Dimanche le 1 mai 2011,
ce matin, un réveil en
douceur, sous un ciel gris
et blaffard... Le vent a
sifflé fortement cette nuit
et nous nous sommes
réveillés à quelques
reprises pour ouvrir et
fermer les écoutilles car il
a plut quelques grains...
Depuis trois jours, le temps
est moche !
J'ai presque terminé tout le
ménage du voilier et je
relaxe, en attendant que
cesse la pluie... J'ai eu
des nouvelles de mon fils
Olivier qui est revenu de
Cuba hier, enchanté, après
deux semaines de vacances en
compagnie de Simon-Pierre,
son cousin.
J'ai eu aussi des nouvelles
de Sylvie, la jeune épouse
de Benoit Giasson, qui
prépare avec notre équipier,
les baggages en vue de son
départ demain... Elle est un
peu inquiète... Courage,
Sylvie, tu le reverras ton
Benoit !
Puis, mon amie Gaétane m'a
envoyé un vidéo qui m'a
donné la chair de poule tant
il est beau et grandiose.
Merci Gaétane pour ce beau
cadeau ! C'est à voir
absolument :
Malgré la pluie qui tombe,
Daniel est sur le pont et
lave son dinghy qu'il
désoufflera pour le ranger.
Il reste encore beaucoup à
faire à l'extérieur... Puis,
nous irons à l'épicerie car
je veux préparer un gros
macaroni pour la traversée,
ainsi que des oeufs cuits
durs qui sont toujours
délicieux et soutenants.
à suivre...
Silvie
www.voilo.ca
Lundi le 2 mai 2011,
Enfin, après trois jours de
pluie, le soleil est de
retour, comme pour célébrer
l'arrivée imminente de nos
deux équipiers qu'il nous
tarde d'aller cueillir à
l'aéroport, dans deux
heures. Ce matin, la journée
a décollée sur les chapeaux
de roues. Il nous reste
encore tant de choses à
faire, la pluie des derniers
jours entravant nos travaux,
nous tentons de tout faire
en même temps mais hélas, la
dernière épicerie, celle des
fruits et légumes frais,
devra attendre et se faire
après l'arrivée de nos
équipiers car nous manquons
de temps...
De plus, j'ai reçu plein de
courriels, dont un de ma
fille qui m'a touché
particulièrement. Après
discussion, il est convenu
que j'aille la visiter, en
Europe où elle habite, à la
fin juillet, en même temps
que mon fils Olivier et son
jeune fils. Ainsi, toute la
famille sera réunie pour de
belles vacances dans les
montagnes suisses, pour la
première fois depuis le
départ de Sophie en Europe,
il y a de cela plus de 15
ans ! J'aurai donc le
plaisir de passer du temps
avec mes trois petits
enfants que je n'ai pas vu
grandir : Souria, Estéban et
Xavier.
Puis, j'ai reçu des
nouvelles de nos derniers
invités, qui se lit comme
suit :
« Bonjour Silvie et Daniel,
Nos vols se sont bien
déroulés et nous sommes
mêmes arrivés avec quelques
minutes à l'avance. Les
parents de Robert nous
attendait pour aller au
resto et nous y sommes allés
malgré notre grande fatigue.
Nous étions très contents de
retrouver notre lit le soir
venu.
Nous pensons à vous et avons
très apprécié notre voyage
sur Voilo. Nous avons
découvert un beau coin de
paradis et ce voyage
resteras mémorable dans
notre coeur. Merci de votre
grande générosité et votre
belle présence.
Robert a beaucoup aimé les
conseils et trucs transmis
pas Daniel et surtout d'être
à la barre de Voilo lors des
traversées. Robert remercie
personnellement Daniel! Nous
avons bien appréciés les
bons repas préparés par
Silvie bien arrosés de vins,
de belles conversations et
d'anecdotes de marin. Les
sorties en apnée ont été des
plus extraordinaires. À
chaque sortie, nous
découvrions de nouvelles
espèces des plus colorés.
Vive les barracudas, tenez
vous loin de l'échelle en
chrome!!!
Vous devez être dans les
préparations pour le grand
départ et j'espère que la
santé de Silvie va mieux.
Nous vous suivrons lors de
votre traversée et vous
souhaitons de la belle
température et du bon vent
(pas trop fort!)
Bonne soirée
Amicalement. Sur la route de
Berthier.........ahahahahaha
P-S: Nous espérons avoir
l'occasion dans le futur
d'acheter le livre de Daniel
que nous avons partiellement
parcouru avec beaucoup
d'attention et
d'intéressement lors de
notre séjour.
Amicalement.
Ginette et Robert xxxx »
Comme c'est gentil de leur
part et nous les remercions
vivement. Des gens adorables
qu'il nous plaira toujours
de revoir... On souhaite que
leur rêve de partir se
concrétise et on leur
souhaite bons vents !
Plus qu'une heure avant
notre départ vers San
Juan... Je ne tiens plus en
place !
À suivre...
Silvie
www.voilo.ca
Mardi le 3 mai 2011,
Hier, nous avons quitté la
marina vers 12h pour nous
rendre à San Juan sous un
ciel plutôt nuageux. Nous
sommes presque à l'heure et
nous décidons d'attendre
devant les arrivées où le
stationnement est interdit.
Daniel attend donc dans la
voiture pendant que je
descend à terre pour
surveiller l'arrivée de nos
équipiers...
Quel bonheur de retrouver
Sylvain et Benoît, tout en
sourire, en grande forme et
déjà complices. Aussitôt les
baggages dans le coffre de
la voiture, les voilà qu'ils
nous annoncent avoir formé
un syndicat des équipiers et
déjà, ils revendiquent des
pauses syndicales aux deux
heures, des diminutions de
quarts de 6 heures à 5 et
des privilèges comme le
temps double après 6
heures... Ouf ! J'ai
l'impression qu'ils vont
nous en faire voir de toutes
les couleurs ces deux-là !
 |
 |
|
Benoit |
Sylvain |
Ah ce qu'on a
ri en revenant à Fajardo !
Après quelques arrêts, dont
le premier dans un resto
local qui vend ses
hambergers à prix d'or, puis
chez West Marine ou Daniel
ne trouve pas ce qu'il
cherche et finalement à la
quicaillerie pour trouver
des filtres pour la
génératrice, nous sommes
revenus au voilier et nos
équipiers ont pris
possession de leur chambre.
Benoît, un habitué, retrouve
sa chambre nuptiale à babord
tandis que Sylvain, celle à
tribord.
Après quelques bières dans
le cockpit, on discute de
tout et de rien, puis on en
vient aux menus, discutons
des besoins de chacun et
nous partons à l'épicerie
pour acheter les victuailles
fraîches de la traversée.
Deux gros paniers remplis à
craquer de fruits et de
légumes... Je frémis de les
voir ajouter encore et
encore d'autres légumes, en
me demandant comment nous
pourrons loger tout cela
dans le frigo, aussi immense
soit-il... De retour au
voilier, on fait la chaine
et nous passons une heure à
tout ranger sans pouvoir
trouver l'espace nécessaire
pour tous les légumes. On
décide donc de se servir du
cooler dehors, derrière la
roue babord et Daniel place
de la glace au fond et voilà
nos légumes au frais. Quant
à mon filet à fruits,
suspendu derrière la télé,
j'espère qu'il tiendra car
il est rempli à craquer
d'agrumes, pamplemousses,
oranges et citron et il doit
peser au moins 50 livres...
Puis, Sylvain et moi restons
au voilier pendant que
Benoit et Daniel retourne
manger au resto, étant trop
fatigués pour cuisiner.
Ce matin, gros soleil sous
un ciel encore nuageux. Nos
syndiqués sont de bonne
humeur et nous fouillons sur
le web pour trouver le
résultat des élections. Tout
le monde est stupéfait du
résultat et jase politique
pendant le déjeuner qui
s'étire...
Daniel vérifie les données
des BoyWeather que lui a
fait parvenir Nicole du
Réseau du capitaine, comme
elle le fera à tous les
jours pendant notre
traversée. NOus la
remercions vivement pour sa
gentillesse et sa
ponctualité. Mais en
attendant, les nouvelles ne
sont pas très bonne, coté
météo. Un faible vent de 7 à
11 noeuds est annoncé pour
les jours à venir et mon
Capitaine trouve que c'est
bien faible... Il aurait
aimé un 15 à 20 noeuds pour
partir !
