retour, après avoir rangé l'épicerie, nous avons sorti la machine à pression et avons lavé tous les coussins de cockpit et les tapis, les débarrassant enfin de ce sel accumulé depuis la traversée. Puis, nous avons rempli les réservoirs d'eau. Il nous restera à faire le lavage vers 16h car les machines sont occupées par une femme chargée de la lessive des touristes qui n'ont pas la patience de le faire eux-mêmes...
Ce soir, c'est notre dernière soirée à la marina et nous recevons, à notre tour, Paul et Arlène, pour un souper aux brochettes de poulet tandori et couscous aux légumes. Puis, ce sera une soirée cinéma !
Dès demain, nous reprenons le large et j'avoue que j'en suis fort aise. Il fait très chaud à la marina et il fera bon d'être au grand vent demain et de poursuivre nos découvertes des Vierges...
Silvie
Dimanche le 21 novembre,
nous avons quitté la magnifique marina de Nanny Cay vers 11 heures, sous un ciel parfaitement bleu, pour nous diriger vers Peter's Island, sous génois, tribord amure, vent de travers avec un vent nord-est de 20 noeuds. Une mer avec des petites crètes blanches mais toujours cette belle chaleur adoucit par le vent qui rend divine cette petite balade d'une heure à peine pour arriver dans la baie de Great Harbour où nous a rejoint Paul et quelques amis venus faire de la voile sur le Swan...
En dinghy, nous nous sommes rendus à terre car Paul voulait nous faire visiter l'ile. Une belle et longue marche dans la forêt tiède, dans un petit sentier de terre, entouré de cocotiers, d'hybicus géants, de langues de belle-mère qui poussent ici comme du chiendent... Nous sommes passés devant une petite maison vide où flânait une meute de chats indifférents à notre présence... Il paraît qu'il s'agit d'un résident qui a refusé de vendre sa terre au gros Resort qui a acheté la moitié de l'Ile pour y bâtir un hôtel de luxe, un bar, boutique et spa sur une des plus belle plage des Vierges... S'il avait été là, le vieil homme nous aurait demandé un dollar comme droit de passage...
Puis, après ce passage privé, nous sommes arrivés dans un endroit totalement aménagé par une longue route serpentant le complexe hotellier qui fait face à la mer.. Une immense plage de sable blanc parsemée de parasols en paille, de chaises longues et de hamacs devant laquelle nous déambulons pour nous rendre à l'autre extrémité, là où se trouve la plage réservée aux gens de bateaux... La route est légèrement en pente, ondulante, d'un coté la mer, de l'autre d'immenses rochers et partout, des plantes odorantes, des bancs et le passage de petites voiturettes qui promènent les clients de l'hôtel...
Vivement, on trouve des chaises longues de libre et on enlève nos sandales pour courrir plonger dans cette eau couleur d'émeraude... Qu'elle est chaude et comme c'est bon de se laisser masser par les vagues, sous ce soleil cuisant... Puis, on se sèche en ramassant des coquillages sur la longue plage et en comparant nos trouvailles, petits bouts de coraux blancs arrachés à la mer... Vers la fin de la journée, un gros nuage noir nous indique que l'heure du retour est arrivée et nous repartons lentement, presque à regret...
On arrête quand même visiter la boutique de l'hôtel et je dois me retenir à deux mains pour ne pas m'acheter une belle blouse légère, en soie, au motif géométrique, à 120 $... Ou ce beau maillot réversible, chocolat et turquoise, à 210 $... Et pourquoi pas ce magnifique chandail noir en tricot à 230 $... On fouille, on touche, on tâte... Tout est beau ici, des vêtements de luxe, de beaux tissus, de belles coupes... La qualité n'a pas de prix... Mais les gars sont impatients et nous font signe... On repart les mains vides en se promettant d'y revenir et on retrouve nos dinghys, nos voiliers...
La nuit tombe pendant que se termine la cuisson d'un gâteau au chocolat qui embaume le voilier... Je prépare des pommes de terre rissolées et des côtes levés à la sauce BBQ... J'ai faim !
Demain, on s'en va aux Baths, à Virgin Gorda... Depuis le temps que Daniel me parle des Baths, ces bains formées dans la pierre aux formes arrondies ! J'ai bien hâte... En attendant, il pleut une petite pluie bienfaisante et nous passerons une soirée-cinéma...
