Journal de bord mai 2011

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Dimanche le 1 mai 2011,

ce matin, un réveil en douceur, sous un ciel gris et blaffard... Le vent a sifflé fortement cette nuit et nous nous sommes réveillés à quelques reprises pour ouvrir et fermer les écoutilles car il a plut quelques grains... Depuis trois jours, le temps est moche !

J'ai presque terminé tout le ménage du voilier et je relaxe, en attendant que cesse la pluie... J'ai eu des nouvelles de mon fils Olivier qui est revenu de Cuba hier, enchanté, après deux semaines de vacances en compagnie de Simon-Pierre, son cousin.

J'ai eu aussi des nouvelles de Sylvie, la jeune épouse de Benoit Giasson, qui prépare avec notre équipier, les baggages en vue de son départ demain... Elle est un peu inquiète... Courage, Sylvie, tu le reverras ton Benoit !

Puis, mon amie Gaétane m'a envoyé un vidéo qui m'a donné la chair de poule tant il est beau et grandiose. Merci Gaétane pour ce beau cadeau ! C'est à voir absolument :

Malgré la pluie qui tombe, Daniel est sur le pont et lave son dinghy qu'il désoufflera pour le ranger. Il reste encore beaucoup à faire à l'extérieur... Puis, nous irons à l'épicerie car je veux préparer un gros macaroni pour la traversée, ainsi que des oeufs cuits durs qui sont toujours délicieux et soutenants.

à suivre...

Silvie
www.voilo.ca

Lundi le 2 mai 2011,

Enfin, après trois jours de pluie, le soleil est de retour, comme pour célébrer l'arrivée imminente de nos deux équipiers qu'il nous tarde d'aller cueillir à l'aéroport, dans deux heures. Ce matin, la journée a décollée sur les chapeaux de roues. Il nous reste encore tant de choses à faire, la pluie des derniers jours entravant nos travaux, nous tentons de tout faire en même temps mais hélas, la dernière épicerie, celle des fruits et légumes frais, devra attendre et se faire après l'arrivée de nos équipiers car nous manquons de temps...

De plus, j'ai reçu plein de courriels, dont un de ma fille qui m'a touché particulièrement. Après discussion, il est convenu que j'aille la visiter, en Europe où elle habite, à la fin juillet, en même temps que mon fils Olivier et son jeune fils. Ainsi, toute la famille sera réunie pour de belles vacances dans les montagnes suisses, pour la première fois depuis le départ de Sophie en Europe, il y a de cela plus de 15 ans ! J'aurai donc le plaisir de passer du temps avec mes trois petits enfants que je n'ai pas vu grandir : Souria, Estéban et Xavier.

Puis, j'ai reçu des nouvelles de nos derniers invités, qui se lit comme suit :
« Bonjour Silvie et Daniel,

Nos vols se sont bien déroulés et nous sommes mêmes arrivés avec quelques minutes à l'avance. Les parents de Robert nous attendait pour aller au resto et nous y sommes allés malgré notre grande fatigue. Nous étions très contents de retrouver notre lit le soir venu.

Nous pensons à vous et avons très apprécié notre voyage sur Voilo. Nous avons découvert un beau coin de paradis et ce voyage resteras mémorable dans notre coeur. Merci de votre grande générosité et votre belle présence.

Robert a beaucoup aimé les conseils et trucs transmis pas Daniel et surtout d'être à la barre de Voilo lors des traversées. Robert remercie personnellement Daniel! Nous avons bien appréciés les bons repas préparés par Silvie bien arrosés de vins, de belles conversations et d'anecdotes de marin. Les sorties en apnée ont été des plus extraordinaires. À chaque sortie, nous découvrions de nouvelles espèces des plus colorés. Vive les barracudas, tenez vous loin de l'échelle en chrome!!!

Vous devez être dans les préparations pour le grand départ et j'espère que la santé de Silvie va mieux. Nous vous suivrons lors de votre traversée et vous souhaitons de la belle température et du bon vent (pas trop fort!)

Bonne soirée

Amicalement. Sur la route de Berthier.........ahahahahaha

P-S: Nous espérons avoir l'occasion dans le futur d'acheter le livre de Daniel que nous avons partiellement parcouru avec beaucoup d'attention et d'intéressement lors de notre séjour.

Amicalement.
Ginette et Robert xxxx »

Comme c'est gentil de leur part et nous les remercions vivement. Des gens adorables qu'il nous plaira toujours de revoir... On souhaite que leur rêve de partir se concrétise et on leur souhaite bons vents !

Plus qu'une heure avant notre départ vers San Juan... Je ne tiens plus en place !

À suivre...

Silvie
www.voilo.ca

Mardi le 3 mai 2011,

Hier, nous avons quitté la marina vers 12h pour nous rendre à San Juan sous un ciel plutôt nuageux. Nous sommes presque à l'heure et nous décidons d'attendre devant les arrivées où le stationnement est interdit. Daniel attend donc dans la voiture pendant que je descend à terre pour surveiller l'arrivée de nos équipiers...

Quel bonheur de retrouver Sylvain et Benoît, tout en sourire, en grande forme et déjà complices. Aussitôt les baggages dans le coffre de la voiture, les voilà qu'ils nous annoncent avoir formé un syndicat des équipiers et déjà, ils revendiquent des pauses syndicales aux deux heures, des diminutions de quarts de 6 heures à 5 et des privilèges comme le temps double après 6 heures... Ouf ! J'ai l'impression qu'ils vont nous en faire voir de toutes les couleurs ces deux-là !

Benoit Sylvain

Ah ce qu'on a ri en revenant à Fajardo ! Après quelques arrêts, dont le premier dans un resto local qui vend ses hambergers à prix d'or, puis chez West Marine ou Daniel ne trouve pas ce qu'il cherche et finalement à la quicaillerie pour trouver des filtres pour la génératrice, nous sommes revenus au voilier et nos équipiers ont pris possession de leur chambre. Benoît, un habitué, retrouve sa chambre nuptiale à babord tandis que Sylvain, celle à tribord.

Après quelques bières dans le cockpit, on discute de tout et de rien, puis on en vient aux menus, discutons des besoins de chacun et nous partons à l'épicerie pour acheter les victuailles fraîches de la traversée. Deux gros paniers remplis à craquer de fruits et de légumes... Je frémis de les voir ajouter encore et encore d'autres légumes, en me demandant comment nous pourrons loger tout cela dans le frigo, aussi immense soit-il... De retour au voilier, on fait la chaine et nous passons une heure à tout ranger sans pouvoir trouver l'espace nécessaire pour tous les légumes. On décide donc de se servir du cooler dehors, derrière la roue babord et Daniel place de la glace au fond et voilà nos légumes au frais. Quant à mon filet à fruits, suspendu derrière la télé, j'espère qu'il tiendra car il est rempli à craquer d'agrumes, pamplemousses, oranges et citron et il doit peser au moins 50 livres...

Puis, Sylvain et moi restons au voilier pendant que Benoit et Daniel retourne manger au resto, étant trop fatigués pour cuisiner.

Ce matin, gros soleil sous un ciel encore nuageux. Nos syndiqués sont de bonne humeur et nous fouillons sur le web pour trouver le résultat des élections. Tout le monde est stupéfait du résultat et jase politique pendant le déjeuner qui s'étire...

Daniel vérifie les données des BoyWeather que lui a fait parvenir Nicole du Réseau du capitaine, comme elle le fera à tous les jours pendant notre traversée. NOus la remercions vivement pour sa gentillesse et sa ponctualité. Mais en attendant, les nouvelles ne sont pas très bonne, coté météo. Un faible vent de 7 à 11 noeuds est annoncé pour les jours à venir et mon Capitaine trouve que c'est bien faible... Il aurait aimé un 15 à 20 noeuds pour partir !