Je viens les interrompre le
déjeuner des syndiqués pour
discuter de ce qu'il reste à
faire avant d'aller reporter
la voiture à 15h... On doit
retourner à l'épicerie pour
3 ingrédients non trouvés
hier, Daniel doit monter
dans le mat pour changer ses
feux, il reste le ménage du
garage, ranger le dinghy et
laver le pont... J'ai
faillit avoir un grief en
proposant de préparer les
crudités et les gars
m'accusent de leur voler du
travail... Je me contenterai
donc de préparer le boeuf
brocoli de ce soir et
d'observer mes syndiqués
travailler...
La journée est bien partie !
12h,
Daniel a rangé le dinghy,
fait le ménage du garage,
est monté dans le mat et il
a rempli les réservoirs de
diésel, assisté par nos deux
syndiqués qui maintenant
revendiquent une heure pour
diner.
On part donc en direction du
centre-ville de Fajardo, en
demandant à nos syndiqués de
choisir le resto mais ils
répondent qu'ils ne
réfléchissent pas, qu'ils
exécutent... On propose
alors de les amener chez PFK
et la réaction ne tarde pas
à venir... Bon, bien...
Finalement, on préfèrerait
chez Sizzler, le spécialiste
des steaks, fruits de mer et
buffets... Et c'est dans
l'allégresse qu'on s'offre
un dernier bon diner au
resto où le buffet est
époustouflant... Puis
quelques dernières
commissions sous la chaleur
écrasante et retour au
voilier. Daniel repart
aussitôt pour aller faire
remplir une des bombonne de
gaz pour la cuisinière et,
pendant ce temps, les gars
nettoient le pont et le
cockpit.
Je fais une petite sieste et
à mon réveil, nos fidèles
syndiqués ont préparé une
tonne de crudités dans trois
plats dont un immense et non
étanche n'entre pas dans le
frigo. Nous espérons donc
que Daniel n'oubliera pas de
ramener de la glace et ce
mastodonte retournera dans
le cooler extérieur...
Daniel revient avec la
bombonne de gaz et en
l'installant, il brise le
régulateur... Il repart
aussitôt et fait 4 magasins
avant d'en trouver un, chez
Walmart à un quart du prix
de tous les magasins de
bateau qui était à court de
stock... Finalement, il
revient au voilier, installe
le régulateur et file chez
le concessionnaire d'auto
qui ferme la clé au moment
où Daniel arrive... Pas
question de réouvrir, pas le
temps de venir reconduire le
client... Repassez demain...
Daniel revient au voilier.
Il fait nuit, il est épuisé.
Pendant ce temps, on fait
cuire des pizzas achetés
qu'on a, Sylvain et moi,
regarnies. Sylvain a fait
cuire de l'ail dans l'huile
jusqu'à ce que les petites
tranches soient dorées. Il
les verse sur les deux
pizzas qui ont doublées de
volumes tant elles ont été
rehaussées et on les met au
four... On ouvre une
bouteille de rouge pour
Benoit, Daniel et moi et
Sylvain ouvre sa bouteille
de blanc.
Le souper est délicieux et
remplis de discussions...
Nos invités sont un délice
et c'est avec émotion que
nous levons nos verres,
célébrant à l'avance la
traversée à venir...
Demain matin, Daniel sera au
bureau de Entreprise dès 8h,
pour retourner la voiture.
Dès son retour, tout sera
prêt pour larguer les
amarres... On a tous très
hâte !
Silvie
www.voilo.ca
Mercredi le 4 mai 2011,
La journée est rayonnante et
déjà, à 6h30, tout le monde
est debout et de bonne
humeur. Les oiseaux chantent
dans le ciel, le soleil
brille et une légère brise
se fait sentir... Il y a de
l'effervescence dans
l'air...
Dès que Daniel aura été
porté la voiture et réglé la
marina, nous larguerons les
amarres, cap vers Norkfolk,
pour une traversée de 10
jours. Ceci est donc le
dernier message que j'envoie
par courriel. Dès demain, si
le temps le permet, le récit
de notre traversée partira
par Airmail ou par radio
amateur.
Pour ceux que ça intéresse,
il sera possible de suivre
notre trajet via le réseau
du capitaine
lereseauducapitaine.qc.ca,
en allant à la page
d'accueil, à localisation
des voiliers, en cliquant en
bas de liste sur le petit
voilier VOILO... À tous les
jours, nous indiquerons
notre position GPS et ainsi,
vous pourrez voir notre
progression.
Nicole, du Réseau du
Capitaine, devrait nous
faire parvenir, à tous les
jours, la météo des diverses
bouées se trouvant sur notre
route. Selon son dernier
message, des vents faibles
sont annoncés pour les
prochains jours, de 7 à 12
noeuds, ce qui n'est pas
l'idéal pour nous, ayant
préféré des vents entre 15
et 20 noeuds pour partir...
Malgré tout, nous espérons
que cette traversée, qui
démarrera en mouton, ne se
terminera pas en lion !
En attendant, notre équipe
s'affaire à déjeuner et à
ramasser tout ce qui
traine... Le départ est
proche et il nous tarde de
prendre la mer !
Silvie
Jeudi le 5 mai 2011,
L'effervescence du début de
la traversée s'est dissipée
avec le soleil couchant.
Sans nous en aperçevoir,
Benoît qui avait été dans
une forme splendide depuis
le départ, multipliant les
jokes, dansant au son de la
musique, est tout à coup
devenu silencieux... Croyant
que son silence était causé
par la fatigue, nous lui
avons proposé d'aller se
reposer un peu avant de
prendre son quart, avec
Sylvain, de 21h à 3h du
matin. Il part donc dans sa
chambre mais revient
quelques minutes plus tard,
mentionnant à Daniel que sa
toilette avait débordée,
comme c'est souvent le cas
en traversée, lorsque la
toilette se trouve du coté
de la gite... Daniel descend
et constate que le plancher
de la salle de bain babord
est recouvert d'un liquide
plutôt verdâtre et
malodorant. Il démarre la
pompe afin d'absorber le
surplus de liquide. Puis, il
rapporte un sceau rempli
d'eau de mer afin de rincer
le tout. Benoît se penche
alors et avec la raclette,
essuie le surplus d'eau,
respirant cette odeur
nauséabonde... Nous pensions
l'affaire close mais hélas,
ce ne fut pas le cas....
Benoît retourne se coucher
et une fois de plus, remonte
en vitesse dehors et se met
à vomir entre les deux
pataras... Pauvre Benoît !
Il venait d'avoir son
premier mal de mer... Quant
à moi, quelques instants
avant cet incident, je vais
à la toilette, à la proue,
et je m'aperçois que
l'armoire sous l'évier est
rempli d'eau. Oh Oh !
J'appelle Daniel à la
rescousse qui constate que
le drain du lavabo s'est
rompu sous les valves. Gros
problème ! Impossible de
réparer en mer, il doit
enfoncer une goupille dans
le passe-coque et le
solidifier avec un collet
afin de colmater la brèche
qui aurait pu être
catastrophique...
Le soir tombe et Sylvain
prépare une entrée de thon
cru au Takami. Benoît et moi
déclinons l'invitation et
Daniel et Sylvain se régale
et ne tarissent pas d'éloge
sur la qualité et le goût du
thon. Puis, je me lance dans
la préparation d'un boeuf
brocoli, ce qui n'est pas
une mince affaire dans la
gite. Le vent s'est levé et
pousse des pointes à 15
noeuds. La longue houle du
matin s'est resserrée et des
vagues plus tranchantes
éclatent sur le voilier dans
des embrunts qui nous
forcent à fermer toutes les
écoutilles. IL fait donc
très chaud dans le carré
mais j'arrive à terminer mon
repas qui fut délicieux. Une
fois de plus, Benoit n'a pas
retrouvé son appétit. Quant
à moi, je me contenterai
d'un bol de céréales...
Vers 21h, Sylvain sort de sa
cabine, bien habillé à la
chaleur pour prendre son
quart. Benoît se sent mieux
déjà. Les conditions sont
excellentes et le vent
diminue. On les laisse donc
prendre leur quart et Daniel
et moi allons nous reposer.
Je mettrai des heures à
m'endormir tandis que Daniel
dort comme une bûche et se
lève, à 3h, en pleine forme.
Nous rejoingnons Sylvain qui
est seul derrière la roue.