Silvie
Lundi le 22 novembre
nous sommes partis tôt ce matin, après un léger déjeuner, pour nous rendre aux Baths, à Virgin Gorda, une des 4 plus grosses iles des VIerges. On dit des Baths que : venir aux Vierges sans visiter les Baths, c'est comme aller à Paris sans visiter la tour Effeil ou à NY sans visiter le Ground Zéro... Bref, un incontournable que Daniel avait bien hâte de me faire connaître !
Mais ce matin, il ventait 20 noeuds du nord-est. On est donc partis au près serré, avec un ris dans la grand-voile et le génois roulé en partie... On a fait des tacs toute la journée, babord amure, tribord amure, approchant des iles assez pour découvrir d'autres plages désertes, d'autres baies et hop, on fait un virement de bord... Je me suis amusée à barrer une partie de la journée jusqu'à ce qu'un grain nous tombe raide dessus... Daniel, en vrai gentleman, a pris la roue... Tout à coup, le ciel s'est bouché, tout est devenu gris et le vent a forcit à 30 noeuds... Daniel a juste eu le temps de diminuer encore le génois, comme pour le rendre à l'état de foc... Et vlan ! Une pluie drue et forte qui a durée 15 bonnes minutes, le temps que mon capitaine soit trempé et moi, le temps de fumer une cigarette sous la vitre de la descente, à rire de bon coeur...
Enfin, vers 14h, on est arrivé à Virgin Gorda, devant un tas de roches rondes qui ne me disait rien... Il y avait plein de voilier sur des moorings et plein de monde en dinghy qui s'approchaient de la plage pour y déposer des gens et qui revenaient à leur voilier puisqu'il est interdit d'approcher trop près des plages en dinghy... Mais les vagues étaient fortes et il faisait plutôt frais et ce long trajet houleux m'avait ouvert l'appétit... En essayant d'attraper un mooring pendant que le voilier avançait encore, je n'ai pas pu retenir ma gaffe qui est tombée à l'eau, en crochissant sous l'impact du voilier... Ah non... Pas de gaffe, impossible d'attraper un mooring... Alors on avance en voilier et finalement, on réussit à l'attraper alors qu'elle est prise sous le dinghy... Ouf ! Je tente de la redresser et on repart faire un 2e essaie qui réussit du premier coup... On attache une amarre sur le mooring et enfin, on peut se reposer... Je descend hacher du chou qui trempera dans le vinaigre, couper des oignons et préparer des hot-dog que l'on mange dehors, sous le soleil qui est maintenant bien installé...
Je n'ai aucune envie de descendre à terre... Juste à voir les crêtes sur les vagues, je sais déjà que je serai mouillée avant même d'arriver au bord et je suis très rétissante... Mais Daniel insiste : tu vas adorer cela... Allez, met ton maillot !
Bon, on a mis la caméra sans un sac étanche, pris une serviette, un peu de sous car il y a un bar sur la plage et voilà, on monte dans le dinghy... Les vagues, à l'approche de la plage, sont monstrueuses... Un dinghy devant nous part en flèche et aboutit sur la plage alors que les vagues se retirent... Le dinghy bascule presque, les gens semblent paniqués... Ils mettront bien du temps pour descendre et pour que le dinghy reparte... Nous approchons et nous surfons sur les vagues... Daniel me crie de descendre et il retourne aussitôt au large pendant que je monte sur la plage avec mon sac au-dessus de la tête... Daniel jettera l'ancre du dinghy plus loin et reviendra me rejoindre à la nage...
Les deux pieds dans le sable, je suis déjà aux anges... Il fait soleil, il fait chaud et c'est plutôt drôle de voir les gens descendre de leur dinghy qui monte sur la plage sous l'effet puissant des vagues... Ils sont tous surpris de la force des vagues, ne s'attendant pas à ce que le dinghy surfe ainsi et se ramasse dans le sable dès que la vague est repartie...