Je viens les interrompre le déjeuner des syndiqués pour discuter de ce qu'il reste à faire avant d'aller reporter la voiture à 15h... On doit retourner à l'épicerie pour 3 ingrédients non trouvés hier, Daniel doit monter dans le mat pour changer ses feux, il reste le ménage du garage, ranger le dinghy et laver le pont... J'ai faillit avoir un grief en proposant de préparer les crudités et les gars m'accusent de leur voler du travail... Je me contenterai donc de préparer le boeuf brocoli de ce soir et d'observer mes syndiqués travailler...

La journée est bien partie !

12h, Daniel a rangé le dinghy, fait le ménage du garage, est monté dans le mat et il a rempli les réservoirs de diésel, assisté par nos deux syndiqués qui maintenant revendiquent une heure pour diner.

On part donc en direction du centre-ville de Fajardo, en demandant à nos syndiqués de choisir le resto mais ils répondent qu'ils ne réfléchissent pas, qu'ils exécutent... On propose alors de les amener chez PFK et la réaction ne tarde pas à venir... Bon, bien... Finalement, on préfèrerait chez Sizzler, le spécialiste des steaks, fruits de mer et buffets... Et c'est dans l'allégresse qu'on s'offre un dernier bon diner au resto où le buffet est époustouflant... Puis quelques dernières commissions sous la chaleur écrasante et retour au voilier. Daniel repart aussitôt pour aller faire remplir une des bombonne de gaz pour la cuisinière et, pendant ce temps, les gars nettoient le pont et le cockpit.

Je fais une petite sieste et à mon réveil, nos fidèles syndiqués ont préparé une tonne de crudités dans trois plats dont un immense et non étanche n'entre pas dans le frigo. Nous espérons donc que Daniel n'oubliera pas de ramener de la glace et ce mastodonte retournera dans le cooler extérieur...

Daniel revient avec la bombonne de gaz et en l'installant, il brise le régulateur... Il repart aussitôt et fait 4 magasins avant d'en trouver un, chez Walmart à un quart du prix de tous les magasins de bateau qui était à court de stock... Finalement, il revient au voilier, installe le régulateur et file chez le concessionnaire d'auto qui ferme la clé au moment où Daniel arrive... Pas question de réouvrir, pas le temps de venir reconduire le client... Repassez demain...

Daniel revient au voilier. Il fait nuit, il est épuisé. Pendant ce temps, on fait cuire des pizzas achetés qu'on a, Sylvain et moi, regarnies. Sylvain a fait cuire de l'ail dans l'huile jusqu'à ce que les petites tranches soient dorées. Il les verse sur les deux pizzas qui ont doublées de volumes tant elles ont été rehaussées et on les met au four... On ouvre une bouteille de rouge pour Benoit, Daniel et moi et Sylvain ouvre sa bouteille de blanc.

Le souper est délicieux et remplis de discussions... Nos invités sont un délice et c'est avec émotion que nous levons nos verres, célébrant à l'avance la traversée à venir...

Demain matin, Daniel sera au bureau de Entreprise dès 8h, pour retourner la voiture. Dès son retour, tout sera prêt pour larguer les amarres... On a tous très hâte !


Silvie
www.voilo.ca

Mercredi le 4 mai 2011,

La journée est rayonnante et déjà, à 6h30, tout le monde est debout et de bonne humeur. Les oiseaux chantent dans le ciel, le soleil brille et une légère brise se fait sentir... Il y a de l'effervescence dans l'air...

Dès que Daniel aura été porté la voiture et réglé la marina, nous larguerons les amarres, cap vers Norkfolk, pour une traversée de 10 jours. Ceci est donc le dernier message que j'envoie par courriel. Dès demain, si le temps le permet, le récit de notre traversée partira par Airmail ou par radio amateur.

Pour ceux que ça intéresse, il sera possible de suivre notre trajet via le réseau du capitaine lereseauducapitaine.qc.ca, en allant à la page d'accueil, à localisation des voiliers, en cliquant en bas de liste sur le petit voilier VOILO... À tous les jours, nous indiquerons notre position GPS et ainsi, vous pourrez voir notre progression.

Nicole, du Réseau du Capitaine, devrait nous faire parvenir, à tous les jours, la météo des diverses bouées se trouvant sur notre route. Selon son dernier message, des vents faibles sont annoncés pour les prochains jours, de 7 à 12 noeuds, ce qui n'est pas l'idéal pour nous, ayant préféré des vents entre 15 et 20 noeuds pour partir... Malgré tout, nous espérons que cette traversée, qui démarrera en mouton, ne se terminera pas en lion !

En attendant, notre équipe s'affaire à déjeuner et à ramasser tout ce qui traine... Le départ est proche et il nous tarde de prendre la mer !

Silvie


Jeudi le 5 mai 2011,

L'effervescence du début de la traversée s'est dissipée avec le soleil couchant. Sans nous en aperçevoir, Benoît qui avait été dans une forme splendide depuis le départ, multipliant les jokes, dansant au son de la musique, est tout à coup devenu silencieux... Croyant que son silence était causé par la fatigue, nous lui avons proposé d'aller se reposer un peu avant de prendre son quart, avec Sylvain, de 21h à 3h du matin. Il part donc dans sa chambre mais revient quelques minutes plus tard, mentionnant à Daniel que sa toilette avait débordée, comme c'est souvent le cas en traversée, lorsque la toilette se trouve du coté de la gite... Daniel descend et constate que le plancher de la salle de bain babord est recouvert d'un liquide plutôt verdâtre et malodorant. Il démarre la pompe afin d'absorber le surplus de liquide. Puis, il rapporte un sceau rempli d'eau de mer afin de rincer le tout. Benoît se penche alors et avec la raclette, essuie le surplus d'eau, respirant cette odeur nauséabonde... Nous pensions l'affaire close mais hélas, ce ne fut pas le cas.... Benoît retourne se coucher et une fois de plus, remonte en vitesse dehors et se met à vomir entre les deux pataras... Pauvre Benoît ! Il venait d'avoir son premier mal de mer... Quant à moi, quelques instants avant cet incident, je vais à la toilette, à la proue, et je m'aperçois que l'armoire sous l'évier est rempli d'eau. Oh Oh ! J'appelle Daniel à la rescousse qui constate que le drain du lavabo s'est rompu sous les valves. Gros problème ! Impossible de réparer en mer, il doit enfoncer une goupille dans le passe-coque et le solidifier avec un collet afin de colmater la brèche qui aurait pu être catastrophique...

Le soir tombe et Sylvain prépare une entrée de thon cru au Takami. Benoît et moi déclinons l'invitation et Daniel et Sylvain se régale et ne tarissent pas d'éloge sur la qualité et le goût du thon. Puis, je me lance dans la préparation d'un boeuf brocoli, ce qui n'est pas une mince affaire dans la gite. Le vent s'est levé et pousse des pointes à 15 noeuds. La longue houle du matin s'est resserrée et des vagues plus tranchantes éclatent sur le voilier dans des embrunts qui nous forcent à fermer toutes les écoutilles. IL fait donc très chaud dans le carré mais j'arrive à terminer mon repas qui fut délicieux. Une fois de plus, Benoit n'a pas retrouvé son appétit. Quant à moi, je me contenterai d'un bol de céréales...

Vers 21h, Sylvain sort de sa cabine, bien habillé à la chaleur pour prendre son quart. Benoît se sent mieux déjà. Les conditions sont excellentes et le vent diminue. On les laisse donc prendre leur quart et Daniel et moi allons nous reposer. Je mettrai des heures à m'endormir tandis que Daniel dort comme une bûche et se lève, à 3h, en pleine forme.