Il a envoyé son équipier
dormir, voyant qu'il avait
bien besoin de repos.
Pendant son quart, il a
étarqué la grand-voile,
modifié le cap légèrement et
nous n'avons rien entendu...
Sylvain est un excellent
capitaine, très fiable et
très consciencieux et nous
sommes vraiment contents de
l'avoir à bord...
Ce matin, 7h23, Benoit se
réveille en pleine forme.
Quel plaisir de le revoir
sourire... Il nous a bien
manqué...
9h30 Benoît et Sylvain
prennent leur quart et
Daniel descend se reposer.
On roule au moteur sur une
mer d'huile. Le vent est
presque absent et selon la
météo envoyée par Nicole, du
Réseau du Capitaine, ce sera
très calme durant toute la
traversée. Par contre, vers
midi, le vent forcit pour
atteindre 10 noeuds...
Pendant que Sylvain ferme le
moteur et déroule le génois,
Daniel se réveille et monte
dans le cockpit pour
assister ses équipiers... La
journée s'annonce très
belle.
Petit problême de
transmission radio, mon
texte part plus tard que
prévu...
Silvie
Jeudi le 6 mai 2011,
Hier,nous avons modifié
l'horaire de nos quarts afin
de permettre à nos équipiers
de vivre la magie du lever
de soleil sur la mer...
Daniel et moi avons donc
pris le quart de 19h à 1h du
matin, pendant lequel le
vent irrégulier s'est bien
joué de nous... Pas de vent,
on avance à 3 noeuds, on
décolle le moteur, le vent
reprend, on ferme le moteur,
le vent disparait, on repart
le moteur... Ainsi de suite
jusqu'à 1h... Désespérant !
Mais voilà que nos équipiers
se lèvent, en grande forme
et que le vent se stabilise
autour de 12 à 15 noeuds du
Nord-Est qui fera grimper la
moyenne de vitesse de Voilo
à 5.6 noeuds. Nous sommes au
près, babord amure et le
voilier tangue
confortablement... Tout en
douceur, Sylvain s'affaire
aux manoeuvres, ajustant les
voiles et le cap pour gagner
le plus de vitesse possible.
Ils auront ainsi fait des
pointes à 8 noeuds...
C'est la première fois que
je vois mon Capitaine céder
la barre à des équipiers et
dormir en toute confiance.
Nos équipiers sont
fantastiques et c'est un
plaisir de les avoir à bord,
de les voir s'émerveiller
devant l'immensité de la mer,
de les voir cuisiner, rire
et jaser... Sylvain est très
compétent, professionnel et
expérimenté. Il fait office
de Capitaine en l'absence de
Daniel. Benoît, très
professionnel, responsable
et fidèle, adore barrer et
apprend plein de choses de
Sylvain, lui permettant
ainsi de parfaire ses
connaissances en navigation.
Nos deux syndiqués
s'entendent à merveille.
D'ailleurs, nos deux hommes
d'affaires ont beaucoup de
points en commun. L'amour de
la voile et des voyages,
l'humour et la musique, la
cuisine, puis je dirais la
coquetterie vestimentaire.
Sylvain et Benoit sont de
vrais cartes de mode, vêtus
High Tech de la tête aux
pieds. Vestes en GoreText,
pantalons en Coolmax,
chandails en laine bretonne,
polars très doux et
vêtements marins de
première qualité et dont les
tissus extensibles sont des
plus performants et des plus
confortables. Sans parler du
Ipad de Sylvain qui nous
fait tous envie et qui lui
permet, entres autres,
d'identifier les étoiles.
Hier, ils ont pu admirer
Vénus dans toute sa
splendeur et Pluton qui n'a
jamais été si proche de
terre...
Daniel et moi prenons notre
quart à 6h45 et nos
équipiers sont bien contents
d'aller prendre un peu de
repos après cette nuit
mouvementée qui les a tenus
occupé pendant 6 heures.
Mais avant, Daniel relève
les courriels sur sa radio
amateur et c'est avec joie
que Benoît et Sylvain lisent
les messages envoyés par
leurs conjointes, Sounda et
Sylvie, qui les suivent sur
Voilo.ca. Nos équipiers sont
amoureux et on peut lire
dans leurs yeux l'amour qui
les anime.
Daniel a reçu un autre
courriel de Nycole, du
réseau du capitaine, dont la
précision des données météo
qu'elle nous envoie
quotiennement est
surprenante. Aujourd'hui,
elle nous annonce un vent de
10 à 12 noeuds du Nord-Est
pour le reste de la journée.
Même si nous aimerions en
avoir davantage, on s'en
contentera quand même, en
espérant qu'il aille en
augmentant au fil des jours.
Ce matin, la mer est calme.
Une longue houle plate sous
un ciel parfaitement bleu,
orné de quelques nuages au
bas de l'horizon circulaire.
NOs lignes n'attrapent que
de la Varesh, signe qu'une
dépression est passée par la
mer des Sargasses...
12h Nos équipiers sont
debouts depuis deux heures
et s'affairent dans la
cuisine. Sylvain, qui hier a
préparé un succulent riz au
lait de coco se lance
aujoud'hui dans une salade
remplie de légumes variés et
dans une vinaigrette divine
dans laquelle il mettra du
sirop d'érable, du
balsamique, de la moutarde
forte et de l'huile. Un
régal ! NOus compléterons le
diner avec du macaroni. Puis
notre quart prend fin et nos
équipiers sortent dehors.
Une fois de plus, le vent se
lève, atteignant des pointes
à 25 noeuds et faisant
rouler le voilier à 9 noeuds.
Des vagues se forment sur
une mer qui devient de plus
en plus agitée. Daniel
restera un peu dehors pour
s'assurer que tout va bien
et avant de descendre, il
enlèvera un peu du grand
génois, enlevant un peu de
gite au voilier qui file
comme une flèche.
Pendant ce temps, bien
étendue sur le lit, j'écoute
le fil de l'eau qui coule le
long de la coque et le vent
qui hurle dans les haubans.
Impossible de dormir mais je
me repose car la nuit sera
longue... Vers 16h, je monte
en haut voir nos équipiers
qui sont en super forme.
Sylvain adore cette allure
et il espère que le vent ne
diminuera pas. Benoit
épluche des pommes de terre.
Ce soir au menu : steaks et
pommes de terre rissolées.
Malgré la gite et les
mouvements continuels du
voilier, on mange comme des
rois...
Silvie
Samedi le 7 mai 2011,
Jour 4...
Hier, c'est le chef Benoît
qui a préparé le souper. Des
steaks cuits à la
perfection, une montagne de
légumes colorés et de
délicieuses pommes
rissolées. Servis dans le
cockpit, on mange dans la
bonne humeur, sous le soleil
couchant. Puis le chef
Sylvain propose des bananes
flambées au rhum... Hum ! On
se régale ! Décidément, ni
la gite, ni les mouvements
de roulis ou de tanguages du
voilier n'empêchent nos
chefs de cuisiner et notre
traversée gourmande y va de
surprises en surprises...
Après un quart très
mouvementé, nos équipiers
vont dormir et Daniel et moi
prenons notre quart, de 19h
à 1h du matin. Le vent qui
n'a pas lâché de la journée
continue de faire des
pointes à 20 noeuds. Nous
sommes au près, babord
amure, un ris dans la
grand-voile et le voilier
file comme une flèche sur
les vagues coiffées de
mousse blanche. La lune
affiche un petit croissant,
comme un sourire qui
illumine la nuit étoilée. Il
fait doux et c'est très
agréable. Je laisse Daniel
dormir pendant que je suis à
la roue. Puis, quelques
heures plus tard, un
claquement dans le génois le
sort de son sommeil et il se
lève pour réajuster le cap.
C'est à mon tour de me
reposer un peu et je tombe
dans un sommeil profond...
1h du matin, nos équipiers
sont debouts, prêts à
prendre la relève. Le vent
faiblira lentement jusqu'à
disparaitre vers 4h du
matin. Sylvain démarre le
moteur. Vers 5h, les
premières lueurs du jour
apparaissent et le
potron-minet, comme s'amuse
à le dire Benoit, est
fantastique. De notre
chambre, on entend le moteur
qui fait des ratés... Et hop
! Le moteur arrête... Encore
des problèmes de mauvais
diésel... Daniel se lève
pour changer ses filtres
pendant que Sylvain réajuste
les voiles...