Bon, je vois mon capitaine qui approche et sort en titubant des vagues et je ris... On part en suivant les traces dans le sable, en marchant au travers des roches rondes, ovales, immenses et pleines de trous, concaves, convexes, cachant au fil des pas des petites plages secrètes... Le trajet est comme un parcours de roche en roche... Quelque fois, on doit se pencher, ramper presque entre deux grosses roches, d'autres fois, il faut marcher dans un petit espace ou seul un pied peut passer et d'autres fois, il faut grimper, contourner, monter sur des pierres, arriver dans une autre plage, un trou dans une caverne, et puis prendre une échelle, grimper, se plier, se contorsionner... Et monter des escaliers, marcher sur une rampe, se tenir à l'aide d'une corde, glisser... Bref, au bout d'une heure d'hébertisme, on aboutit sur une plage doré et on rit de bon coeur... C'est incroyable ! Si beau, si exceptionnel que je comprend pourquoi Daniel insistait tellement pour que je vive cela... C'est super et je pense déjà à nos invités, au plaisir qu'ils auront de découvrir eux-aussi cet endroit magique, de faire ce trajet si amusant et d'arriver sur cette belle plage ou des locaux vendent des bijoux, des serviettes de plage ou des rhums au goya assaisonnés de muscade rapé...
Le soir tombe, alors on revient au voilier en se faisant bien arroser... On se refait un rhum après avoir fait deux tentatives pour ancrer dans une petite baie... Et ça brasse en grand... Ça roule et roule encore mais la vie est belle et on est heureux ! Alors, on se refait un petit rhum avant le souper, en tentant de se convaincre qu'on dormira bien ce soir...
Nous passerons quelques jours à Virgin Gorda... Demain, nous descendrons à terre pour visiter la ville et découvrir ce qu'elle cache...
Silvie Mardi le 23 novembre
Ne pouvant rester sur les mooring devant les Bath, cet endroit magique qui fait penser à l'Ile de Pâques avec ses immenses roches rondes venues de nulle part, nous nous sommes dirigés vers Virgin Gorda Yath Harbour, le seul endroit un peu abrité du vent du nord-est qui siffle à 25 noeuds depuis 3 jours, faisant gonfler les vagues et créant des crètes blanches sur une mer grise...
Déjà, vers 17h, il ne restait plus de mooring et nous avons jeté l'ancre dans 35 pieds d'eau, au bout de l'ile. Nous étions plus ou moins protégés du vent mais il était trop tard pour aller voir ailleurs.... Et dans la baie, tous les bateaux roulaient, même ceux qui étaient très proche du rivage. C'est ainsi qu'on a tenté de prendre notre mal en patience et de se dire qu'on dormirait bien, bercés par la mer, comme des petits enfants dans les bras de leurs mères...
Mais le bateau roulait fortement de gauche à droite, sans arrêt et je ne sais pas comment nous avons pu dormir, sûrement le rhum a du aider mais au matin, très tôt, exacerbés, nous avons levé l'ancre pour nous diriger vers Gorda Sand, dix milles plus loin, au moteur pour ne pas passer la journée à faire des tacs et arriver à la noirceur dans une baie entourée de trois petites iles et remplie de coraux où règnerai le calme plat...
En approche, on apercevait l'eau turquoise et calme de la baie... Quel bonheur ! L'eau est si claire, nous naviguons entre les coraux et nous nous arrêtons devant une petite plage déserte. Nous jetons l'ancre dans 10 pieds d'eau turquoise et malgré que le vent hurle encore, les vagues ne sont plus que des rides et le bateau est tout tranquille, à plat, sous un soleil cuisant...
Je cuisine un paté chinois ! Délicieux ! Daniel fait l'entretien de son moteur, de sa génératrice. Il est inlassable. Moi, je suis fatiguée aujourd'hui et un peu nostalgique... Sûrement le vent qui ne cesse de hurler... On remet à plus tard notre descente sur terre... Un peu de repos, de lecture me fera grand bien... Et puis, les plages de sable blanc et les bancs de coraux seront encore là demain...
Je pense prendre racine à VIrgin Gorda pour quelques jours, attendre que le vent se calme et que cesse les risées et les grains... Après tout, pourquoi vouloir aller voir ailleurs, n'est ce pas le paradis ici ?Silvie
Mercredi 24
novembre
Encore une autre journée ensoleillée sur une mer
turquoise dont on voit le fond de sable blanc...
En se levant, ce matin, Daniel a aperçu une
grosse tortue géante qui se promenait autour du
voilier... On a essayé en vain de la
photographier mais à chaque fois, elle
replongeait sous l'eau, jouant avec nous pendant
plus d'une heure sans que nous réussissions à
capter son image...