Nous rejoingnons Sylvain qui est seul derrière la roue. Il a envoyé son équipier dormir, voyant qu'il avait bien besoin de repos. Pendant son quart, il a étarqué la grand-voile, modifié le cap légèrement et nous n'avons rien entendu... Sylvain est un excellent capitaine, très fiable et très consciencieux et nous sommes vraiment contents de l'avoir à bord...

Ce matin, 7h23, Benoit se réveille en pleine forme. Quel plaisir de le revoir sourire... Il nous a bien manqué...

9h30 Benoît et Sylvain prennent leur quart et Daniel descend se reposer. On roule au moteur sur une mer d'huile. Le vent est presque absent et selon la météo envoyée par Nicole, du Réseau du Capitaine, ce sera très calme durant toute la traversée. Par contre, vers midi, le vent forcit pour atteindre 10 noeuds... Pendant que Sylvain ferme le moteur et déroule le génois, Daniel se réveille et monte dans le cockpit pour assister ses équipiers... La journée s'annonce très belle.

Petit problême de transmission radio, mon texte part plus tard que prévu...

Silvie

Jeudi le 6 mai 2011,

Hier,nous avons modifié l'horaire de nos quarts afin de permettre à nos équipiers de vivre la magie du lever de soleil sur la mer... Daniel et moi avons donc pris le quart de 19h à 1h du matin, pendant lequel le vent irrégulier s'est bien joué de nous... Pas de vent, on avance à 3 noeuds, on décolle le moteur, le vent reprend, on ferme le moteur, le vent disparait, on repart le moteur... Ainsi de suite jusqu'à 1h... Désespérant ! Mais voilà que nos équipiers se lèvent, en grande forme et que le vent se stabilise autour de 12 à 15 noeuds du Nord-Est qui fera grimper la moyenne de vitesse de Voilo à 5.6 noeuds. Nous sommes au près, babord amure et le voilier tangue confortablement... Tout en douceur, Sylvain s'affaire aux manoeuvres, ajustant les voiles et le cap pour gagner le plus de vitesse possible. Ils auront ainsi fait des pointes à 8 noeuds...

C'est la première fois que je vois mon Capitaine céder la barre à des équipiers et dormir en toute confiance. Nos équipiers sont fantastiques et c'est un plaisir de les avoir à bord, de les voir s'émerveiller devant l'immensité de la mer, de les voir cuisiner, rire et jaser... Sylvain est très compétent, professionnel et expérimenté. Il fait office de Capitaine en l'absence de Daniel. Benoît, très professionnel, responsable et fidèle, adore barrer et apprend plein de choses de Sylvain, lui permettant ainsi de parfaire ses connaissances en navigation. Nos deux syndiqués s'entendent à merveille. D'ailleurs, nos deux hommes d'affaires ont beaucoup de points en commun. L'amour de la voile et des voyages, l'humour et la musique, la cuisine, puis je dirais la coquetterie vestimentaire. Sylvain et Benoit sont de vrais cartes de mode, vêtus High Tech de la tête aux pieds. Vestes en GoreText, pantalons en Coolmax, chandails en laine bretonne, polars très doux et vêtements marins de
première qualité et dont les tissus extensibles sont des plus performants et des plus confortables. Sans parler du Ipad de Sylvain qui nous fait tous envie et qui lui permet, entres autres, d'identifier les étoiles. Hier, ils ont pu admirer Vénus dans toute sa splendeur et Pluton qui n'a jamais été si proche de terre...

Daniel et moi prenons notre quart à 6h45 et nos équipiers sont bien contents d'aller prendre un peu de repos après cette nuit mouvementée qui les a tenus occupé pendant 6 heures. Mais avant, Daniel relève les courriels sur sa radio amateur et c'est avec joie que Benoît et Sylvain lisent les messages envoyés par leurs conjointes, Sounda et Sylvie, qui les suivent sur Voilo.ca. Nos équipiers sont amoureux et on peut lire dans leurs yeux l'amour qui les anime.

Daniel a reçu un autre courriel de Nycole, du réseau du capitaine, dont la précision des données météo qu'elle nous envoie quotiennement est surprenante. Aujourd'hui, elle nous annonce un vent de 10 à 12 noeuds du Nord-Est pour le reste de la journée. Même si nous aimerions en avoir davantage, on s'en contentera quand même, en espérant qu'il aille en augmentant au fil des jours.

Ce matin, la mer est calme. Une longue houle plate sous un ciel parfaitement bleu, orné de quelques nuages au bas de l'horizon circulaire. NOs lignes n'attrapent que de la Varesh, signe qu'une dépression est passée par la mer des Sargasses...

12h Nos équipiers sont debouts depuis deux heures et s'affairent dans la cuisine. Sylvain, qui hier a préparé un succulent riz au lait de coco se lance aujoud'hui dans une salade remplie de légumes variés et dans une vinaigrette divine dans laquelle il mettra du sirop d'érable, du balsamique, de la moutarde forte et de l'huile. Un régal ! NOus compléterons le diner avec du macaroni. Puis notre quart prend fin et nos équipiers sortent dehors. Une fois de plus, le vent se lève, atteignant des pointes à 25 noeuds et faisant rouler le voilier à 9 noeuds. Des vagues se forment sur une mer qui devient de plus en plus agitée. Daniel restera un peu dehors pour s'assurer que tout va bien et avant de descendre, il enlèvera un peu du grand génois, enlevant un peu de gite au voilier qui file comme une flèche.

Pendant ce temps, bien étendue sur le lit, j'écoute le fil de l'eau qui coule le long de la coque et le vent qui hurle dans les haubans. Impossible de dormir mais je me repose car la nuit sera longue... Vers 16h, je monte en haut voir nos équipiers qui sont en super forme. Sylvain adore cette allure et il espère que le vent ne diminuera pas. Benoit épluche des pommes de terre. Ce soir au menu : steaks et pommes de terre rissolées. Malgré la gite et les mouvements continuels du voilier, on mange comme des rois...

Silvie

Samedi le 7 mai 2011,

Jour 4...

Hier, c'est le chef Benoît qui a préparé le souper. Des steaks cuits à la perfection, une montagne de légumes colorés et de délicieuses pommes rissolées. Servis dans le cockpit, on mange dans la bonne humeur, sous le soleil couchant. Puis le chef Sylvain propose des bananes flambées au rhum... Hum ! On se régale ! Décidément, ni la gite, ni les mouvements de roulis ou de tanguages du voilier n'empêchent nos chefs de cuisiner et notre traversée gourmande y va de surprises en surprises...

Après un quart très mouvementé, nos équipiers vont dormir et Daniel et moi prenons notre quart, de 19h à 1h du matin. Le vent qui n'a pas lâché de la journée continue de faire des pointes à 20 noeuds. Nous sommes au près, babord amure, un ris dans la grand-voile et le voilier file comme une flèche sur les vagues coiffées de mousse blanche. La lune affiche un petit croissant, comme un sourire qui illumine la nuit étoilée. Il fait doux et c'est très agréable. Je laisse Daniel dormir pendant que je suis à la roue. Puis, quelques heures plus tard, un claquement dans le génois le sort de son sommeil et il se lève pour réajuster le cap. C'est à mon tour de me reposer un peu et je tombe dans un sommeil profond...

1h du matin, nos équipiers sont debouts, prêts à prendre la relève. Le vent faiblira lentement jusqu'à disparaitre vers 4h du matin. Sylvain démarre le moteur. Vers 5h, les premières lueurs du jour apparaissent et le potron-minet, comme s'amuse à le dire Benoit, est fantastique. De notre chambre, on entend le moteur qui fait des ratés... Et hop ! Le moteur arrête... Encore des problèmes de mauvais diésel... Daniel se lève pour changer ses filtres pendant que Sylvain réajuste les voiles...