Déjà 7h, le jour est levé,
le ciel est magnifique, le
moteur réparé ronronne à
nouveau et nos équipiers se
préparent à aller dormir...
La mer est redevenue toute
calme et le vent est encore
une fois disparu...
6h du matin. Notre quart, à
Daniel et à moi, a commencé
par l'arrêt du moteur.
Daniel change le premier
filtre, celui de 30 microns
et puis, le filtre
secondaire, plus raffiné, de
20 microns de particules. Il
repart le moteur et tout
fonctionne rondement. Il n'y
a aucun vent, sinon quelques
noeuds non suffisants pour
nous faire avancer et selon
la météo envoyée par Nycole
du Réseau du capitaine, on
s'attend à deux jours sans
vent.
Super Mini Dan, comme nous
avons surnommé Sylvain,
parce qu'il ressemble
beaucoup à Daniel, capitaine
dans l'âme, constamment sur
le pont en train d'examiner
les voiles et chercher la
perfection dans l'ajustement
fin afin de gagner quelques
noeuds, Mini Dan donc,
s'endort facilement sous le
bruit du moteur. Quant à
Benoit, comme Daniel avait
besoin de sa chambre pour
effectuer le changement des
filtres, nous l'avons envoyé
dormir dans notre chambre.
Lorsqu'il se réveilla, vers
midi, nous lui demandons
s'il a bien dormi, et il
répondit : comme un bébé. Du
coup, on le baptisa Junior
car il dort mieux dans la
chambre de maman et papa que
dans la sienne où il a
tendance à faire de
l'insomnie.
La longue houle permet tout
le confort dans le voilier
qui est très droit, sans
gite. Dehors, c'est le gros
soleil et il fait une
chaleur qui donne envie de
plonger dans l'eau bleu...
Hélas, personne n'a vraiment
envie de se retrouver avec 3
000 pieds d'eau sous les
pieds et on chasse cette
pensée de notre esprit... On
fait donc route, cap vers
Norkfolk, à 6.5 noeuds, sous
grand-voile et moteur, la
vitesse idéale pour attraper
du poisson. À date, tout ce
que l'on attrape, c'est de
la varesh mais Daniel vient
de changer un appât pour un
autre plus coloré, fait de
plumes orange et verte...On
espère que ces nouvelles
couleurs attireront les
dorades ou les thons qui se
font rares... Rien à
l'horizon, ni dauphins, ni
oiseaux, ni poissons
volants... Que du ciel et de
la mer...
13h Après avoir bien diné
d'une grosse omelette
jambon, fromage, Junior et
Super Mini Dan prennent leur
quart. Je sors quelques
livres pour les occuper car
il n'y a pas grand chose à
faire et je descends me
reposer... Ce soir, le
combat des chefs se
poursuivra mais pour
l'instant, on ne sait pas
encore qui de Junior ou
Super Mini Dan fera le
souper. Par contre, nous
avons sorti des poitrines de
poulet du congélateur... La
surprise reste à venir...
Silvie
Dimanche le 8 mai 2011,
hier soir, c'est Super Mini
Dan qui a préparé le souper.
Des burritos au poulet,
garnis de piments rouge et
verts, d'oignons rouge, de
fromage et de guacamole...
Un délice que nous avons
savouré en admirant le
coucher de soleil qui
s'offrait en spectable,
illuminant le ciel d'orange
et de rose... Quant à moi,
j'ai préparé un pain qui
lèvera toute la nuit et
cuira au petit matin et j'ai
fait, pour mes équipiers,
des bonbons aux patates
qu'ils ont bien aimés. La
soirée est douce et calme.
La mer est un miroir, aucune
vague, qu'une très longue
houle presque plate, on se
croirait sur un lac
tranquille... Je n'ai jamais
vu une mer si plate et je me
demande si c'est le calme
avant la tempête...
19h Nous prenons notre
quart, Daniel et moi, sous
un ciel étoilé. Super Mini
Dan sort son Ipad et à
l'aide de son application
Stars Watch, muni d'un
giroscope, nous pouvons
identifier toutes les
étoiles qui remplissent le
ciel et se reflètent sur la
mer. C'est génial ! Il y en
a une, plus brillante que
les autres, toute rouge qui
se trouve sous l'étoile du
nord, presque à la hauteur
de l'horizon, elle s'appelle
MH 8157... Je pense à mon
amie MH qui elle aussi
ressemble à une étoile plus
brillante que les autres...
La lune est en croissant,
comme un grand sourire. Elle
se réflète sur la mer,
éclairant tout le coté
babord, c'est merveilleux...
Puis, nos invités vont se
coucher et nous nous
retrouvons seuls dans la
nuit chaude, filant à 6.8
noeuds au moteur, avalant
des milles et des milles.
Daniel dort un peu et se
réveille vers 11h30 alors
que je pique des clous
derrière la roue. Il
m'envoie me coucher, ce que
je fais sans me faire
prier...
Benoît se lève vers 12h45 et
se prépare à prendre son
quart. Sylvain qui a passé
beaucoup de temps avec nous
à regarder les étoiles,
passe tout droit et ne se
réveillera que quelques
heures plus tard, surpris
d'avoir autant dormi. Son
super équipiers le laisse
dormir tranquillement
pendant qu'il observe la
nuit et profite de cet
instant de solitude pour
rêver à sa Sylvie... Puis,
soudain, des éclairs fendent
le ciel à tribord et le vent
se lève. Sylvain déroule le
génois et ferme le moteur.
Le bateau file à 7.5 noeuds,
tribord amure et jusqu'au
petit matin, le vent
continuera de forcir...
7h On prend la relève de nos
équipiers après un bon café
corsé. Il fait frais et la
mer est remplie de vagues
pointues et coiffées de
blanc moutons... Le ciel est
rempli de nuages et le vent
hurle. On discute un peu
dans le cockpit pendant que
Daniel relève les courriels.
Encore des messages pour
Sylvain et Benoit qui
s'empressent de les lire...
C'est la fête des mères
aujourd'hui et je pense à ma
mère que je ne peux
rejoindre. Puisse t'elle
entendre mes pensées et
sentir que je l'aime... Je
pense aussi à ma fille qui
est une mère exemplaire, à
mon amie Jacinthe, Gaétane,
Lily et toutes les autres
qui sont des mères et qui
ont pris soin de plus petits
qu'eux et je leur souhaite
une belle journée, remplie
d'amour...
Nous avons parcourus 750
milles et en cette 5e
journée, nous sommes en
plein milieu de notre
parcours... À date, la
traversée est fantastique,
harmonieuse et des plus
amicale... La température
est chaude et douce... Tout
le monde est de bonne humeur
et l'ambiance est des plus
chaleureuse... Pourtant, en
ce jour où je suis entre mer
et terre, en ce jour de la
fête des mères, je me sens
bien seule...
11h30 Le ciel, devant nous,
devient tout à coup très
noir et Daniel appréhende un
gros grain qui approche très
vite. Il prend un 2e ris
dans la grand-voile et roule
le génois pour ne laisser
qu'un foc. Puis, alors que
la pluie se met à tomber
drue, une dorade mort à
l'hameçon. Daniel me crie et
j'interromps la vaisselle
pour monter admirer
l'immense Dorade jeune et
bleu, qui avant d'arriver
jusqu'au bateau, est sautée
5 à 6 fois hors de l'eau,
tirant de toute ses forces
sur la ligne... Mais depuis
le temps qu'on attend une
dorade, pas question que
Daniel la laisse filer. Le
bruit et les mouvements du
voilier réveillent Sylvain
qui s'empresse de prendre la
roue afin de laisser Daniel
à sa dorade. Nous sommes en
plein dans le grain et le
bateau brasse dans tous les
sens sous un vent de 30
noeuds, des embrunts
puissants et une pluie
diluvienne. Benoit se
réveille et enfile son ciré
pour assister au spectable.
Les gars sont super heureux
et semblent adorer cette
partie houleuse
de la traversée. Quant à
moi, debout devant le
comptoir de cuisine, j'évite
de justesse un immense
coutelas qui passe à deux
cheveux de me trancher un
orteil... Vite, je dois
ranger tout cela et nettoyer
l'évier avant que Daniel
arrive pour faire ses
filets.