Puis, après un petit déjeuner léger, nous sommes
partis en dinghy pour aller explorer les
environs de ce magnifique endroit et quelle ne
fut pas notre surprise, en contournant le coin
de l'Ile, d'aperçevoir une mangrove qui cachait
entre ses racines d'arbres un couple de flamand
rose, dont un était tout blanc et l'autre tout
rose, faire des coeurs avec leurs longs cous, un
troupeau de chèvres sauvages qui s'est sauvé à
notre approche, un groupe de pélicans à la
pêche, des petites plages secrètes et au loin,
un resto flottant, le majestueux Saba Rock
totalement entouré d'eau...
De l'autre coté, un Resort, le Inner End, dont
on aperçoit les plages immenses coiffées de
parasol en paille, de chaises longues, de
bâtisses qu'il nous tarde de voir de plus près.
On se rend donc au quai à dinghy et on se mêle à
un groupe de touristes marchant vers l'extrémité
ouest, sur des beaux sentiers de pierre
entourés, d'un coté, d'hybicus géants, de
palmiers, de rosiers jaune, d'immenses aloes
véra et de l'autre, des plages, des chaises
longues, des alcoves de pierre, des bancs...
Tout est ordre, luxe, beauté. On arrive à un
théatre, puis au bout de dix minutes, à une
immense piscine surplombant la mer, une salle de
conférence, un petit bar, des sentiers pédestres
qui grimpent les montagnes... C'est magnifique !
On s'assoie à l'ombre pour admirer le paysage,
ces dizaines de voilier sur mooring, ces
baigneurs qui jouent dans les vagues, ces
amoureux qui se bécottent... C'est vraiment un
bel endroit ! On retourne, entrons dans les
boutiques, visitons la boulangerie qui sent le
bon pain frais, regardons le menu de chaque
restaurant... Demain, c'est la Thankgiving et il
y a de la dinde au menu ! Hum, je salive déjà !
Ce sera un endroit qu'il faudra faire connaître
à nos invités ! Encore un endroit que Paul nous
a recommandé ! Ce cher Paul qui connait le coin
des VIerges comme sa poche ! Qui sait, après
avoir fait de la voile, peut-être nos amis qui
viendront nous visiter voudront-ils louer un
kayack ou une planche à voile ou un tout petit
dériveur pour s'amuser dans cette magnifique
baie ?
En tout cas, c'est génial et nous repartons,
tout ragaillardis, longer de nouveau la mangrove
pour tenter d'aperçevoir ces incroyables flamand
rose qui hélas ont disparus, comme les
chèvres... Au bout de la baie, un autre resto
donnant sur une immense plage blanche offre des
drinks et des chaises longues, nous donnant le
goût, au retour, de se faire un bon rhum avec un
mélange de jus de pamplemousse, ananas, jus de
noix de coco et grenadine...
Il est 14h. On part tantôt faire un peu de
plongée...
La vie est trop belle ! Je ne veux plus partir
d'ici !
Silvie
Jeudi le 25
novembre
Ce matin, je suis découragée... Encore une autre
journée parfaite ! Je n'en peux plus... Les
plages me semblent plus blanches et plus longues
qu'hier; le ciel encore plus bleu et l'eau plus
turquoise et plus chaude qu'hier... Mais est-ce
que cela va finir un jour ? J'ai envie de
m'inventer des problèmes pour avoir l'impression
de mener une vie normale... On dirait que je
n'ai plus de cerveau... Tout va trop bien, tout
est trop parfait et je n'ai plus d'aventures à
raconter... À l'aide ! Sortez moi de ce rêve...
bon, bon... Je me calme ! Aujourd'hui, je me
lance dans le nettoyage des mains courantes en
teck... Je veux les huiler, qu'elles soient
rutilantes... Je m'ennuie de frotter, de
travailler, de trimer dur... Ce sera une journée
Vim & Teck... Ça va faire le bonheur ! Je n'en
peux plus... Et puis, tous ces gens qui me
lisent doivent me trouver bien ennuyeuse avec
mon bonheur qui n'en finit plus et ma douce
retraite dorée, alors qu'ils sont dans la neige,
en train de pelleter, de grelotter, de rager
dans la circulation dense... Non mais, que
doivent-ils penser de moi ? Que je suis bénie
des dieux, que ma vie est trop facile, que je
fais partie des gens riches et célèbres... Cela
n'a plus de sens...
En cette journée de la Thanks Giving, je
remercie le ciel de tant de bonté, de tant de
beauté... Je sens le besoin de me mettre au
silence et réfléchir à tout cela... Je reçois
trop de la vie... Cela devient gênant !