Déjà 7h, le jour est levé, le ciel est magnifique, le moteur réparé ronronne à nouveau et nos équipiers se préparent à aller dormir... La mer est redevenue toute calme et le vent est encore une fois disparu...

6h du matin. Notre quart, à Daniel et à moi, a commencé par l'arrêt du moteur. Daniel change le premier filtre, celui de 30 microns et puis, le filtre secondaire, plus raffiné, de 20 microns de particules. Il repart le moteur et tout fonctionne rondement. Il n'y a aucun vent, sinon quelques noeuds non suffisants pour nous faire avancer et selon la météo envoyée par Nycole du Réseau du capitaine, on s'attend à deux jours sans vent.

Super Mini Dan, comme nous avons surnommé Sylvain, parce qu'il ressemble beaucoup à Daniel, capitaine dans l'âme, constamment sur le pont en train d'examiner les voiles et chercher la perfection dans l'ajustement fin afin de gagner quelques noeuds, Mini Dan donc, s'endort facilement sous le bruit du moteur. Quant à Benoit, comme Daniel avait besoin de sa chambre pour effectuer le changement des filtres, nous l'avons envoyé dormir dans notre chambre. Lorsqu'il se réveilla, vers midi, nous lui demandons s'il a bien dormi, et il répondit : comme un bébé. Du coup, on le baptisa Junior car il dort mieux dans la chambre de maman et papa que dans la sienne où il a tendance à faire de l'insomnie.

La longue houle permet tout le confort dans le voilier qui est très droit, sans gite. Dehors, c'est le gros soleil et il fait une chaleur qui donne envie de plonger dans l'eau bleu... Hélas, personne n'a vraiment envie de se retrouver avec 3 000 pieds d'eau sous les pieds et on chasse cette pensée de notre esprit... On fait donc route, cap vers Norkfolk, à 6.5 noeuds, sous grand-voile et moteur, la vitesse idéale pour attraper du poisson. À date, tout ce que l'on attrape, c'est de la varesh mais Daniel vient de changer un appât pour un autre plus coloré, fait de plumes orange et verte...On espère que ces nouvelles couleurs attireront les dorades ou les thons qui se font rares... Rien à l'horizon, ni dauphins, ni oiseaux, ni poissons volants... Que du ciel et de la mer...

13h Après avoir bien diné d'une grosse omelette jambon, fromage, Junior et Super Mini Dan prennent leur quart. Je sors quelques livres pour les occuper car il n'y a pas grand chose à faire et je descends me reposer... Ce soir, le combat des chefs se poursuivra mais pour l'instant, on ne sait pas encore qui de Junior ou Super Mini Dan fera le souper. Par contre, nous avons sorti des poitrines de poulet du congélateur... La surprise reste à venir...

Silvie

Dimanche le 8 mai 2011,

hier soir, c'est Super Mini Dan qui a préparé le souper. Des burritos au poulet, garnis de piments rouge et verts, d'oignons rouge, de fromage et de guacamole... Un délice que nous avons savouré en admirant le coucher de soleil qui s'offrait en spectable, illuminant le ciel d'orange et de rose... Quant à moi, j'ai préparé un pain qui lèvera toute la nuit et cuira au petit matin et j'ai fait, pour mes équipiers, des bonbons aux patates qu'ils ont bien aimés. La soirée est douce et calme. La mer est un miroir, aucune vague, qu'une très longue houle presque plate, on se croirait sur un lac tranquille... Je n'ai jamais vu une mer si plate et je me demande si c'est le calme avant la tempête...

19h Nous prenons notre quart, Daniel et moi, sous un ciel étoilé. Super Mini Dan sort son Ipad et à l'aide de son application Stars Watch, muni d'un giroscope, nous pouvons identifier toutes les étoiles qui remplissent le ciel et se reflètent sur la mer. C'est génial ! Il y en a une, plus brillante que les autres, toute rouge qui se trouve sous l'étoile du nord, presque à la hauteur de l'horizon, elle s'appelle MH 8157... Je pense à mon amie MH qui elle aussi ressemble à une étoile plus brillante que les autres... La lune est en croissant, comme un grand sourire. Elle se réflète sur la mer, éclairant tout le coté babord, c'est merveilleux... Puis, nos invités vont se coucher et nous nous retrouvons seuls dans la nuit chaude, filant à 6.8 noeuds au moteur, avalant des milles et des milles. Daniel dort un peu et se réveille vers 11h30 alors que je pique des clous derrière la roue. Il m'envoie me coucher, ce que je fais sans me faire prier...

Benoît se lève vers 12h45 et se prépare à prendre son quart. Sylvain qui a passé beaucoup de temps avec nous à regarder les étoiles, passe tout droit et ne se réveillera que quelques heures plus tard, surpris d'avoir autant dormi. Son super équipiers le laisse dormir tranquillement pendant qu'il observe la nuit et profite de cet instant de solitude pour rêver à sa Sylvie... Puis, soudain, des éclairs fendent le ciel à tribord et le vent se lève. Sylvain déroule le génois et ferme le moteur. Le bateau file à 7.5 noeuds, tribord amure et jusqu'au petit matin, le vent continuera de forcir...

7h On prend la relève de nos équipiers après un bon café corsé. Il fait frais et la mer est remplie de vagues pointues et coiffées de blanc moutons... Le ciel est rempli de nuages et le vent hurle. On discute un peu dans le cockpit pendant que Daniel relève les courriels. Encore des messages pour Sylvain et Benoit qui s'empressent de les lire... C'est la fête des mères aujourd'hui et je pense à ma mère que je ne peux rejoindre. Puisse t'elle entendre mes pensées et sentir que je l'aime... Je pense aussi à ma fille qui est une mère exemplaire, à mon amie Jacinthe, Gaétane, Lily et toutes les autres qui sont des mères et qui ont pris soin de plus petits qu'eux et je leur souhaite une belle journée, remplie d'amour...

Nous avons parcourus 750 milles et en cette 5e journée, nous sommes en plein milieu de notre parcours... À date, la traversée est fantastique, harmonieuse et des plus amicale... La température est chaude et douce... Tout le monde est de bonne humeur et l'ambiance est des plus chaleureuse... Pourtant, en ce jour où je suis entre mer et terre, en ce jour de la fête des mères, je me sens bien seule...

11h30 Le ciel, devant nous, devient tout à coup très noir et Daniel appréhende un gros grain qui approche très vite. Il prend un 2e ris dans la grand-voile et roule le génois pour ne laisser qu'un foc. Puis, alors que la pluie se met à tomber drue, une dorade mort à l'hameçon. Daniel me crie et j'interromps la vaisselle pour monter admirer l'immense Dorade jeune et bleu, qui avant d'arriver jusqu'au bateau, est sautée 5 à 6 fois hors de l'eau, tirant de toute ses forces sur la ligne... Mais depuis le temps qu'on attend une dorade, pas question que Daniel la laisse filer. Le bruit et les mouvements du voilier réveillent Sylvain qui s'empresse de prendre la roue afin de laisser Daniel à sa dorade. Nous sommes en plein dans le grain et le bateau brasse dans tous les sens sous un vent de 30 noeuds, des embrunts puissants et une pluie diluvienne. Benoit se réveille et enfile son ciré pour assister au spectable. Les gars sont super heureux et semblent adorer cette partie houleuse de la traversée. Quant à moi, debout devant le comptoir de cuisine, j'évite de justesse un immense coutelas qui passe à deux cheveux de me trancher un orteil... Vite, je dois ranger tout cela et nettoyer l'évier avant que Daniel arrive pour faire ses filets.