Je sors le pain du four, il
est doré et parfaitement
cuit. Puis, le grain passe
et le calme revient. Sylvain
prépare des souchis de
dorade que lui et Daniel
savoure à l'extérieur. Puis,
Benoit sort la farine et
prépare d'autres filets
cuits dans le beurre et
servis avec une salade
délicieuse à la moutarde de
meaux. Les gars sont super
fantastique et je suis émue
de les voir travailler,
cuisiner, rire et exécuter
les manoeuvres du voilier
dans la plus grande bonne
humeur, toujours souriants
et si gentils... Décidément,
c'est une belle traversée...
Silvie
Lundi le 9 mai 2011,
Jour 6. 7h15 du matin.
Daniel me sort d'un profond
sommeil et me lance, d'un
ton péremptoire : Silvie, on
est en retard pour notre
quart... Aussitôt, je saute
du lit et dérape de l'autre
coté de la chambre. Le
bateau est gité à 30 degrés
et des tonnes d'eau
déferlent sur le pont,
au-dessus de ma tête.
J'entend le vent hurler
pendant que j'enfile mon
jeans en essayant de garder
mon équilibre... Enfin
vêtue, je sors dehors et je
retrouve Sylvain assis
derrière la roue, l'air
fatigué mais avec un grand
sourire. La nuit a été douce
jusqu'à 4h du matin, puis,
le vent s'est levé avec
force, atteignant des
pointes à 25 noeuds. Il aura
roulé un tiers du génois et
pris un ris dans la
grand-voile. Puis, une fois
le voilier stabilisé, il
enverra son équipier dormir.
Le voilier file à 8 noeuds
sur une mer agitée et sous
un ciel gris qui ne présage
rien de bon... Je prend la
relève en souhaitant que
Sylvain récupère un peu de
sommeil qui lui fait défaut
depuis quelques jours.
8h Un grain devant nous
forme un mur noir. Daniel
prend un deuxième ris et
roule encore un peu de
génois. Le voilier se
redresse un peu. Les vagues
arrivent de l'ouest,
poussées par des vents
variant entre 20 et 25
noeuds du Nord-Nord-ouest.
Elles se cassent sur le
bordé et déferlent sur le
pont et quelques fois sur
nous dans une bruine
fraîche. Déjà, je suis
trempée et je n'ai aucune
envie de descendre mettre
mon ciré... La pluie tombe
drue et Daniel lofe pour
vider les voiles...On file à
8 noeuds, parfois à 9, au
près serré. La petite
croisière s'amuse est
terminée, maintenant, c'est
du sport qui nous attend
pour les 3 prochains
jours...
Hier, par inadvertance, une
vague scélérate s'est
infiltré dans le hublot de
notre chambre et l'eau salé
s'est infiltrée jusqu'au
modem de notre système de
communication, rendant
inutilisable notre radio
amateur. Patiemment, Sylvain
a nettoyé les contacts avec
de l'alcool, à plusieurs
reprises, pour enlever le
sel et au bout de quelques
essaies, le Pactor se remet
à fonctionner. Malgré tout,
la transmission est trop
mauvaise pour envoyer nos
courriels et on espère que
nos proches qui nous suivent
sur Voilo.ca ne
s'inquièteront pas...
11h30 Un autre grain nous
tombe dessus alors que la
ligne s'étire et que
j'aperçois une autre dorade
qui tente de s'échapper en
faisant de grands bonds hors
de l'eau. Le moment est bien
mal choisie pour sortir la
dorade mais Sylvain vient à
notre rescousse et prend la
roue pour ralentir le
voilier, le temps que la
bête soit dans le voilier.
Et voilà l'énorme Dorade
mâle qui git par terre, en
train de se faire tailler en
filets. Hier, nous en avons
mangé toute la journée,
nature, roulée dans la
farine et cuite dans le
beurre, et en soirée,
marinée dans le gingembre et
servi avec un gratin au
fromage. On range donc les
filets dans le congélateur,
ce sera pour une autre
journée...
13h30 Nos deux équipiers
sont vêtus de ciré de la
tête aux pieds et dehors,
sous le vent, je les entend
rire... Ces deux-là
s'entendent à merveille, me
dis-je en fermant les yeux
pour un petit repos, bien
étendue à coté de mon
capitaine qui est légèment
fiévreux depuis quelques
jours, ayant attrapé une
vilaine grippe.
Silvie
Mardi 10 mai 2011
,
Jour 7. Réveillés depuis
6h30, on est dehors à 7h
pile pour rejoindre Sylvain
et Benoit qui, depuis 4h,
roulent au moteur faute de
vent. Pendant que les gars
me racontent leur quart,
durant lequel ils ont vu un
cargo passer, et que Daniel
prépare le café, subitement
le vent se lève et prend des
pointes à 16 noeuds. Le
bateau gite fortement et
Daniel décide de prendre un
ris. Sylvain exécute la
manoeuvre comme un expert
tandis que Benoit winche
pour redresser la beaume, un
dernier cadeau qu'ils me
font avant d'aller dormir...
Le ciel est bleu et rempli
de nuages blancs et la mer
est gonflée de vagues qui se
terminent en mousse blanche.
Le vent est bien décollé et
il atteint rapidement 20
noeuds. On prend un 2e
ris... Malgré tout, le
bateau est bien gité, il
tangue et roule fortement.
Une traversée qui devait se
faire au portant se fait au
près depuis le départ, avec
un vent variable et inégal.
Le vent hurle, le voilier
gite, on roule le génois, le
vent continue de forcir, on
prend un ris, deux ris, oups
! Le vent disparait, on
déroule le génois, on défait
les ris, et 15 minutes plus
tard, le vent reprend, on
reprend un ris, enroule un
bout de génois... À chaque
quart, le vent apparait et
disparait, tantôt faible,
tantôt hurlant, nous forçant
à travailler très fort pour
régler le cap et les
voiles...
Nos équipiers ont un moral
d'acier et conservent leur
bonne humeur du début,
malgré le manque de sommeil
et les mouvements incessants
du voilier qui rend tout
déplacement difficile.
Sylvain se révèle un
capitaire impeccable et un
bon professeur pour son
équipier, Benoît, qui de
jour en jour, devient
meilleur. Ils ont sûrement
hâte d'arriver mais personne
ne se plaint et personne
n'en parle, se contentant de
vivre l'instant présent et
d'apprécier la vie à bord...
Ils sont ADORABLES !
À 3 jours de notre arrivée à
NOrkfolk, nos réserves
d'essence sont basses, il
reste moins de 45 gallons
dans les deux réservoirs.
Idem pour l'eau. Trois des
quatre réservoirs sont
vides. Au niveau de la
nourriture, à part les
légumes qui ont presque tous
disparus, il reste encore
plein de viandes et des
boites de conserve pour 6
mois. Sylvain se révèle un
grand chef et nous invente
toutes sortes de recettes.
Hier, c'était des cotelettes
de porc aux pommes vertes et
échalottes, servies avec des
pates à l'ail. Benoit ne
donne pas sa place non plus
mais il semble préférer
laisser Sylvain cuisiner et
lui, faire la vaisselle,
quoique quand vient le temps
de cuire les viandes ou le
poisson, il devient le
spécialiste. QUant à moi,
ayant eu beaucoup de succès
avec mon pain sans
pétrissage, hier, j'en ai
refait un autre pain qui
cuira ce matin et sera
encore tout chaud lorsque
nos équipiers reprendront le
prochain quart, à 13h et ce
soir, je compte faire des
petites pizzas pitas, à
moins que les gars veulent
encore manger de la
dorade... Ce sera à voir !
Daniel qui était grippé se
sent beaucoup mieux ce matin
et il semble avoir retrouvé
son appétit... On peut donc
dire que tout va bien !
13h18 La cuisson de mon pain
est parfaite et tout le
monde s'en coupe de grosses
tranches qu'ils garnissent
avec du beurre de peanut. Le
vent vient de baisser et
Daniel a enlevé ses deux
ris. On roule à 5.5 noeuds
sous un ciel tout bleu.
Malgré le soleil, le temps
est plus frais depuis hier
et un petit chandail est de
mise. Benoit et Sylain
prennent leur quart et
Daniel et moi partons nous
reposer un peu. Ce soir, au
menu, Benoit nous concottera
des pâtes à l'ail et
crevettes...