Bon, je vais aller frotter le voilier... Mon
overdose de bonheur va sûrement passer !
Silvie
Samedi 27 nomembre
Depuis quelques jours, je me sens grippée... Le
nez me coule et je toussotte... Heureusement, il
me reste du miel en rayon qui devrait suffire à
me guérir rapidement... Nous avons changé de
mouillage hier, pour nous installer à 150 pieds
devant la mangrove. Ce sont les bêlements des
chèvres sauvages qui m'ont réveillé tôt ce matin
mais je n'arrive pas à les aperçevoir... Elles
sont sûrement cachées derrière les
brouissailles... Je passerai la journée les
attendre et à regarder les pélicans plonger à
l'eau.. Je me sens à plat et j'ai l'intention de
me reposer en me plongeant avec délice dans la
contemplation...
Récemment, nous avons fait de petits travaux
esthétiques sur le voilier... Les mains
courantes ont été sablées deux fois, nettoyées
et huilées à trois reprises. Il me reste à
terminer la jupe arrière qui, chaque fois que je
suis prête, est mouillée... Encore ce matin, je
dois attendre que le bois sèche avant de lui
faire subir son traitement de beauté... J'ai
aussi nettoyé tous les chromes du cockpit qui
avaient des marques de rouille. Ils sont
maintenant tout brillants. Daniel a réparé une
cicatrice sur le coté gauche du voilier, avec de
la résine. Il reste à sabler avec du papier très
fin que nous n'avons pas mais, de loin, en
dinghy, on y voit plus de marques et tout est
impeccable...
Daniel a intallé une nouvelle radio dans le
voilier qui fonctionne avec mon nouveau Ipod
Touch et le son est fantastique. Hier soir, en
revenant du resto de Bitter End, où nous avons
dégusté une délicieuse pizza cuite au four à
bois, nous avons passé la soirée dans le cockpit
à écouter de la musique et à regarder les
étoiles qui brillent dans le ciel... Les soirées
sont vraiment confortables, avec une petite
brise douce et caressante et des jus de fruits
au rhum épicé...
Silvie
Dimanche le 28
novembre
encore une autre journée ensoleillée et chaude
qui se lève sur la mangrove de Virgin Gorda où
nous sommes depuis une semaine... Nous sommes en
pleine saison des pluies, jusqu'à la
mi-décembre, avec 7 heures d'ensoleillement par
jour au lieu de 8 en temps normal, de janvier à
juin, mais il ne pleut vraiment pas souvent et
lorsque survient un grain, c'est la nuit... À
date, aucun grain ne fut suffisamment important
pour enlever tout le sel du voilier et si je
devais attendre la pluie pour boire, je serais
morte de soif... L'extérieur des hublots est
encore parsemé de gros grains de sel qui
brillent au soleil et les filières, à la proue,
sont encore huileuses et salées... Lorsque j'ai
sorti la laveuse à pression, à Nanny Cay, je
n'ai lavé que le cockpit car l'eau coulait à
peine des robinets de la marina. Nous pensions
que la pression était bien faible dans l'Ile, vu
la rareté de l'eau douce et son coût exorbitant
mais nous nous sommes aperçus, trop tard, que la
valve d'ouverture n'était simplement pas ouverte
à son maximum... Depuis ce temps, j'attends le
grain qui enlèvera le sel mais je rêve en
couleur car le sel est dans l'air et dans les
embruns lorsque nous naviguons et toujours, tant
que nous serons sur la mer, notre voilier sera
salé et huileux et toujours je devrai
constamment nettoyer les marques de sel sur les
boiseries et les planchers... Je devrai donc m'y
faire et 100 fois sur le métier remettre mon
ouvrage !
Ce matin, j'aimerais finir de nettoyer et de
huiler la jupe arrière du voilier car demain,
nous partons vers Anegada... Anegada, cette ile
différente des autres, basses et sablonneuses,
avec ses centaines de flamands roses, ses
homards et ses conches à profusion, ses infinies
plages de sable blanc, son eau plus turquoise
qu'ailleurs et ses magnifiques bancs de
corail... Et puis, non loin de là, Ile de Guana
où est arrivé Christophe Colomb, en 1492...
Comme nous venons de regarder le film 1492, avec
Depardieu, il nous tarde de fouler cette terre
et de marcher dans les traces de ce grand homme
qui, bravant la mer et les préjugés, est parti à
la découverte du nouveau monde...