Je sors le pain du four, il est doré et parfaitement cuit. Puis, le grain passe et le calme revient. Sylvain prépare des souchis de dorade que lui et Daniel savoure à l'extérieur. Puis, Benoit sort la farine et prépare d'autres filets cuits dans le beurre et servis avec une salade délicieuse à la moutarde de meaux. Les gars sont super fantastique et je suis émue de les voir travailler, cuisiner, rire et exécuter les manoeuvres du voilier dans la plus grande bonne humeur, toujours souriants et si gentils... Décidément, c'est une belle traversée...

Silvie

Lundi le 9 mai 2011,

Jour 6. 7h15 du matin. Daniel me sort d'un profond sommeil et me lance, d'un ton péremptoire : Silvie, on est en retard pour notre quart... Aussitôt, je saute du lit et dérape de l'autre coté de la chambre. Le bateau est gité à 30 degrés et des tonnes d'eau déferlent sur le pont, au-dessus de ma tête. J'entend le vent hurler pendant que j'enfile mon jeans en essayant de garder mon équilibre... Enfin vêtue, je sors dehors et je retrouve Sylvain assis derrière la roue, l'air fatigué mais avec un grand sourire. La nuit a été douce jusqu'à 4h du matin, puis, le vent s'est levé avec force, atteignant des pointes à 25 noeuds. Il aura roulé un tiers du génois et pris un ris dans la grand-voile. Puis, une fois le voilier stabilisé, il enverra son équipier dormir. Le voilier file à 8 noeuds sur une mer agitée et sous un ciel gris qui ne présage rien de bon... Je prend la relève en souhaitant que Sylvain récupère un peu de sommeil qui lui fait défaut depuis quelques jours.

8h Un grain devant nous forme un mur noir. Daniel prend un deuxième ris et roule encore un peu de génois. Le voilier se redresse un peu. Les vagues arrivent de l'ouest, poussées par des vents variant entre 20 et 25 noeuds du Nord-Nord-ouest. Elles se cassent sur le bordé et déferlent sur le pont et quelques fois sur nous dans une bruine fraîche. Déjà, je suis trempée et je n'ai aucune envie de descendre mettre mon ciré... La pluie tombe drue et Daniel lofe pour vider les voiles...On file à 8 noeuds, parfois à 9, au près serré. La petite croisière s'amuse est terminée, maintenant, c'est du sport qui nous attend pour les 3 prochains jours...

Hier, par inadvertance, une vague scélérate s'est infiltré dans le hublot de notre chambre et l'eau salé s'est infiltrée jusqu'au modem de notre système de communication, rendant inutilisable notre radio amateur. Patiemment, Sylvain a nettoyé les contacts avec de l'alcool, à plusieurs reprises, pour enlever le sel et au bout de quelques essaies, le Pactor se remet à fonctionner. Malgré tout, la transmission est trop mauvaise pour envoyer nos courriels et on espère que nos proches qui nous suivent sur Voilo.ca ne s'inquièteront pas...

11h30 Un autre grain nous tombe dessus alors que la ligne s'étire et que j'aperçois une autre dorade qui tente de s'échapper en faisant de grands bonds hors de l'eau. Le moment est bien mal choisie pour sortir la dorade mais Sylvain vient à notre rescousse et prend la roue pour ralentir le voilier, le temps que la bête soit dans le voilier. Et voilà l'énorme Dorade mâle qui git par terre, en train de se faire tailler en filets. Hier, nous en avons mangé toute la journée, nature, roulée dans la farine et cuite dans le beurre, et en soirée, marinée dans le gingembre et servi avec un gratin au fromage. On range donc les filets dans le congélateur, ce sera pour une autre journée...

13h30 Nos deux équipiers sont vêtus de ciré de la tête aux pieds et dehors, sous le vent, je les entend rire... Ces deux-là s'entendent à merveille, me dis-je en fermant les yeux pour un petit repos, bien étendue à coté de mon capitaine qui est légèment fiévreux depuis quelques jours, ayant attrapé une vilaine grippe.

Silvie


Mardi 10 mai 2011
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Jour 7. Réveillés depuis 6h30, on est dehors à 7h pile pour rejoindre Sylvain et Benoit qui, depuis 4h, roulent au moteur faute de vent. Pendant que les gars me racontent leur quart, durant lequel ils ont vu un cargo passer, et que Daniel prépare le café, subitement le vent se lève et prend des pointes à 16 noeuds. Le bateau gite fortement et Daniel décide de prendre un ris. Sylvain exécute la manoeuvre comme un expert tandis que Benoit winche pour redresser la beaume, un dernier cadeau qu'ils me font avant d'aller dormir...

Le ciel est bleu et rempli de nuages blancs et la mer est gonflée de vagues qui se terminent en mousse blanche. Le vent est bien décollé et il atteint rapidement 20 noeuds. On prend un 2e ris... Malgré tout, le bateau est bien gité, il tangue et roule fortement.

Une traversée qui devait se faire au portant se fait au près depuis le départ, avec un vent variable et inégal. Le vent hurle, le voilier gite, on roule le génois, le vent continue de forcir, on prend un ris, deux ris, oups ! Le vent disparait, on déroule le génois, on défait les ris, et 15 minutes plus tard, le vent reprend, on reprend un ris, enroule un bout de génois... À chaque quart, le vent apparait et disparait, tantôt faible, tantôt hurlant, nous forçant à travailler très fort pour régler le cap et les voiles...

Nos équipiers ont un moral d'acier et conservent leur bonne humeur du début, malgré le manque de sommeil et les mouvements incessants du voilier qui rend tout déplacement difficile. Sylvain se révèle un capitaire impeccable et un bon professeur pour son équipier, Benoît, qui de jour en jour, devient meilleur. Ils ont sûrement hâte d'arriver mais personne ne se plaint et personne n'en parle, se contentant de vivre l'instant présent et d'apprécier la vie à bord... Ils sont ADORABLES !

À 3 jours de notre arrivée à NOrkfolk, nos réserves d'essence sont basses, il reste moins de 45 gallons dans les deux réservoirs. Idem pour l'eau. Trois des quatre réservoirs sont vides. Au niveau de la nourriture, à part les légumes qui ont presque tous disparus, il reste encore plein de viandes et des boites de conserve pour 6 mois. Sylvain se révèle un grand chef et nous invente toutes sortes de recettes. Hier, c'était des cotelettes de porc aux pommes vertes et échalottes, servies avec des pates à l'ail. Benoit ne donne pas sa place non plus mais il semble préférer laisser Sylvain cuisiner et lui, faire la vaisselle, quoique quand vient le temps de cuire les viandes ou le poisson, il devient le spécialiste. QUant à moi, ayant eu beaucoup de succès avec mon pain sans pétrissage, hier, j'en ai refait un autre pain qui cuira ce matin et sera encore tout chaud lorsque nos équipiers reprendront le prochain quart, à 13h et ce soir, je compte faire des petites pizzas pitas, à
moins que les gars veulent encore manger de la dorade... Ce sera à voir ! Daniel qui était grippé se sent beaucoup mieux ce matin et il semble avoir retrouvé son appétit... On peut donc dire que tout va bien !

13h18 La cuisson de mon pain est parfaite et tout le monde s'en coupe de grosses tranches qu'ils garnissent avec du beurre de peanut. Le vent vient de baisser et Daniel a enlevé ses deux ris. On roule à 5.5 noeuds sous un ciel tout bleu. Malgré le soleil, le temps est plus frais depuis hier et un petit chandail est de mise. Benoit et Sylain prennent leur quart et Daniel et moi partons nous reposer un peu. Ce soir, au menu, Benoit nous concottera des pâtes à l'ail et crevettes...