17h22 Le vent n'a pas cessé
de forcir. Incapable de
dormir. Le bateau gité à
tribord me propulse hors du
lit. IL me faudrait être
habillée en velcro pour
coller sur place et même en
me retenant par les pieds,
couchée perpendiculaire au
lit, je n'arrive pas à
trouver le sommeil. La
pointe du voilier brasse
dans tous les sens. Elle
monte sur les vagues de 15
pieds venues de l'est et se
rabbat comme un coup de
masse dans le creux des
vagues, faisant gicler l'eau
de partout... Le bruit est
assourdissant. Sans parler
du vent qui hurle à
tue-tête... Décidément, la
nuit sera longue...
Silvie
Mercredi 11 mia 2011,
Depuis hier après-midi, le
paysage marin s'est
totalement transformé. Une
longue houle venue du
Nord-Est est apparue
soudainement, probablement
causée par une dépression en
provenance des Bermudes.
Elle forme d'immenses vagues
rapprochées, de 5 à 7 mètres
de hauteur, qui se croisent
avec celles formées par le
vent Nord-Ouest qui pousse
depuis quelques jours. On
avance péniblement, au près,
contre les vagues qui nous
ralentissent, sous un vent
puissant qui pique des
pointes à 25-30 noeuds. Le
voilier monte sur une vague,
comme s'il grimpait une
montagne et il redescent à
toute allure pendant que la
vague suivante déferle sur
le pont. Plus personne ne
sort dehors sans ciré,
bottes, pantalon et manteau
et malgré tout, on est
trempé à l'os car l'eau
finit toujours par
s'infiltrer par une petite
ouverture.
Her, en faisant un virement
de bord, la corde de
l'enrouleur de génois s'est
cassée et Daniel a du aller
jusqu'au bout de la pointe
pour se servir du guindeau
afin de rouler une partie du
génois en prévision de la
nuit. Bien entendu, deux ris
sont déjà pris dans la
grand-voile. Daniel attendra
au matin pour changer la
corde de l'enrouleur, une
nouvelle corde plus grosse
et toute rouge.
Malgré un soleil plutôt
timide, le ciel est gris,
rempli de nuages noir, gris
et blanc et le voilier
brasse dans tous les sens,
tentant de se frayer un
chemin dans ce décor
surréel. Personne n'est
arrivé à dormir avec le
bruit des vagues qui
éclatent et déferlent, le
vent qui hurle et les bangs
de la coque qui frappe le
creux des vagues... Toute la
bibliothèque s'est ramassée
par terre et la vaisselle du
spagetti qui n'avait pas été
faite, emplie l'évier et
rajoute au désordre...
Seuls Daniel et Sylvain ont
les connaissances
nécessaires pour barrer dans
ses conditions particulières
et il est convenu qu'ils se
relèvent aux trois ou quatre
heures ou selon les besoins.
QUant à Benoit et moi, nous
continuons nos quarts comme
à l'ordinaire, nous
contentant de servir nos
Capitaines, de leur faire à
manger, de les assister dans
les manoeuvres et de
répondre à leurs besoins...
Comme un malheur ne vient
jamais seul, le frigo ne
fonctionne plus à partir de
la génératrice. D'ailleurs,
la génératrice est capout !
L'alternateur vient de
rendre l'âme. Nous devrons
donc faire du moteur pour
garder le frigo frais.
Actuellement, toute la
viande est dégelée. Ce
matin, pendant que Daniel
était de quart, j'ai fait un
beau ménage dans le carré,
puis j'ai fais cuire les
poitrines de poulet dans une
crème de champignons...
Daniel et Sylvain ont
attendu de trouver le
problème de la génératrice
avant de manger et pendant
ce temps, j'ai préparé une
petite assiette pour Benoît
qui surveillait le pilote
automatique, dehors, sous
les embrunts.
De plus, il ne nous reste
qu'un seul réservoir d'eau
et ce matin, un robinet est
resté ouvert dans une
chambre, faisant couler
inutilement le précieux
liquide. On décide donc de
fermer le groupe d'eau dès
qu'on a terminé d'en faire
usage. Les batteries sont
continuellement dans le
rouge et malgré quelques
heures de moteur, elles
n'arrivent pas à reprendre
le dessus. On a alors une
nouvelle consigne : on ne se
sert plus du grille-pain, on
cuira nos toasts sur le
poêle à gaz. Et l'On ne fera
du café ou se servira du
micro onde seulement lorsque
le moteur fonctionnera. Tout
comme on ne fera plus de
cuisine compliquée pour
ménager l'eau car faire la
vaisselle prend énormément
d'eau... Bref, la petite
croisière du début a perdue
de son charme et maintenant,
on est en mode adrénaline !
L'aventure commence...
Silvie
Jeudi le 12 mai 2011,
Jour 9. Le mauvais temps
dure depuis trois ou quatre
jours, je ne sais plus,
soumettant nos nerfs à rude
épreuve. De plus, l'état de
la mer s'est rapidement
dégradée au point de
ressembler à un parc
d'amusement grotesque, fait
de hautes montagnes coiffées
de crètes blanches qui
lancent le voilier dans
toutes les directions, sous
des bruits asourdissants et
des tonnes d'embruns. La
fatigue, le froid,
l'incertitude et le manque
de sommeil commençent à
gruger le moral des
équipiers... À la fin de
leur quart, cette nuit,
Benoît et Sylvain semblaient
déprimés. Malgré tout, ils
arrivent à en rire et Benoit
me lance, d'un ton sérieux :
Sylvain et moi avons décidé
que c'en était fini de la
voile. Finie la mer, finies
les vagues et les
embrunts... Il n'y a pas de
fun là... On préfère
maintenant les gros
cruisers, avec une salle de
pilotage intérieure, de gros
réservoirs d'essence et
l'intracostal... Et les
voilà qui se mettent à rire
devant mon étonnement ! Ah,
ces deux complices, comme
ils sont drôles ! Et moi, je
tombe toujours dans le
panneau, tant ils ont l'air
sérieux... Aujourd'hui,
c'était finis les cruisers,
ils en étaient aux 4 roues,
se disant à quel point
c'était fantastique de se
promener dans la forêt,
admirer les arbres, les
couleurs d'automne... Et
surtout, si le 4 roues
lâche, on peut partir à
pied... Ce qu'ils sont
drôles !
Je n'ai que des
félicitations envers nos
deux fidèles équipiers. Même
fatigués à l'os, ils
continuent de garder un
moral d'acier, sans jamais
se plaindre, ponctuel,
efficace, drôle, toujours à
l'heure dans leur quart, se
soutenant l'un et l'autre
dans la bonne humeur...
C'est merveilleux de les
avoir à bord ! Sylvain est
de la trempe des héros, tout
comme Benoît qui même s'il
n'a pas toutes les
connaissances de Daniel et
Sylvain, tente par tous les
moyens de se rendre utile et
c'est très apprécié de tous,
particulièrement de son
équipier OFF SHORE, comme
Benoit s'amuse à le dire...
Notre quart ne fut guère
mieux. Le vent continue de
gonfler la mer et les vagues
continuent de déferler sur
le pont. On est trempé et
gelés mais pour nous qui
avons vu pire, la situation
reste normale. Par contre,
Daniel a discuté avec Nycole
du Réseau du capitaine, ce
matin, et elle parle de
vagues de 30 à 40 pieds dans
le golf Stream. C'est donc
impensable de le traverser
dans ces conditions. De
plus, le modem vient de nous
lâcher, le sel ayant fait
son oeuvre. Sylvain a tenté
une dernière fois de
nettoyer les contacts mais
un court circuit semble
avoir fait des dommages
irréparables. Il est
maintenant impossible de
faire parvenir les courriels
et le présent message. Comme
Sylvain avait réservé son
billet de retour pour le 15
mai, notre seul moyen
d'aviser son épouse de
l'annuler sera d'entrer en
communicaiton avec le réseau
du capitaine, demain matin
car la radio amateur
fonctionne encore, fort
heureusement.
En attendant, dès que mon
quart fut terminé, je me
suis lancée dans la cuisine
pour préparer un stew, avec
du steak, des carottes, des
patates et des oignons...
J'espère que ce repas
remontera le moral de nos
équipiers car personne n'a
vraiment envie de descendre
cuisiner dans ces
conditions...
Silvie
Vendredi le 13 mai 2011,
Cette nuit, le vent
soufflait encore à 25 noeuds
mais la mer avait légèrement
baissée, les vagues étaient
moins hautes, plus espacées,
moins menaçantes. Pas de
grain non plus mais un froid
humide et désagréable.