En attendant, Daniel tente de réparer ses
anémomètres qui ne marquent plus le vent
apparent et moi, je débute le nettoyage à la
brosse de la jupe arrière, sous le Ipod qui nous
transporte d'une émotion à l'autre...
Silvie
Lundi le 29
novembre
Nous reportons de quelques jours notre départ
vers Anegada car il nous reste quelques petits
travaux à faire sur le dinghy, qu'hier nous
avons remis à demain... Je dois repeindre tout
le lettrage de l'immatriculation de notre annexe
qui est à peine visible et Daniel doit recoller
la bande de protection qui est en partie
décollée. Pour ce faire, nous descendrons sur
une des plages de la mangrove. J'en profiterai
donc pour tenter d'approcher les petites chèvres
sauvages afin de les prendre en photo et
peut-être voir de près les flamands rose qui
semblent se tenir dans un petit lac intérieur
dont nous aperçevons quelques brides au travers
de l'enchevêtrement des racines d'arbres qui
poussent dans l'eau...
En attendant, je viens de préparer une grosse
salade froide de fusillis remplie d'artichauds,
de tomates fraîches, d'ail, d'oignon, d'olives
vertes et noires, de piments, carottes, tranches
de nectarine et un monticule de cubes de
fromage, le tout bien assaisonné de vinaigrette
italienne piquante... Pendant ce temps, Daniel a
découvert une fuite d'eau sous sa génératrice et
nous ne partirons que lorsque ce problème sera
résolu...
Ce matin, c'est notre première journée grise
depuis notre arrivée aux Vierges. IL vente 20
noeuds et le ciel est couvert. Hier, j'ai enfin
terminé de nettoyer et de huiler la jupe
arrière... Tout le bois de teck extérieur est
maintenant embellit et revêt une belle couleur
foncée qui tranche avec le blanc du pont. Puis,
j'ai frotté tout le cockpit pour effacer les
marques d'un verre de vin rouge que j'ai
renversé par inadvertance... Des heures de
plaisir ! Mais enfin, tout est redevenu blanc,
étincelant !
Hier, alors que nous soupions de côtes levées et
de gratin au fromage, nous avons passé la soirée
à regarder des vidéos dont un était
particulièment intéressant : Cinderella Man,
l'histoire d'un boxeur américain dont l'action
se situe à l'époque de grande pauvreté qui a
suivie la récession de 1935. Un bon vieux film
américain que j'ai trouvé parmi les 200 disques
qui m'ont été prêtés par Marcel et Guy qui ont
une collection impressionnante de films de
répertoire. Par contre, je ne peux pas en dire
autant du film suivant : Cap Tourmente, un film
québécois avec Roy Dupuis, qui était d'une
platitude monumentale, déprimant et sans
histoire... Je me demande encore comment j'ai pu
le regarder jusqu'à la fin... Peut-être
m'attendais-je à un revirement ou une fin
extraordinaire mais non, rien... Ennuyeux du
début à la fin... Puis, on est tombé sur Uranus,
un bon vieux film français avec Gérard Depardieu
et Phillippe Noiret que j'adore et une brochette
impressionnante de grosses vedettes
françaises... Wha ! Un scénario du tonnerre...
Avec un Depardieu dans le rôle tonitruant d'un
aubergiste toujours un peu saoul qui se prenait
pour un poête... Hélas, j'avais trop sommeil
pour écouter la fin et je devrai donc le revoir
sous peu...
Il faut dire que, depuis notre arrivée aux
Vierges, nous avons pris le rythme du sommeil
naturel : on se lève et on se couche avec le
soleil, ou presque ! Par contre, il est rare que
nous ne nous levions pas quelques fois par nuit,
soit parce qu'il y a un grain et qu'il nous faut
fermer toutes les écoutilles, soit pour
s'assurer que nous ne chassions pas ou
simplement pour vérifier si le bateau qui s'est
collé devant nous et qui a jeté son ancre sans
en vérifier la solidité n'est pas en train de
chasser vers nous... Je profite alors de ces
petites sorties nocturnes pour admirer le ciel
qui est toujours illuminé d'étoiles, sentir le
vent, tomber sous le charme de la lune qui est
pleine actuellement et qui éclaire la magnifique
baie de Virgin Gorda...
Voilà, le problème de la génératrice est résolu.
Un boyau qui s'était desserré. Nous partons donc
vers la mangrove...