17h22 Le vent n'a pas cessé de forcir. Incapable de dormir. Le bateau gité à tribord me propulse hors du lit. IL me faudrait être habillée en velcro pour coller sur place et même en me retenant par les pieds, couchée perpendiculaire au lit, je n'arrive pas à trouver le sommeil. La pointe du voilier brasse dans tous les sens. Elle monte sur les vagues de 15 pieds venues de l'est et se rabbat comme un coup de masse dans le creux des vagues, faisant gicler l'eau de partout... Le bruit est assourdissant. Sans parler du vent qui hurle à tue-tête... Décidément, la nuit sera longue...

Silvie

Mercredi 11 mia 2011,

Depuis hier après-midi, le paysage marin s'est totalement transformé. Une longue houle venue du Nord-Est est apparue soudainement, probablement causée par une dépression en provenance des Bermudes. Elle forme d'immenses vagues rapprochées, de 5 à 7 mètres de hauteur, qui se croisent avec celles formées par le vent Nord-Ouest qui pousse depuis quelques jours. On avance péniblement, au près, contre les vagues qui nous ralentissent, sous un vent puissant qui pique des pointes à 25-30 noeuds. Le voilier monte sur une vague, comme s'il grimpait une montagne et il redescent à toute allure pendant que la vague suivante déferle sur le pont. Plus personne ne sort dehors sans ciré, bottes, pantalon et manteau et malgré tout, on est trempé à l'os car l'eau finit toujours par s'infiltrer par une petite ouverture.
Her, en faisant un virement de bord, la corde de l'enrouleur de génois s'est cassée et Daniel a du aller jusqu'au bout de la pointe pour se servir du guindeau afin de rouler une partie du génois en prévision de la nuit. Bien entendu, deux ris sont déjà pris dans la grand-voile. Daniel attendra au matin pour changer la corde de l'enrouleur, une nouvelle corde plus grosse et toute rouge.
Malgré un soleil plutôt timide, le ciel est gris, rempli de nuages noir, gris et blanc et le voilier brasse dans tous les sens, tentant de se frayer un chemin dans ce décor surréel. Personne n'est arrivé à dormir avec le bruit des vagues qui éclatent et déferlent, le vent qui hurle et les bangs de la coque qui frappe le creux des vagues... Toute la bibliothèque s'est ramassée par terre et la vaisselle du spagetti qui n'avait pas été faite, emplie l'évier et rajoute au désordre...

Seuls Daniel et Sylvain ont les connaissances nécessaires pour barrer dans ses conditions particulières et il est convenu qu'ils se relèvent aux trois ou quatre heures ou selon les besoins. QUant à Benoit et moi, nous continuons nos quarts comme à l'ordinaire, nous contentant de servir nos Capitaines, de leur faire à manger, de les assister dans les manoeuvres et de répondre à leurs besoins...
Comme un malheur ne vient jamais seul, le frigo ne fonctionne plus à partir de la génératrice. D'ailleurs, la génératrice est capout ! L'alternateur vient de rendre l'âme. Nous devrons donc faire du moteur pour garder le frigo frais. Actuellement, toute la viande est dégelée. Ce matin, pendant que Daniel était de quart, j'ai fait un beau ménage dans le carré, puis j'ai fais cuire les poitrines de poulet dans une crème de champignons... Daniel et Sylvain ont attendu de trouver le problème de la génératrice avant de manger et pendant ce temps, j'ai préparé une petite assiette pour Benoît qui surveillait le pilote automatique, dehors, sous les embrunts.
De plus, il ne nous reste qu'un seul réservoir d'eau et ce matin, un robinet est resté ouvert dans une chambre, faisant couler inutilement le précieux liquide. On décide donc de fermer le groupe d'eau dès qu'on a terminé d'en faire usage. Les batteries sont continuellement dans le rouge et malgré quelques heures de moteur, elles n'arrivent pas à reprendre le dessus. On a alors une nouvelle consigne : on ne se sert plus du grille-pain, on cuira nos toasts sur le poêle à gaz. Et l'On ne fera du café ou se servira du micro onde seulement lorsque le moteur fonctionnera. Tout comme on ne fera plus de cuisine compliquée pour ménager l'eau car faire la vaisselle prend énormément d'eau... Bref, la petite croisière du début a perdue de son charme et maintenant, on est en mode adrénaline ! L'aventure commence...

Silvie

Jeudi le 12 mai 2011,

Jour 9. Le mauvais temps dure depuis trois ou quatre jours, je ne sais plus, soumettant nos nerfs à rude épreuve. De plus, l'état de la mer s'est rapidement dégradée au point de ressembler à un parc d'amusement grotesque, fait de hautes montagnes coiffées de crètes blanches qui lancent le voilier dans toutes les directions, sous des bruits asourdissants et des tonnes d'embruns. La fatigue, le froid, l'incertitude et le manque de sommeil commençent à gruger le moral des équipiers... À la fin de leur quart, cette nuit, Benoît et Sylvain semblaient déprimés. Malgré tout, ils arrivent à en rire et Benoit me lance, d'un ton sérieux : Sylvain et moi avons décidé que c'en était fini de la voile. Finie la mer, finies les vagues et les embrunts... Il n'y a pas de fun là... On préfère maintenant les gros cruisers, avec une salle de pilotage intérieure, de gros réservoirs d'essence et l'intracostal... Et les voilà qui se mettent à rire devant mon étonnement ! Ah, ces deux complices, comme ils sont drôles ! Et moi, je tombe toujours dans le panneau, tant ils ont l'air sérieux... Aujourd'hui, c'était finis les cruisers, ils en étaient aux 4 roues, se disant à quel point c'était fantastique de se promener dans la forêt, admirer les arbres, les couleurs d'automne... Et surtout, si le 4 roues lâche, on peut partir à pied... Ce qu'ils sont drôles !

Je n'ai que des félicitations envers nos deux fidèles équipiers. Même fatigués à l'os, ils continuent de garder un moral d'acier, sans jamais se plaindre, ponctuel, efficace, drôle, toujours à l'heure dans leur quart, se soutenant l'un et l'autre dans la bonne humeur... C'est merveilleux de les avoir à bord ! Sylvain est de la trempe des héros, tout comme Benoît qui même s'il n'a pas toutes les connaissances de Daniel et Sylvain, tente par tous les moyens de se rendre utile et c'est très apprécié de tous, particulièrement de son équipier OFF SHORE, comme Benoit s'amuse à le dire...

Notre quart ne fut guère mieux. Le vent continue de gonfler la mer et les vagues continuent de déferler sur le pont. On est trempé et gelés mais pour nous qui avons vu pire, la situation reste normale. Par contre, Daniel a discuté avec Nycole du Réseau du capitaine, ce matin, et elle parle de vagues de 30 à 40 pieds dans le golf Stream. C'est donc impensable de le traverser dans ces conditions. De plus, le modem vient de nous lâcher, le sel ayant fait son oeuvre. Sylvain a tenté une dernière fois de nettoyer les contacts mais un court circuit semble avoir fait des dommages irréparables. Il est maintenant impossible de faire parvenir les courriels et le présent message. Comme Sylvain avait réservé son billet de retour pour le 15 mai, notre seul moyen d'aviser son épouse de l'annuler sera d'entrer en communicaiton avec le réseau du capitaine, demain matin car la radio amateur fonctionne encore, fort heureusement.

En attendant, dès que mon quart fut terminé, je me suis lancée dans la cuisine pour préparer un stew, avec du steak, des carottes, des patates et des oignons... J'espère que ce repas remontera le moral de nos équipiers car personne n'a vraiment envie de descendre cuisiner dans ces conditions...

Silvie

Vendredi le 13 mai 2011,

Cette nuit, le vent soufflait encore à 25 noeuds mais la mer avait légèrement baissée, les vagues étaient moins hautes, plus espacées, moins menaçantes. Pas de grain non plus mais un froid humide et désagréable. Encore des embruns, quelques fois, quand on ne s'y attend pas et que tout à coup, en l'espace de 2 secondes, on se retrouve trempés de la tête aux pieds...