Encore des embruns, quelques
fois, quand on ne s'y attend
pas et que tout à coup, en
l'espace de 2 secondes, on
se retrouve trempés de la
tête aux pieds...
Les quarts ont été réduits
de 6h à 3h car les
conditions sont encore
difficiles et parce que les
batteries sont toujours dans
le rouge, nos deux
Capitaines doivent barrer
sans arrêt, ce qui est très
exigeant. Hier, en sorée, en
allant chercher la tuque de
Sylvain dans sa chambre,
j'ai aperçu de l'eau par
terre...Oh Oh... Pas
normal... Je réveille Daniel
qui venait juste de
s'endormir... Rapidement, il
fait les tours des
passe-coques et ne remarque
rien d'anormal. Par contre,
en enlevant la petite trappe
qui mène à la pompe de cale,
on y observe que le fond de
la cale est plein d'eau...
Vivement, il allume le
moteur, démarre la 2e pompe
car la première ne fournit
vraisemblablement pas et
voilà que nous trouvons la
cause des batteries toujours
à plat depuis le début du
mauvais temps... L'eau finie
toujours par s'infiltrer
quelque part, que ce soit
par un hublot mal fermé, par
une toilette qui déborde à
cause de la gite, de l'eau
qui entre par le garage
avant ou par la jupe arrière
et
tout cela finit dans la
coque... En gitant à
tribord, le problème s'est
révélé à la surface... Bref,
le problème est réglé mais
c'est à surveiller de près
et à toutes les 3h, Daniel
partira le moteur et
actionnera la pompe pour
assécher la cale.
11h38 Le vent a baissé. Le
voilier est redevenu
confortable. J'ai fait le
ménage et tout est redevenu
propre. Depuis hier, nous
n'avons plus d'eau dans les
réservoirs car des robinets
se sont ouverts durant les
chocs qu'a subit le voilier
frappant dans les creux de
vagues... Des bouteilles de
shampoing ont poussé le
robinet de ma douche et elle
s'est mise à couler sans que
je m'en aperçoive,
dégoulinant lentement sur
des vêtements que j'avais
mis à sécher... Une autre
fois, c'est le plat à
vaisselle qui a poussé le
robinet de la cuisine et
voilà encore une autre perte
d'eau précieuse... Bref,
plus d'eau dans les
robinets, à part le robinet
d'eau de mer qui nous permet
de faire la vaisselle.
Heureusement, notre réserve
d'eau en bidon et en
bouteilles est très bonne et
nous ne devrions pas en
manquer...
12h Je prépare des pizzas
pita pour les gars qui sont
à l'oeuvre et pour Daniel
qui se lèvera tantôt pour
prendre la relève. Le bateau
est gité à babord et je dois
me tenir après le comptoir
mais j'arrive facilement à
m'organiser et je garnis mes
pitas de sauce à pizza, de
tranches minces de pépéroni,
de piments vert, d'olives
noire, de féta et de fromage
rapé. Un délice que les
équipiers ont bien apprécié.
Pendant qu'ils mangent à
l'intérieur, je prend la
barre, cap 333. Il fait beau
soleil, le temps s'est
réchauffé. Je demande à
Benoit de fermer le fourneau
car ma pizza et celle de
Daniel continuent de cuire
et je sens une odeur de
brûlé. Puis, je lui demande
de fermer le groupe gaz et
voilà que dans cette minute
d'innatention, la voile se
met à contre et je suis
incapable de ramener le
voilier dans le bon angle...
Les gars montent en vitesse
et lâche l'écoute du génois.
Sylvain reprend la roue et
replace le voilier qui est
maintenant trop à tribord.
Benoit attrape
l'autre écoute et voilà le
voilier qui reprend du
babord. Enfin, Benoit tire
sur l'écoute et winche pour
resserrer la voile...
Sylvain reprend un bon cap
et je lui demande de mettre
le pilote automatique... Ce
matin, je suis à coté de mes
plaques, incapable de dormir
depuis des lustres, je suis
fatiguée... Daniel se lève
et dine. Puis, lorsqu'il
sort dehors, je vais me
coucher et je tombe enfin
endormie.
15h Je me lève en pleine
forme et je retrouve Daniel
à la roue, seul, sous un
soleil éclatant. Il veut que
je reprenne la roue, ce que
je fais, sans empannage
cette fois. Puis, les
dauphins que j'avais aperçu
il y a deux jours, dans une
vague lors du mauvais temps,
comme des anges gardiens,
reviennent nous saluer. Ils
sont 5 ou 6 et ils sautent
en groupe de deux devant la
proue. Je cours à l'avant
avec ma caméra pour prendre
quelques clichés puis
j'arrête car je veux les
admirer maintenant... Comme
ils sont beaux et souples,
en formation de deux ou
trois, ils sautent hors de
l'eau, replongent et
tournoient joyeusement...
Ils resteront 5 minutes, 5
petites minutes de
bonheur...
19h Sylvain se lève dans une
forme splendide. Benoit est
déjà à la roue et discute
avec Daniel pendant que
Sylvain se lance dans la
préparation du souper qu'il
veut léger ce soir... Des
crevettes guacamole, sur un
lit de salade, qui seront
servies avec des croutons,
une salade de coeurs de
palmier et des pointes de
pommes. Un pur délice qu'on
savoure dehors dans le
cockpit, sous la brunante,
enchantés de la quiétude de
la mer et exités à l'idée
d'entrer sous peu dans le
Golf Stream. Puis, Sylvain
envoie Daniel dormir une
bonne nuit de sommeil et je
le suis, toute heureuse de
récupérer aussi une belle
nuit sans souci...
Silvie
Samedi le 14 mai 2011
4h30 du matin, Daniel et moi
se levons rapidement... Dieu
qu'on a bien dormi ! On
retrouve nos deux super
équipiers dehors, encore de
bonne humeur malgré la
fatigue. On jase un peu et
Sylvain descend se coucher
pour un repos bien mérité.
Benoît reste jaser un peu
avec nous. Daniel examine la
situation... Pas de vent ou
très peu... Il est temps de
déployer le tangon ! Je
garde le cap 333 pendant que
les gars s'avancent sur la
proue. Daniel explique la
procédure à Benoît et
rapidement, le tangon est
installé et le génois
déroulé. Manque de pot, le
vent qui venait du sud
tourne à l'est. Les gars
retournent en avant et
replace le tangon à sa
place. Aussitôt de retour à
la poupe, le vent reprend du
sud, comme pour se jouer de
nous... Prise deux, les gars
remettent le tangon sous le
potron-minet qui s'allume de
rouge à tribord. Je prend
une photo car c'est
magnifique et Benoît me fait
des grands signes que je
couche sur la pellicule. Le
vent du sud se maintient,
prenant même
des pointes à 17 noeuds.
Finalement, après avoir bien
ri avec Benoît qui est si
drôle, il descend se coucher
à son tour. Daniel place les
voiles en ciseau et le
voilier roule à 7.5 noeuds,
allègrement, dans le coeur
du golf Stream, qui n'a
jamais été si calme, à peine
quelques ondulations et un
courant de 2 noeuds qui nous
donne des ailes.
7h30 Daniel descend donner
des nouvelles sur le réseau
du capitaine. Je reste à la
roue, survaillant bien le
cap. Nycole donne le
bulletin météo à Daniel, qui
est en notre faveur. Un vent
du sud-est et un peu plus
tard Sud-Ouest variant entre
10 et 20 noeuds. Puis,
Nycole donne des nouvelles à
son tour, avisant Daniel que
Sounda a bien annulé les
billets de Sylvain et
qu'elle a rejoint Sylvie
pour lui dire que tout
allait bien de notre coté.
Nous remercions vivement
Nycole de sa précieuse
collaboration. C'est un ange
!
8h00 Sylvain se réveille de
super bonne humeur. Il a
bien dormi et il est en
pleine forme. Après un petit
déjeuner, il prendra la roue
pendant que Daniel ira
prendre une douche. Hélas,
cette fois, le réservoir est
vide. Benoît, Sylvain et moi
avons réussi à se laver
rapidement mais plus rien
pour le Capitaine qui, ne se
laissant pas abattre, décide
de prendre un bain dans
l'eau chaude du Golf Stream.
Il s'attache donc avec le
harnais de sécurité qu'avait
l'habitude de porter Sylvain
et Benoit dans leur quart de
nuit et il descend sur la
jupe arrière remplir un
sceau d'eau que je lui verse
sur la tête. Il se savonne
et me redonne le sceau...