Silvie
Mardi le 30
novembre
Un soleil éclatant avec un vent de 20 noeuds du
Nord-est qui rend la température très
confortable... Notre voilier ne roule pas, il
tangue et j'adore cela. J'ai l'impression de
faire du cheval au trot. Pourtant, nous sommes
ancrés face à la mer et il y a un courant d'un
noeud et demi sous le voilier mais l'eau passe
de chaque coté du bordé et nous restons le nez
au vent, sans rouler...
Hier, nous sommes passés faire une petite
épicerie de l'autre coté de la baie... Un nouvel
ancrage et nous accostons notre dinghy au quai à
Ferry qui fait la navette entre Bitter End et
Gun Creek. L'endroit n'est pas très beau, sauf
l'accueil du ferry qui est bâti en rond avec de
belles collones et des bancs de teck installés
tout autour d'un arbre. Autrement, ce sont des
bicoques dépeintes et plutôt délabrées qui me
font penser à Luperon, en République
Dominicaine, là où nous avons acheté notre
voilier il y a 5 ans...
Pendant que Daniel attache le dinghy, je
m'informe à un local de l'endroit où se trouve
l'épicerie qui, selon le guide des BVI, est
assez importante. Il me montre du doigt un vieux
bâtiment jaune citron en haut de la côte et
ajoute qu'il y a une benne à ordures. Daniel
apporte donc notre gros sac vert et nous montons
la rue en espérant que le sac ne défonce pas...
Il y a des poules qui mangent autour de la
benne, débordante de sacs percés et
nauséabonde... Cela ne donne pas envie de manger
du poulet !
On entre et comme nous nous en attendions, il
s'agit d'une petite épicerie locale, avec 5 ou 6
rangées remplies de boites de conserves,
d'épicerie de base, d'alcool, un étalage
contenant quelques fruits et légumes plutôt
avancés en âge et un frigo avec de la viande
congelée... On achète le minimum... Nous avions
besoin de lait mais la date de péremption des
deux pintes restantes est du 29, soit la date du
jour... On prendra plutôt du lait en conserve !
Par contre, la cartouche de cigarette Kool au
menthol n'est qu'à 19.95 $. J'en prend deux...
On repart avec du vin, du rhum, de la crème
Bailey, des jus pour nos punchs, du pain frais,
deux gros beignets de fabrication locale, du
fromage et des côtelettes de porc congelées...
On retourne au voilier et nous nous préparons un
puch à la mangue !
Puis, on retourne mouiller l'ancre devant la
mangrove... Je ne veux pas être ailleurs. C'est
le plus bel endroit. D'ailleurs, 3 voiliers se
sont encrés durant notre courte absence et nous
devons aller bien en avant, près du Saba Rock,
pour trouver une place... Peu importe, c'est
beau partout ici...
Pendant que je prépare un gâteau aux bananes,
j'entend Daniel qui me crie d'apporter la caméra
et je monte en trombe... C'est le couple de
flamands rose qui se promène à coté du
voilier... Ce qu'ils sont beaux et gracieux !
Clik, clik et clik encore... Je les attrape
alors qu'ils s'enfuient, dans un élan gracieux,
à l'approche d'un dinghy... Quelle merveille que
ces grands oiseaux rose ! À Anegada, ils sont
une centaine... Cela va être de toute beauté !
Tout à coup, j'aperçois mes 3 petites chèvres
qui se baladent en broutant le long des plages..
Elles sont trop loins pour que je puisse les
photographier mais je les vois bien avec la
lunette d'approche... Qu'elles sont mignonnes...
Quant aux pélicans, il y en a un qui est venu se
poser sur le balcon avant, au dessus de notre
ancre et nous étions charmés jusqu'à ce que l'on
constate la quantité incroyable d'excréments sur
le davier...
Ce matin, on a finalement été sur la plage pour
réparer le dinghy. Les lettres sont repeintes et
la bande de contour est collée. Nous n'avons
plus d'autres projets immédiats, à part souper
ce soir au Saba Rock... On est prêts pour
Anegada ! Demain, on déroulera le génois et on
fera les 12 kilomètres à la voile, avec un vent
de travers... J'ai hâte ! La voile me manque...
J'ai aussi très hâte de manger du homard et à
Anegada, tous les restos en offrent, ainsi que
de la conche ! Hum ! Je salive déjà !
Silvie
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