Les quarts ont été réduits de 6h à 3h car les conditions sont encore difficiles et parce que les batteries sont toujours dans le rouge, nos deux Capitaines doivent barrer sans arrêt, ce qui est très exigeant. Hier, en sorée, en allant chercher la tuque de Sylvain dans sa chambre, j'ai aperçu de l'eau par terre...Oh Oh... Pas normal... Je réveille Daniel qui venait juste de s'endormir... Rapidement, il fait les tours des passe-coques et ne remarque rien d'anormal. Par contre, en enlevant la petite trappe qui mène à la pompe de cale, on y observe que le fond de la cale est plein d'eau... Vivement, il allume le moteur, démarre la 2e pompe car la première ne fournit vraisemblablement pas et voilà que nous trouvons la cause des batteries toujours à plat depuis le début du mauvais temps... L'eau finie toujours par s'infiltrer quelque part, que ce soit par un hublot mal fermé, par une toilette qui déborde à cause de la gite, de l'eau qui entre par le garage avant ou par la jupe arrière et
tout cela finit dans la coque... En gitant à tribord, le problème s'est révélé à la surface... Bref, le problème est réglé mais c'est à surveiller de près et à toutes les 3h, Daniel partira le moteur et actionnera la pompe pour assécher la cale.

11h38 Le vent a baissé. Le voilier est redevenu confortable. J'ai fait le ménage et tout est redevenu propre. Depuis hier, nous n'avons plus d'eau dans les réservoirs car des robinets se sont ouverts durant les chocs qu'a subit le voilier frappant dans les creux de vagues... Des bouteilles de shampoing ont poussé le robinet de ma douche et elle s'est mise à couler sans que je m'en aperçoive, dégoulinant lentement sur des vêtements que j'avais mis à sécher... Une autre fois, c'est le plat à vaisselle qui a poussé le robinet de la cuisine et voilà encore une autre perte d'eau précieuse... Bref, plus d'eau dans les robinets, à part le robinet d'eau de mer qui nous permet de faire la vaisselle. Heureusement, notre réserve d'eau en bidon et en bouteilles est très bonne et nous ne devrions pas en manquer...

12h Je prépare des pizzas pita pour les gars qui sont à l'oeuvre et pour Daniel qui se lèvera tantôt pour prendre la relève. Le bateau est gité à babord et je dois me tenir après le comptoir mais j'arrive facilement à m'organiser et je garnis mes pitas de sauce à pizza, de tranches minces de pépéroni, de piments vert, d'olives noire, de féta et de fromage rapé. Un délice que les équipiers ont bien apprécié. Pendant qu'ils mangent à l'intérieur, je prend la barre, cap 333. Il fait beau soleil, le temps s'est réchauffé. Je demande à Benoit de fermer le fourneau car ma pizza et celle de Daniel continuent de cuire et je sens une odeur de brûlé. Puis, je lui demande de fermer le groupe gaz et voilà que dans cette minute d'innatention, la voile se met à contre et je suis incapable de ramener le voilier dans le bon angle... Les gars montent en vitesse et lâche l'écoute du génois. Sylvain reprend la roue et replace le voilier qui est maintenant trop à tribord. Benoit attrape l'autre écoute et voilà le voilier qui reprend du babord. Enfin, Benoit tire sur l'écoute et winche pour resserrer la voile... Sylvain reprend un bon cap et je lui demande de mettre le pilote automatique... Ce matin, je suis à coté de mes plaques, incapable de dormir depuis des lustres, je suis fatiguée... Daniel se lève et dine. Puis, lorsqu'il sort dehors, je vais me coucher et je tombe enfin endormie.

15h Je me lève en pleine forme et je retrouve Daniel à la roue, seul, sous un soleil éclatant. Il veut que je reprenne la roue, ce que je fais, sans empannage cette fois. Puis, les dauphins que j'avais aperçu il y a deux jours, dans une vague lors du mauvais temps, comme des anges gardiens, reviennent nous saluer. Ils sont 5 ou 6 et ils sautent en groupe de deux devant la proue. Je cours à l'avant avec ma caméra pour prendre quelques clichés puis j'arrête car je veux les admirer maintenant... Comme ils sont beaux et souples, en formation de deux ou trois, ils sautent hors de l'eau, replongent et tournoient joyeusement... Ils resteront 5 minutes, 5 petites minutes de bonheur...

19h Sylvain se lève dans une forme splendide. Benoit est déjà à la roue et discute avec Daniel pendant que Sylvain se lance dans la préparation du souper qu'il veut léger ce soir... Des crevettes guacamole, sur un lit de salade, qui seront servies avec des croutons, une salade de coeurs de palmier et des pointes de pommes. Un pur délice qu'on savoure dehors dans le cockpit, sous la brunante, enchantés de la quiétude de la mer et exités à l'idée d'entrer sous peu dans le Golf Stream. Puis, Sylvain envoie Daniel dormir une bonne nuit de sommeil et je le suis, toute heureuse de récupérer aussi une belle nuit sans souci...

Silvie

Samedi le 14 mai 2011

4h30 du matin, Daniel et moi se levons rapidement... Dieu qu'on a bien dormi ! On retrouve nos deux super équipiers dehors, encore de bonne humeur malgré la fatigue. On jase un peu et Sylvain descend se coucher pour un repos bien mérité. Benoît reste jaser un peu avec nous. Daniel examine la situation... Pas de vent ou très peu... Il est temps de déployer le tangon ! Je garde le cap 333 pendant que les gars s'avancent sur la proue. Daniel explique la procédure à Benoît et rapidement, le tangon est installé et le génois déroulé. Manque de pot, le vent qui venait du sud tourne à l'est. Les gars retournent en avant et replace le tangon à sa place. Aussitôt de retour à la poupe, le vent reprend du sud, comme pour se jouer de nous... Prise deux, les gars remettent le tangon sous le potron-minet qui s'allume de rouge à tribord. Je prend une photo car c'est magnifique et Benoît me fait des grands signes que je couche sur la pellicule. Le vent du sud se maintient, prenant même des pointes à 17 noeuds. Finalement, après avoir bien ri avec Benoît qui est si drôle, il descend se coucher à son tour. Daniel place les voiles en ciseau et le voilier roule à 7.5 noeuds, allègrement, dans le coeur du golf Stream, qui n'a jamais été si calme, à peine quelques ondulations et un courant de 2 noeuds qui nous donne des ailes.

7h30 Daniel descend donner des nouvelles sur le réseau du capitaine. Je reste à la roue, survaillant bien le cap. Nycole donne le bulletin météo à Daniel, qui est en notre faveur. Un vent du sud-est et un peu plus tard Sud-Ouest variant entre 10 et 20 noeuds. Puis, Nycole donne des nouvelles à son tour, avisant Daniel que Sounda a bien annulé les billets de Sylvain et qu'elle a rejoint Sylvie pour lui dire que tout allait bien de notre coté. Nous remercions vivement Nycole de sa précieuse collaboration. C'est un ange !

8h00 Sylvain se réveille de super bonne humeur. Il a bien dormi et il est en pleine forme. Après un petit déjeuner, il prendra la roue pendant que Daniel ira prendre une douche. Hélas, cette fois, le réservoir est vide. Benoît, Sylvain et moi avons réussi à se laver rapidement mais plus rien pour le Capitaine qui, ne se laissant pas abattre, décide de prendre un bain dans l'eau chaude du Golf Stream. Il s'attache donc avec le harnais de sécurité qu'avait l'habitude de porter Sylvain et Benoit dans leur quart de nuit et il descend sur la jupe arrière remplir un sceau d'eau que je lui verse sur la tête. Il se savonne et me redonne le sceau... Après plusieurs douches, il est ragaillardit et tout pinpant. Puis, j'ouvre le groupe d'eau et il reste quelques gouttes, suffisamment pour qu'il puisse se rincer. Ensuite, il prendra l'eau d'un bidon pour le faire chauffer sur la cuisinière afin de se faire la barbe...