Après plusieurs douches, il
est ragaillardit et tout
pinpant. Puis, j'ouvre le
groupe d'eau et il reste
quelques gouttes,
suffisamment pour qu'il
puisse se rincer. Ensuite,
il prendra l'eau d'un bidon
pour le faire chauffer sur
la cuisinière afin de se
faire la barbe...
On est tous propres, vêtus
en neuf et la journée est
merveilleusement belle et
chaude. Il reste 150 milles
avant d'arriver à Norkfolk
qu'on pense atteindre durant
la nuit si le vent continue
d'adonner comme il le
fait...
Je passe quelques heures à
faire du ménage, laver la
vaisselle, cirer les
boiseries, passer le balai
et mettre tout le linge
mouillé dans de grands sacs
qui partiront à la buanderie
dès notre arrivée. Le bateau
retrouve son air de jeunesse
et l'ambiance est à la fête.
On sort du vin pour le
mettre au frais car demain,
ce sera la fête...
12h24 Des dauphins, plein de
dauphins qui sautent autour
du voilier, sous nos cris de
joie... Sylvain et moi
courrons vers la poupe pour
mieux les voir danser à
fleur d'eau... On peut
presque les toucher tant ils
sont proches ! Ils restent
avec nous pendant de longues
minutes, tournoyant,
sautant, en vrille, par
groupe de 3, de 5... Comme
s'ils venaient nous saluer
une dernière fois, comme une
invitation à revenir
bientôt... C'est sûr ! C'est
magnifique et émouvant !
Dieu que la vie est belle...
13h00 Sylvain et Benoit sont
dans la cuisine. Benoît
prépare une salade de chou
rouge tandis que Sylvain
prépare l'annanas en cube
qu'il fera sauter dans le
rhum... Je meurs de faim !
Je retourne dans le cockpit
retrouver mon capitaine à la
barre, sous tangon, babord
amure, avec 20 noeuds de
vent portant... Le voilier
file à 9.5 noeuds et nous
sommes dans le plus fort du
Golf Stream, à moins de 115
milles de Norkfolk...
14h27 La journée est si
magnifique que même les
hotdogs avaient un goût de
ciel et les annanas
flambées, un goût de
paradis. Je termine la
vaisselle, aidée de Benoit
qui essuie, sous une musique
de Blues comme j'adore...
Sylvain est étendu dehors et
il semble heureux... Daniel
est encore à la roue à faire
des grands S pour maintenir
son génois plein. Plus que
95 milles à faire... à 7.5
noeuds...
Silvie
Dimanche le
15 mai 2011,
La nuit fut froide et humide.
Pourtant, il ne pleut pas
mais l'humidité est
tellement dense que tous les
coussins du cockpit sont
trempés, mon linge est aussi
trempé et malgré 3
épaisseurs de polar, je suis
gelée à l'os... Daniel est à
la roue, barrant sans pilote
automatique depuis des
heures, trempé aussi... Il
ne se plaint pas, il ne se
plaint jamais. Une fois de
plus, il aura été à la
hauteur de sa réputation :
c'est un grand capitaine,
d'un calme exemplaire,
sachant résoudre tous les
problèmes et ne perdant
jamais courage !
Dans l'air, une odeur de
pneus brûlé qui nous
inquiète... On fait le tour
du voilier, rien... L'odeur
vient de dehors et ça pue...
J'ai mal à la tête et je me
roule sous une couverture
pour roupiller un brin mais
je n'y arrive pas, je suis
transis de froid. Daniel
m'envoie se coucher en me
disant que les gars vont se
lever dans une heure à peine...
Je me couche toute habillée
dans un lit humide et je
dors comme une bûche...
Hier soir, à la brunante,
Sylvain nous a proposé
d'ouvrir une bouteille de
vin pour célébrer la fin de
la traversée, ce qu'on a
fait avec plaisir, se
contentant de quelques
coupes, juste pour célébrer
cette merveilleuse aventure
qui a permi à nos deux
équipiers d'acquérir de
meilleures connaissances de
la mer et d'ainsi repousser
leurs limites. Plus aucune
traversée ne fera peur à
Sylvain qui a su se montrer
à la hauteur en tout temps,
ni à Benoit qui lui aussi
s'en est tiré comme un
chef... Ils racontent leurs
meilleurs moments, parlent
de leurs enfances, de leurs
enfants, de leurs rêves...
Sylvain raconte que sa mère,
tout petit, l'a toujours
amené à la bibliothèque, le
poussant à se découvrir, à
trouver sa passion et à
croire en ses rêves... Élevé
dans un foyer heureux, sa
mère, enseignante en arts
ménagers, aura su lui
inculquer le savoir-vivre et
le savoir-faire. Sylvain est
vraiment une très belle
personne, qui gagne à être
connu, un être supérieur,
sans vanité, délicat mais
solide comme le roc. C'est
un fonceur et un gagnant.
Sounda pourra partir en
croisière en toute
tranquilité, il saura la
mener à bon port, c'est un
grand capitaine.
Quant à Benoit, patrouilleur
et sauveteur sur les pistes
de ski, il a multiplié toute
sa vie les honneurs. C'est
un brave, un fier et noble
gaillard, toujours positif
et doté d'un sens de
l'humour qui enchante. C'est
un être à part, philosophe,
qui a toujours une belle
histoire à raconter. Durant
la traversée, il a su se
montrer indispensable et
sans sa présence si
chaleureuse, nous n'aurions
pas eu autant de plaisir. On
ne peut qu'adorer Benoit, il
est adorable !
8h00 On entre dans la passe
qui mène à la marina. Nous
sommes rendus à Norkfolk,
après 11 jours de traversée
au près, à part les
dernieres 24 heures qui
étaient au portant. 11 jours
loin de la terre, à se
battre contre les vagues, à
se faire brasser dans tous
les sens, à relever et
vaincre un problème à la
fois, un quart à la fois,
combattant le froid et la
fatigue mais toujours dans
la bonne humeur et le
respect, s'entraidant les
uns et les autres dans une
harmonie parfaite.
Ce fut ma plus belle
traversée et malgré que je
suis bien contente, comme
tout le monde, d'arriver
enfin sur la terre, je
garderai un vif et doux
souvenir de nos deux
équipiers pour qui s'étaient
leur première et j'espère,
non leur dernière traversée...
12h00 On marche sur la terre
ferme et on dirait que ça
gite. On rit, il fait beau
et chaud. On est fatigué
mais heureux. On trouve un
resto dans une marina toute
proche et on s'assoie enfin
pour manger. La serveuse
nous apporte les menus, avec
un grand sourire. C'est bon
d'être à terre, avec vu sur
la mer... On dine de repas
simple, en buvant de la
draft fraiche et en parlant,
encore et encore, des
souvenirs de la traversée...
Daniel nous offre le repas,
pour nous remercier de
l'avoir accompagné dans
cette autre aventure, pour
remercier nos équipiers de
leurs belles présences, de
leurs efforts constants et
soutenus, de leur bonne
humeur...
16h30 Nos équipiers partent
pour retrouver leurs proches.
On les embrasse avec émotion.
Ils nous manquent déjà !
C'est fou ce que la mer peut
rapprocher les gens...
Sylvain et Benoit resteront
toujours dans nos coeurs et
dans nos meilleurs
souvenirs... On leur
souhaite bons vents et on se
proment de rester en
contact...
17h38 On ouvre une bouteille
de vin. À notre tour de
célébrer la fin de 9 mois en
mer, de tant de souvenirs,
de tant de personnes qui ont
croisées notre route et qui
ont partagé avec nous, par
bride, ce merveilleux voyage
dans les Iles Vierges...
Un gros merci à mon ami Guy
qui a pris le temps, à tous
les jours, de mettre les
textes et photos dans mon
site, merci à toutes les
personnes passionnées de mer
qui sont venus partager avec
nous leurs vacances,
apportant avec eux un vent
de fraicheur et de renouveau,
merci à mes fidels lecteurs
qui m'ont souvent envoyé des
courriels d'encouragement
pour continuer d'écrire des
textes souvent écrit en
vitesse, plein de fautes
d'ortographes et de style,
faute de temps et de
talents... Et surtout, merci
à la vie, à la mer et au
vent !
Silvie
www.voilo.ca