On est tous propres, vêtus en neuf et la journée est merveilleusement belle et chaude. Il reste 150 milles avant d'arriver à Norkfolk qu'on pense atteindre durant la nuit si le vent continue d'adonner comme il le fait...

Je passe quelques heures à faire du ménage, laver la vaisselle, cirer les boiseries, passer le balai et mettre tout le linge mouillé dans de grands sacs qui partiront à la buanderie dès notre arrivée. Le bateau retrouve son air de jeunesse et l'ambiance est à la fête. On sort du vin pour le mettre au frais car demain, ce sera la fête...

12h24 Des dauphins, plein de dauphins qui sautent autour du voilier, sous nos cris de joie... Sylvain et moi courrons vers la poupe pour mieux les voir danser à fleur d'eau... On peut presque les toucher tant ils sont proches ! Ils restent avec nous pendant de longues minutes, tournoyant, sautant, en vrille, par groupe de 3, de 5... Comme s'ils venaient nous saluer une dernière fois, comme une invitation à revenir bientôt... C'est sûr ! C'est magnifique et émouvant ! Dieu que la vie est belle...

13h00 Sylvain et Benoit sont dans la cuisine. Benoît prépare une salade de chou rouge tandis que Sylvain prépare l'annanas en cube qu'il fera sauter dans le rhum... Je meurs de faim ! Je retourne dans le cockpit retrouver mon capitaine à la barre, sous tangon, babord amure, avec 20 noeuds de vent portant... Le voilier file à 9.5 noeuds et nous sommes dans le plus fort du Golf Stream, à moins de 115 milles de Norkfolk...

14h27 La journée est si magnifique que même les hotdogs avaient un goût de ciel et les annanas flambées, un goût de paradis. Je termine la vaisselle, aidée de Benoit qui essuie, sous une musique de Blues comme j'adore... Sylvain est étendu dehors et il semble heureux... Daniel est encore à la roue à faire des grands S pour maintenir son génois plein. Plus que 95 milles à faire... à 7.5 noeuds...

Silvie


Dimanche le 15 mai 2011,

La nuit fut froide et humide. Pourtant, il ne pleut pas mais l'humidité est tellement dense que tous les coussins du cockpit sont trempés, mon linge est aussi trempé et malgré 3 épaisseurs de polar, je suis gelée à l'os... Daniel est à la roue, barrant sans pilote automatique depuis des heures, trempé aussi... Il ne se plaint pas, il ne se plaint jamais. Une fois de plus, il aura été à la hauteur de sa réputation : c'est un grand capitaine, d'un calme exemplaire, sachant résoudre tous les problèmes et ne perdant jamais courage !

Dans l'air, une odeur de pneus brûlé qui nous inquiète... On fait le tour du voilier, rien... L'odeur vient de dehors et ça pue... J'ai mal à la tête et je me roule sous une couverture pour roupiller un brin mais je n'y arrive pas, je suis transis de froid. Daniel m'envoie se coucher en me disant que les gars vont se lever dans une heure à peine... Je me couche toute habillée dans un lit humide et je dors comme une bûche...

Hier soir, à la brunante, Sylvain nous a proposé d'ouvrir une bouteille de vin pour célébrer la fin de la traversée, ce qu'on a fait avec plaisir, se contentant de quelques coupes, juste pour célébrer cette merveilleuse aventure qui a permi à nos deux équipiers d'acquérir de meilleures connaissances de la mer et d'ainsi repousser leurs limites. Plus aucune traversée ne fera peur à Sylvain qui a su se montrer à la hauteur en tout temps, ni à Benoit qui lui aussi s'en est tiré comme un chef... Ils racontent leurs meilleurs moments, parlent de leurs enfances, de leurs enfants, de leurs rêves... Sylvain raconte que sa mère, tout petit, l'a toujours amené à la bibliothèque, le poussant à se découvrir, à trouver sa passion et à croire en ses rêves... Élevé dans un foyer heureux, sa mère, enseignante en arts ménagers, aura su lui inculquer le savoir-vivre et le savoir-faire. Sylvain est vraiment une très belle personne, qui gagne à être connu, un être supérieur, sans vanité, délicat mais solide comme le roc. C'est un fonceur et un gagnant. Sounda pourra partir en croisière en toute tranquilité, il saura la mener à bon port, c'est un grand capitaine.
Quant à Benoit, patrouilleur et sauveteur sur les pistes de ski, il a multiplié toute sa vie les honneurs. C'est un brave, un fier et noble gaillard, toujours positif et doté d'un sens de l'humour qui enchante. C'est un être à part, philosophe, qui a toujours une belle histoire à raconter. Durant la traversée, il a su se montrer indispensable et sans sa présence si chaleureuse, nous n'aurions pas eu autant de plaisir. On ne peut qu'adorer Benoit, il est adorable !

8h00 On entre dans la passe qui mène à la marina. Nous sommes rendus à Norkfolk, après 11 jours de traversée au près, à part les dernieres 24 heures qui étaient au portant. 11 jours loin de la terre, à se battre contre les vagues, à se faire brasser dans tous les sens, à relever et vaincre un problème à la fois, un quart à la fois, combattant le froid et la fatigue mais toujours dans la bonne humeur et le respect, s'entraidant les uns et les autres dans une harmonie parfaite.

Ce fut ma plus belle traversée et malgré que je suis bien contente, comme tout le monde, d'arriver enfin sur la terre, je garderai un vif et doux souvenir de nos deux équipiers pour qui s'étaient leur première et j'espère, non leur dernière traversée...

12h00 On marche sur la terre ferme et on dirait que ça gite. On rit, il fait beau et chaud. On est fatigué mais heureux. On trouve un resto dans une marina toute proche et on s'assoie enfin pour manger. La serveuse nous apporte les menus, avec un grand sourire. C'est bon d'être à terre, avec vu sur la mer... On dine de repas simple, en buvant de la draft fraiche et en parlant, encore et encore, des souvenirs de la traversée... Daniel nous offre le repas, pour nous remercier de l'avoir accompagné dans cette autre aventure, pour remercier nos équipiers de leurs belles présences, de leurs efforts constants et soutenus, de leur bonne humeur...

16h30 Nos équipiers partent pour retrouver leurs proches. On les embrasse avec émotion. Ils nous manquent déjà ! C'est fou ce que la mer peut rapprocher les gens... Sylvain et Benoit resteront toujours dans nos coeurs et dans nos meilleurs souvenirs... On leur souhaite bons vents et on se proment de rester en contact...

17h38 On ouvre une bouteille de vin. À notre tour de célébrer la fin de 9 mois en mer, de tant de souvenirs, de tant de personnes qui ont croisées notre route et qui ont partagé avec nous, par bride, ce merveilleux voyage dans les Iles Vierges...

Un gros merci à mon ami Guy qui a pris le temps, à tous les jours, de mettre les textes et photos dans mon site, merci à toutes les personnes passionnées de mer qui sont venus partager avec nous leurs vacances, apportant avec eux un vent de fraicheur et de renouveau, merci à mes fidels lecteurs qui m'ont souvent envoyé des courriels d'encouragement pour continuer d'écrire des textes souvent écrit en vitesse, plein de fautes d'ortographes et de style, faute de temps et de talents... Et surtout, merci à la vie, à la mer et au vent !

Silvie
www.voilo.ca